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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


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Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Mercredi 5 août 3 05 /08 /Août 13:03

Sawasdee guesthouse, Bangkok, 1re semaine de mai.

Ma chambre était un rectangle surchauffé dans une bâtisse sans âme. Un lit, une petite table suffisaient à la remplir. J'avais à peine la place de caser mon gros sac et encore moins celle de le vider.
Il fallait pourtant que je sorte mes affaires une à une pour retrouver, tout au fond coincés dans la doublure, mes billets thaïlandais.

J'avais en ma possession des euros, des ringgits malaisiens, des roupies indonésiennes et des dollars singapouriens. Tout un tas de pièces et de coupures qui, à cette heure de la nuit, ne me serviraient à rien.
J'aurais pu les changer en arrivant à l'aéroport mais, certaine de retailler la route dans l'autre sens, les avais gardées.

Ce jour-là, la perspective d'allonger mon périple avait pris du plomb dans l'aile. La faute à un rendez-vous, qu'en France, je n'attendais pas si tôt et ne pourrais peut-être pas décaler.
La faute aussi au remplissage des avions. Resterait-il un siège pour moi à six semaines de là ?
Dans cette chambre minuscule, j'avais le cafard. Je tournicotai, soulevai des affaires au hasard, me collai le tournis et, entravée par la bride de mon sac, tombai sur le lit.
Et là, je recommençai mon voyage à l'envers.


Zakia Hostel, Medan (Sumatra)
L'hôtel était miteux, la chambre aussi. Aucune envie d'y entrer et pourtant, je m'y précipitais à cause de mon voisin. Cet Indien obèse au débraillé malpropre, que j'avais d'abord pris pour un employé, me dévisagea avec une lueur salace, chuchota mon nom sur le ton d'un mot ordurier et me tendit une main molle que je serrais du bout des doigts, oubliant ainsi la coutume indienne : aucun contact direct entre hommes et femmes mais les mains jointes à hauteur de gorge, de poitrine ou de visage, selon le respect témoigné à l'interlocuteur.
À l'européenne ou à la traditionnelle, j'aurais gardé mes mains dans mes poches. C'est à la fatidique question « Are you alone ? » que la situation devint franchement déplaisante. Le monsieur, ayant bien vu que j'avais échoué seule dans ce rade, pensait s'échouer sur mon lit.
Quand il s'approcha trop près, dévoilant une bedaine striée de plis, je me levai, lui claquai ma porte au nez et m'enfermai à triple tour.


Cauchemars 2Berlian Hotel, Kuta (Bali)
Le bungalow payait de mine jusqu'à ce qu'un soir, vautrée sur le lit, je me trouve face à un gros rat. Puisque j'avais demandé une single room, moins une que je ne me plaigne à la réception. Finalement, mon invité surprise eut la délicatesse de s'éclipser dans la salle de bain, et moi la méchanceté d'en bloquer la porte.
Je ne l'ai jamais revu. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a point remontré ses moustaches.
Il devait bien aimer, ce rat, ma manie de laisser traîner des paquets de biscuits ouverts.


Gita Gili Pension, Gili Air (Indonésie)
Facile de repérer mon bungalow à sa porte : dessus s'étalait, toute rouge sur fond blanc, une large croix.
- Le bungalow du docteur, m'annonça-t-on fièrement. Il loge ici la moitié de l'année.
Nous nous trouvions évidemment dans la moitié où j'étais ici et lui ailleurs.
Qu'importait. Vu mon attachement particulier au corps médical, séjourner dans l'antre d'un homme de science me mettait du baume au coeur.

En vérité, ce bungalow aurait davantage eu besoin d'un charpentier que d'un docteur. Le plancher incliné gondolait sous mes pas. Quant aux fenêtres, sauf à s'appeler Hulk, elles refusaient obstinément de se fermer (embêtant, ça, pour les moustiques).
La porte sans serrure connaissait elle le souci inverse, incapable qu'elle était de rester ouverte. Un jour de mauvaise humeur, elle se claqua plus brutalement que d'habitude en faisant basculer le loquet.
Résultat : je me trouvai dehors en petite tenue, obligée d'appeler un employé à la rescousse.
Il ne vint d'ailleurs pas seul mais avec un copain. Hilares tous deux à force de regarder mes jambes et la porte, babillant des phrases auxquelles je ne comprenais pas un traître mot.
Dans un cas pareil, un zéro pointé en balinais évite les blessures à l'amour-propre.


