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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Samedi 25 avril 6 25 /04 /Avr 18:32
(Suite de Empreinte, Genèse)
 

Un soir, Ernesto m'a emmenée à son atelier. Enfin, à son lieu de vie, comme je l'avais appris plus tôt. Après un quart de nuit passée à discuter dans le salon-réception de Tracks, je désignai un des lits superposés de la plus petite chambre :

- Tu ne dors pas ici ?

- Non, je rentre au magasin. Je ne dors bien que par terre.

Tenaillés par le sommeil, nous nous étions séparés comme ça, abruptement sur un signe de main.


Lorsqu'Ernesto déverrouilla sa porte, je m'attendais à découvrir un lieu spartiate. Je ne vis qu'un escalier montant à pic dans les profondeurs d'un bâtiment. Puis, une fois les marches gravies, une pièce immense avec un bazar comme je les aime. Du bois, des bambous, des objets tribaux et des photos recouvrant les murs, des affiches souvenirs suspendues, une paire de bottes abandonnée, un canapé et une table basse.

Tout au fond, des fenêtres en vitraux donnaient des couleurs à la nuit.


La lumière de la cuisine filtrait aux coins d'une porte noire. Alors que je me levai, Ernesto me demanda :

- Ne l'éteins pas quand tu reviendras.

J'acquiesçai et oubliai. Il se leva pour réparer ma distraction, expliquant :

- Je la laisse toujours allumée... Les démons sont attirés par le noir.


Je songeai qu'en effet, le mien, de démon, me suffisait bien.
Inutile qu'il invite en prime ses copains.
Mes pensées jouant à saute-mouton rebondirent sur la porte. La certitude que, quelque part sur cette planète, au croisement de deux routes, une lumière brille toujours me réconforte. C'est comme une clef qui, au fond de ma poche, ouvre à l'autre bout du monde mon appartement.


Cette nuit-là, Ernesto et moi avons parlé de tatouages et de chemins de vie, de souffrances et de rédemption. Nous avons ri aussi, de cette fille bizarre qui se plantait des heures durant devant ses fenêtres et lui envoyait des messages en pleine nuit, de ce démon accroché à mon dos comme une chauve-souris sur l'épaule.


- Surveille tes arrières, souffla Ernesto dans mon cou.

Je ne lui dis pas que je passais trop de temps à me retourner. Lui qui devine tout, il le savait sûrement déjà. Puis je me sentais bien, tellement bien que je n'avais aucune envie d'opérer un demi-tour sur moi. Juste celle d'enfiler droit devant les heures de la nuit, de les voir défiler sur la pendule sans songer à hier ni à demain. De sentir encore sa main nonchalamment posée sur ma cuisse, de m'appuyer contre son épaule en sachant que bientôt nous serions nus.

Mais quand est-ce donc, bientôt ? Dans cinq minutes, une heure ou demain ?

Aucune importance. Avec certains hommes, bientôt est toujours le bon moment.


Ernesto quitta le canapé. Profitant de son absence, je déambulai pieds nus dans l'atelier, m'imprégnant d'ombres et de lumières. Derrière moi, un gri-gri suspendu tournait comme un pendule sur la photo d'un guerrier iban. A ma gauche, le miroir en pied me renvoyait ma silhouette amaigrie par le voyage.

Depuis un mois, avec ces nouilles et ce riz qui ne passaient plus, je me dépouillais de ma chair pour m'approcher de mes os. Creusée de dedans en une épure de corps aux jambes plus longues, aux fesses plus hautes, à la taille étranglée en double virgule.
Désalourdie, fluette, simplifiée comme une esquisse en devenir.


J'étais arrêtée face au fauteuil chirurgical de tatouages lorsqu'Ernesto me rejoint. Collant son torse nu à mon dos, m'effleurant les poignets pour les guider vers le siège, il chuchota :

- This is the Ministry of Pain*.
Je souris en songeant que bientôt je connaîtrai moi aussi cette douleur.

Si j'avais jusqu'alors été hésitante, je ne l'étais plus. Cette marque et cette souffrance étaient mon rite initiatique, l'empreinte à même ma chair d'un saut sans possible retour en arrière.
Je voulais que ce soit Ernesto le passeur. Parce qu'il a la grâce, le duende, l'émerveillement des enfants comme la vieillesse dans ses yeux.

Parce que le choisir, c'est aussi me lier à lui.


Au petit matin, nous nous sommes endormis enlacés à même le sol.

(*C'est le Ministère de la Douleur.)

A suivre. 
 Le dessin est d'Isabelle Pessoa.

Le tatouage est un tatouage de voyage traditionnel iban.
Il orne, côté torse, les deux épaules des hommes.

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Mercredi 22 avril 3 22 /04 /Avr 08:21

Ile de Bornéo, Sarawak.

Un panneau coloré suspendu au bas d'un immeuble avec les empreintes de deux chaussures de trek. Tracks... Le nom m'a aussitôt plu, comme les messages des voyageurs laissés dans l'escalier, les murs rouges de la réception et la grande chambre du coin. En plus, elle s'ornait d'un 6, mon numéro fétiche.
Alors j'ai dit "D'accord" et j'ai posé mon sac.
Tracks est une petite guesthouse repliée sur elle-même comme un escargot. Pour rejoindre une pièce, il faut en traverser une autre : le dortoir pour accéder à la chambre du fond, la réception pour la cuisine, la cuisine pour la salle de bains.
Ici, l'intimité est fragile comme une cloison de bois. On vit côte à côte mais surtout ensemble.

L'après-midi, les lieux sont presque déserts. Mais le soir, lorsque tout le monde est rentré, on partage le récit de sa journée, une bière, de la musique. Des massages parfois, quand Matt s'invite sur le coup de onze heures.
Matt, la cinquantaine solide, a des mains en battoirs et une poigne à vous briser les os. Lorsque que, la première fois, il s'empara de mon talon et le serra, je hurlai.
Matt, imperturbable, déplaça ses doigts pour poursuivre son examen. Je me mordis les joues avant que ne tombe son diagnostic :
- The devil is behind you. (Le démon est derrière toi).
J'éclatai de rire en pensant qu'il avait peut-être raison. Ernesto rit aussi, en pensant certainement que ce n'était pas si drôle.

A Bornéo, sur la terre des chasseurs de tête, on croit encore aux légendes. Aux pouvoirs sacrés des objets, à la malédiction des crocodiles, aux génies de la rivière et de la jungle, à la protection magique des tatouages, témoignages à