Zakia Hostel, Penang (Malaisie)
Ma chambre niche à l'étage d'un bordel. Percés depuis la porte pour mener au lit en droite ligne, se multipliant face au sommier, il y a des trous. Une multitude de trous.
- Idéal pour épier... pensai-je. Mais les voyeurs doivent-ils payer pour le spectacle ?
Il me fallut une heure pour les boucher un à un. Et dix minutes pour récupérer du fou rire qui me cloua au sommier en imaginant, le soir venu, la tête des mateurs déconfits.

Ici ou ailleurs, j'ai toujours préféré dormir sans témoins.

 

 

Toile de Botero.

Par Chut ! - Publié dans : Voyages, voyages
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Mardi 4 août 2 04 /08 /Août 01:13
- Tu viens de trouver le père de tes futurs enfants, me dit un soir Ethan.
Il plaisantait, bien sûr. Notre rencontre ne datait que
de trois jours, alors que, derrière le comptoir du club de plongée, il distribuait des formulaires aux nouveaux élèves.

Je lui posai une question et sa réponse me plut grâce à un mot : pamper (gâter, dorloter). Quelques semaines auparavant, je l'avais entendu dans la bouche d'un autre homme, lors d'une conversation dont je me souviendrai longtemps.
De lien en lien à rebours, ce mot m'évoquait
le golfe de Thaïlande, le sable de Malaisie, le coton doux des couches de nouveaux-nés. Pour un peu, il en était venu à m'obséder comme d'autres par le passé.
Qu'Ethan l'employât me sembla un signe que je m'efforçai d'oublier.

Ce signe, probablement rien en soi, résonnait toutefois sur un autre si violent que lui, je ne pus l'ignorer.
Dans le bateau qui me menait sur Koh Tao, je pris place près d'une fenêtre et, les yeux fixés sur l'écume, m'engonçait dans une rêverie.
Lassée de la mer, je m'adossai contre la coque.
De l'autre côté de la travée se tenait, de dos, une femme blonde et mince, un bébé sur les genoux. Lorsqu'elle tourna la tête, je crus défaillir.
Même coiffure, même nez, mêmes yeux, même bouche, même menton... Elle avait trait pour trait le visage de ma mère à trente ans.
Le bébé pivota son petit buste vers moi. Je me mordis les poings pour ne pas hurler. Cette bouille toute ronde auréolée de mèches maïs frisottées, ces yeux translucides sur une peau pâle, cette bouche ouverte sur un sourire sans dents, c'était moi sur une vieille photo.
Mon portrait tout craché jailli d'un vieil album et brandi sous mon nez.

À côté d'eux se tenait le père. A
u jugé dix ans d'écart avec sa femme, pile la différence d'âge entre mes parents. Accroché à son cou, un jeune garçon. Le frère que j'aurais eu si ma mère, à l'époque trop jeune, n'avait pas pris la décision d'avorter.
Ce fut à l'aiguille à tricoter, dans une cuisine malpropre où, se vidant de son sang, elle manqua de laisser sa peau. Après un tel carnage, m'avoir fut une bénédiction. Unique car les dégâts furent tels que son corps ne put mener une nouvelle grossesse à terme.
Je grandis donc dans le regret de n'avoir point de frère. Point de petit-grand mec en guide de vie, que j'aurais autant attendri qu'exaspéré, dorloté que martyrisé.

Pendant tout le trajet, j'observai la famillle. Le père, l'enfant, le bébé, la mère. Et toujours mes yeux incrédules revenaient sur elle, la mère.
Confondue par tant de ressemblance, je fouillai mon portefeuille pour en sortir le portrait de la mienne, la seule photo avec laquelle je voyage et qui veille sur moi dans mes ailleurs. Je me mis à comparer le portrait et le visage, le visage et le portrait.
C'était les mêmes, absolument.
Agrippée à la banquette, je me retins d'approcher, de la toucher, de me réfugier dans ses bras, de lui crier "Maman, maman !".
La scène aurait été pathétique puisque le temps passant, j'étais désormais plus âgée qu'elle.
Je quittai le bateau retournée, titubante, malade.

Juste après, je rencontrai Ethan.
Trois jours plus tard, il me proposa un verre. J'interprétai cette invitation comme une politesse de gentleman : les autres plongeurs ayant terminé leur cycle d'apprentissage, je me trouvais soudain seule.
Je la pris aussi comme une petite revanche sur un trop bref instructorat. Disposant d'une formatrice attitrée, je n'avais passé que dix minutes sous sa garde.

Trois minutes sur le bateau où, juste avant que je ne saute avec mes bouteilles, Ethan m'arrêta.
- Fran-çai-se... Cheuu-veuux, articula-t-il en feignant de se repeigner.
Je compris. Les mèches glissées par inadvertance sous mon masque n'assuraient plus son étanchéité. Je le remerciai et me jetai de la passerelle, droit dans le bleu.
Sept
minutes par des mètres de fond où, grappe humaine accrochée à la même racine, nous suivions jusqu'à l'ancre la ligne de flottaison.

Je me trompai toutefois. L'invitation d'Ethan ne relevait pas plus de la galanterie que d'un cours inachevé. Elle s'articulait plutôt sur le "montrez-moi qui désirer" du Fragment d'un discours amoureux.
Notre passeur fut Bob, un de ses amis australiens. J'ignore ce que Bob (pres)sentit en moi, ce qui lui permit d'affirmer à Ethan qu'il devrait me connaître : des quelques phrases banales que nous échangeâmes, je n'en compris que le tiers. Juste assez pour fournir des réponses indigentes de parfaite couillonne.

Un crochet à Bornéo. Un aux îles Perhentians où Ethan me rejoignit. Après un marathon de vingt-quatre heures, nous revînmes sur son île, donnant ainsi raison au proverbe local :
"Ici, on ne se dit jamais adieu, juste au revoir."
Pour moi Ethan ouvrit tous ses espaces de célibataire : sa maison, la chambre de mon choix, les lieux secrets qu'il aimait.
Il me confia également ses clés, métaphore d'une serrure qui jour après jour s'ouvrait.
Au petit matin, alors que je dormais encore, il m'enlaçait ou me regardait. Me nourrissait et glissait ses jambes autour de mes hanches pour mieux discuter à fleur de peau, apaisait mes cauchemars et sécha mes larmes le jour d'un triste anniversaire.
Mais jamais, dans sa grande délicatesse, il ne prononçat le mot "amour".

Une fois en France, je lui fis part du dilemme auquel j'étais confrontée et qui menaçait de m'engloutir. Il m'offrit d'être le père de mon enfant. Vu son histoire tourmentée, je savais ce que cette proposition lui coûtait et faisait résonner en lui.
J'hésitai, longtemps, avant de refuser.
Avec le cadeau de Dorian, ce fut le plus beau que je n'ai jamais reçu.

Depuis un mois, la générosité inouïe des hommes de mon chemin ne cesse de me bouleverser.
Par Chut ! - Publié dans : Ethan, little big man
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Dimanche 2 août 7 02 /08 /Août 22:42
En rentrant d'Asie, j'avais dit que je voulais la faire. Les semaines passant, je n'en avais plus envie. Pas le cœur à la fête. Pas l'âme à la rigolade. Puis l'excuse toute trouvée des vacances.
"Y aura personne, tout le monde s'en va."

C'est Ether qui m'a poussée. Ether et un autre truc à l'intérieur de moi. Un truc comme une lueur qui vacille
au bout du couloir, un lacet qui se desserre autour de ma gorge, un fourmillement de poings qui pousse.

J'ai alors pris mes nouvelles mains pour faire une liste. Y ai couché les noms de ceux que je connais et aime, de ceux que j'aime sans bien les connaître, de ceux que j'aimerais connaître davantage. Et j'ai enfin décroché mon téléphone.
"Es-tu libre vendredi ?"

L'après-midi du jour dit, loin de l'excitation de réunir mes amis, j'étais au lit. Échouée en méduse, dormant comme deux sapeurs. Les cris des ouvriers qui, dans la cour voisine, s'interpellaient du haut des échafaudages ne me troublaient pas. Le vacarme de leurs machines non plus.
Écrasée de fatigue, de cette fatigue si lourde qu'elle a des airs d'abysses, je dormais.
C'est le réveil qui m'a tirée de mes
brumes.

J'ai regardé l'heure. Pas encore levée, déjà épuisée, déjà en retard. J'ai appelé Ether pour lui dire que j'arrivais. Adorable, elle s'était chargée des courses et du lieu : chez elle, parce qu'elle a un grand salon.
Je savais qu'à tous on ne le remplirait pas, mais qu'importe ?

À peine arrivée, je suis ressortie. Il manquait, pensait-on, trop de nourriture et de boissons pour que la fête ait un air de fête.
En fait, nous nous trompions. C'est l'opulence des restes qui, une fois l'appartement vide, nous l'a appris.

En revenant chargée de quelques sacs, j'ai aperçu Dorian. Il marchait, dégagé, en jeans et chemise bleue, un sac sur l'épaule. J'ai poussé un cri qui pourrait être de ralliement.
Il a sursauté, souri, pris les sacs puis moi entre ses bras.

Depuis notre dernier dîner, d'autres mauvaises nouvelles étaient tombées. Dorian et moi en avions parlé, très peu, très vite. Aussi quand il m'a serrée, très fort, pensai-je qu'il estimait à quel point ma résistance avait été entamée. À quel point j'étais fragile sur mes deux pieds.
J'étais sûrement partie sur une fausse route.
S'il me serrait si fort, c'était juste qu'il m'aimait et me le montrait, simplement, sans mots.
- Tu es radieuse, me complimenta-t-il alors que nous traversions la cour arborée.
J'agitais les mains pour ne pas le traiter de menteur.
Chez Ether, la glace m'avait renvoyé un petit visage chiffonné. Cernes, plis, creux et bosses des coups du sort et des stigmates du combat. La poudre masque, le fard avive, mais sous la poudre et le fard se tient toujours la même peau.

Les invités arrivèrent les uns après les autres. Aucun ne se connaissait auparavant, mais je ne m'inquiétais pas. Je savais qu'ils s'apprécieraient autant que moi, je les appréciais. Et la soirée a coulé comme l'alcool. S
imple, fluide, forte.
Appuyée sur le minibar, entourée de rires, d'exclamations et de paroles en l'air, je me suis soudain retranchée. Ai appuyé sur pause pour les regarder tous, un par un. Ether mon amie-ma sœur et Yann son frère, Kim le voyageur, Sandra si drôle et Agustin si sensible, Antoine l'artiste, la belle Mathilda à son bras, et Dorian.
J'ai pensé q
ue j'avais la chance de les avoir tous autour de moi. Que ce moment de grâce ne reviendrait plus.
L'émotion me serra la gorge.

- Vous savez ce qu'elle a osé faire lors de notre dernier dîner ? lança Dorian à la cantonade.
Concert amusé de non en invitation à dire davantage.
Ouh là, aucun doute, il va m'habiller pour l'été. Je relâche à la hâte le bouton pause et redescends de mon nuage. Dorian a au coin des lèvres la malice des enfants qui possèdent un secret, doublée de l'excitation de ceux qui vont le révéler.
Ce secret, j'ai beau le chercher, je ne le trouve pas. Que le serveur soucieux de m'orienter vers un plat féminin ait été congédié d'une "grosse entrecôte à point et dégoulinante de frites", est-ce un secret ?
Non. Tout au plus un micro-événement culinaire.

- J'vous raconte, alors ?
Chœur de oui aussi intrigués qu'enthousiastes.
- Et bien... Nous mangions en tête-à-tête sur une terrasse. À un moment, je m'absente cinq minutes et lorsque je reviens... Elle draguait les trois garçons de la table voisine !!

Je m'insurge. Soutiens à Dorian qu'il n'a rien compris. Que sa mauvaise foi est d'une évidence rare.
- Mais je ne les ai pas abordés ! C'est le petit brun qui m'a demandé si, entre toi et moi, il y avait une possible ouverture.
- Et tu as répondu ?
- Impensable, on est des amis de 13 ans.
- Voilà... Merci de confirmer : tu lui as laissé la porte ouverte.
- Mais pas une seconde ! Admets que tu es tordu, à voir des sens cachés partout !
- Et son voisin, il te plaisait beaucoup, non ?
- Là, j'avoue. Il était canon, son voisin. Mais aussi beaucoup trop jeune.

- Trop jeune, trop jeune... Tu me parlais à moi en le regardant lui !

Dorian faussement indigné rit, avec dans le regard une pointe d'autre chose. Quoi exactement ? Mieux vaut sans doute pas chercher.
La zone est trop instable, dangereuse, à la lisière de notre amitié.

À la fin de la soirée, Dorian m'enlaça et me souffla :
- Je voudrais t'aider. Mais pas que t'aider. La vérité est que j'ai envie de toi. Et que cette vérité-là, c'est aussi le moyen de t'aider.
Nous sommes rentrés ensemble. Avons fait lentement les gestes du rituel de l'amour et du sexe. Aussi tendres, forts et complices qu'il y a onze ans, lorsque nous ouvrîmes notre brève parenthèse d'amants.
Quand son sexe vint aux bords du mien, ma paume se posa sur sa hanche. Un petit stop qu'il était libre d'ignorer.
- Tu es sûr que... ?
- Oui, certain.

Le préservatif resta emmailloté dans son sachet.
- Tu sais qu'il y a une chance sur un million, n'est-ce pas ?
- Je veux la courir. Parce que la science peut se tromper. Parce que j'aimerais un enfant avec toi.

Lorsqu'il jouit, des milliers d'étoiles s'invitèrent dans ses yeux.
- Je crois qu'on est fous, dis-je.
- Je ne crois pas. Et même si, et alors ?
Je ne te demande que de me donner des nouvelles. Où que tu sois, ne cesse jamais de m'en donner.

Dorian parti, je me renversai sur le sommier, glissai un coussin sous mes fesses, encerclai mon ventre de mes mains. Puis je parlais, parlais dans le noir, à cet enfant si désiré.
Je lui racontais cette nuit, je lui racontais son père.
Je lui expliquais mes doutes et cette envie qui montait du dedans.
Je le suppliais de s'accrocher pour que j'ai la chance de le connaître.
Je l'assurais que s'il venait en dépit de mon corps cassé, il serait le fruit de l'amour.
D'un amour très particulier entre un homme et une femme.

Par Chut ! - Publié dans : Dorian, un amour particulier
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Mercredi 29 juillet 3 29 /07 /Juil 01:55

Puisque se souvenir, c'est revivre encore.
Puisque mes nageoires sont sectionnées, je replonge dans mes souvenirs.


19 mai 2009, Koh Tao, site de White Roc.


L'eau est glacée.

Je tends un bras et ma main, happée, disparaît. Les torches des autres plongeurs dansent autour de moi un ballet blanc. Lorsqu'ils s'éloignent, je suis rendue à l'obscurité.
Les consignes défilent à toute allure : ne jamais s'éloigner de son binôme. En cas de séparation, se chercher une minute sous la surface avant de remonter.
Mais si je remonte, trouverai-je mon binôme ?
Et où est amarré le bateau ?
Et une fois en haut, ne serai-je pas une gommette perdue au milieu de nulle part, hurlant son angoisse et sa solitude à la face des étoiles ?

Les paysages familiers du jour sont devenus hostiles comme ces défilés de rochers s'étranglant en coupe-gorges.

 Ma lampe saisit, au hasard, des tapis de coquillages, des vagues de sable bosselé, des fantasmagories de coraux enchevêtrés.

L'eau est noire, si noire,
 une vraie purée de poix, une étendue de suie à perte d'yeux aveugles.
Oppressée, je nage dans un cercueil, environnée de monstres hostiles et d'algues en cheveux de méduse.
 Je heurte de plein fouet un rocher, bondis de côté, jurant sentir l'étreinte d'une main visqueuse sur mon poignet.
 Des pensées folles me battent les tempes, des crampes me serrent sous la combinaison.
Inspiration, expiration. Saccadées, trop rapides, bloquées à fond de larynx, à rebours d'une règle d'or de plongée : respirer aussi profondément que lentement.
Et respirer, surtout ne jamais cesser de respirer.
Noir autour, blanc dedans. Un blanc comme un manque, un no man's land terrifiant de magma agglutiné, une zone de cerveau nommée panique.
D'un coup de palme, je me renverse en poisson mort et je flotte, sirène agonisante cernée d'une nuit infinie.

Expiration.
L'air mugit dans ma gorge puis dans l'embout de plastique. Un tourbillon de bulles gicle. Leur grondement, seul bruit coupant un silence de plomb, me ricoche aux oreilles.
Mais qu'est-ce que je fous là ?

Plongée de nuit 2Inspiration.
J'inhale dans mon détendeur comme un héroïnomane dans sa paille. Je suis une shootée de l'oxygène, je ne veux pas mourir en bas.
Je pense à ceux que je laisserai sur la terre et au niveau d'air dans ma bouteille.
Je pense qu'ils vont pleurer et qu'il doit descendre trop vite.
"Vas-y doucement...
 You're gonna burn your air too fast, ma jolie..."
Le français et l'anglais s'emmêlent dans ma caboche, d'ailleurs s'emmêler j'ai la trouille, y a plein d'obstacles, de filaments à ventouses et de trucs dont j'ignore jusqu'aux noms, que je ne vois pas, qui vont m'emprisonner, me coincer, me ficeler, me faire crever.


Mais pourquoi, pourquoi n'ai-je pas plongé hérissée d'un couteau comme ce Thaï au corps de lame et au bandeau de flibustier ? Le pirate, comme je l'appelle, avec son tatouage et son cran d'arrêt en bandoulière au mollet ?
Avec un couteau, j'aurais pu me libérer, les dépecer ces putains de trucs et de fantômes, les réduire en pièces, en miettes, les faire valser à tous les diables.
Tronc aligné sur la tête, jambes sur le tronc, palmes sur les jambes, la plongée-corrida enmétaphore de vieje lutte pour ne pas me débattre, ne pas agiter ma lampe en signe de détresse.
En silence je hurle à tous mes fantômes d'aller se
 faire foutre. Bien profond, même.

...

Une fois sur le bateau, au lieu de dire "je déteste plonger de nuit, je suis claustrophobe, jamais je ne recommencerai", je demandai simplement :
- À quand la prochaine ?
47 minutes d'angoisse et je réclame du rab de peur de voir la peur gagner.



Jour pour jour un mois plus tard, même site par 16 mètres d'océan.

 

La nuit est douce mais l'eau toujours froide.
Ethan et moi avons laissé comme convenu les autres plongeurs à des jets de palmes, en tête-à-tête pour notre dernier rendez-vous nocturne avec l'océan.

Dans le noir mâtiné de lune je dessine des lignes droites, des voltes et des virevoltes. Géométrie de paix bercée d'une respiration lente et profonde.
Le faisceau de ma lampe avive le corail d'un violet intense, surprend un bernard-l'ermite rampant à flanc de sable ou un poisson endormi dans un trou de rocher.
Je pense que je n'aurai jamais assez d'yeux pour voir, jamais un cœur assez grand pour goûter à tout ce bonheur sans éclater en mille morceaux.

Ethan  tout proche me tend la main. Je pose ma paume contre la sienne, ferme doucement les doigts en signe d'alliance puis les desserre pour me séparer de lui.
"Laisse-moi nager seule si tu m'aimes. Et puisque tu m'aimes, laisse-moi nager seule."

Cous tordus, mes fantômes se sont fait la malle. Je leur ai entre-temps brisé l'échine.
S
ans couteau, mes jambes me propulsent droit devant, vers un ailleurs qui s'éclaire à mesure de ma course.
Ma seule arme ? Un trident tatoué à la cheville par un guerrier iban.
Je pense que c'est bien assez alors que mon cœur explose.
Je pense d'ailleurs que je ne pense plus.

De retour sur le bateau, j'ai vécu 64 minutes.
Un peu plus d'une heure de félicité à déduire de mon temps sur terre.
Toujours ça d'arraché au néant.


Bien que conforme à la vérité, ce texte pourrait être une métaphore.
Comprenne qui pourra, saura, voudra. Moi, je me comprends. :)

2e photo : Anton Don Greggorio.
Par Chut ! - Publié dans : En profondeur... passion plongée
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Lundi 27 juillet 1 27 /07 /Juil 01:13
Cet homme-là, il n’y a qu’une fois qu’il ne m’a pas fait pleurer.
C’était la première.
La seconde, il avait l’air grave. La troisième, consterné. La quatrième, flou, car je me réveillais à peine. La cinquième, la sixième, la septième se sont achevées dans autant de déluges.

J’ai aimé des hommes qui m'ont fait pleurer. Lui, cependant, je ne l’aimais pas. Du moins pas comme les autres. Pour un peu, je l’aurais même haï.
Lui et sa petite taille qui me force à me baisser pour le saluer.
Lui et sa houppette de cheveux de plus en plus clairsemée.
Lui et ses belles chaussures qui craquent sur son beau parquet.
Lui qui me connaît par cœur et m'a vue comme aucun autre homme ne me verra jamais. Ouverte, retournée, prostrée, pleine de larmes, de sang et de merde.
Oui, lui, j’aurais pu le haïr.
Mais déteste-t-on son médecin sous prétexte qu’il annonce de mauvaises nouvelles ?

Lors notre dernier rendez-vous, c'est à son silence que j'ai compris. La grenouille écorchée étendue
sur la table, c'était moi qui regardais l'écran. L'image n'avait ni volumes ni reliefs, juste du blanc, du noir, du gris. Une infinité de gris éclatés en particules de gris.
- Relaxez-vous, me conseilla-t-il.
Je ne répondis rien. J'essayais de penser à autre chose.
Entre nous le silence s'étendait comme les montagnes de mon enfance. Vite, de toute la force de mes jambes,
je me faufile entre leurs hautes herbes pour me cacher. Puis tombe hors d'haleine dans un champ moussu de cailloux, caressant leur dos de coccinelles polies de vent.
- Ici, ça va.
J'avance à quatre pattes dans le lit d'une rivière. Les pierres ne sont plus douces mais tranchantes, des saletés de silex qui m'écorchent les paumes. Le plus aigu, craquant la toile de mon pantalon, me pourfend jusqu'à l'os.
- Mais là, hum... Il y a un problème.
Le sang jaillit, saccadé, de ma blessure. J'ai mal mais je ne crie pas. Si personne ne m'entend, si personne ne me voit, personne ne viendra et je pourrai croire à un rêve. Un rêve plausible d'allongée nue.

Une série de clic me contraignit à quitter ma terre d'enfance. Et bien que n’opérant aucun lien entre le truc enfoncé en moi et le magma gris sur l’écran, il était urgent que je me concentre. Parce que j’avais un problème enfermé entre quatre points.
- Non, pas là.
Il ressaisit de ses mots mes yeux égarés.
- Ici, conclut-il en pointant une tache grise. Enfin… Ici et là.
Sur l’écran, son majeur rejoignit son index. Entre eux, un écart de dix centimètres.
Lorsqu’il retira ses doigts, ça fit deux taches.
- Rhabillez-vous.
Je remontai le boulevard avec, dans la gorge, un arrière-goût de désastre.

Passé le premier choc, je ressentis
l'incrédulité d'une trahison sans signes précurseurs : mon vieux complice m'avait lâchée dans la dernière ligne droite.
Lui que j'avais nourri, soigné, malmené parfois sur les routes, poussé jusqu'à l'extrême limite de la fatigue puis chouchouté pour qu'il se refasse une santé.

J'eus envie de lui crier qu'il ne pouvait pas me rejouer ce coup-là. Qu'il n'avait pas, cette fois encore, le droit à la défaillance.
J'aurais pu hurler ma rage et mon désarroi à la face des immeubles que rien n'aurait changé. À mes plaintes, à mes imprécations, mon corps resterait sourd.

Si je lui dois certainement la patience accordée aux malades, je lui garde la méfiance réservée aux ennemis. Aux hypocrites qui vous prennent à revers. Aux sournois qui, à la faveur de l'ombre, bousillent vos plus beaux plans.

Depuis ce rendez-vous et avec plus ou moins de peine,
j'aligne le jour mon corps et mon esprit sur la même courbe.
La nuit, leur ordonnance se défait. Je rêve de chairs morcelées,
d'alliages de muscles et de machines, de silhouettes rabiotées au couteau, de femmes mécaniques, androïdes, bioniques.

Le jour de l'annonce, j'ai pleuré, serré les poings puis redonné vie à ce qui était mort.
Ce jour-là, j'ai proposé à Gaspard :
- Tu ne vas pas rentrer là-bas si tard. Viens dormir à la maison si tu veux.
Dormir, tellement je me sentais incapable d'autre chose.

Une fois rentrés, nous nous lovâmes au creux du canapé déplié.
L'envie vint lentement, vague après vaguelette, tandis que ses lèvres traçaient de petites routes humides de mon front à ma nuque, de ma gorge à mes seins, de mon ventre à mon sexe.
Mon corps de guingois, ce qui était mort dedans, il s'en fichait bien.
Lui me voyait femme tout entière.
Et moi recomposée sous ses mains, j'étais une.
Lorsqu'il me pénétra, je renversai son visage pour voir ses yeux.

Au petit matin, Ether partant travailler pensa que Gaspard était parti. Sous le drap ne se dessinait qu'une seule forme : celle de nos corps emboîtés dans le sommeil.
Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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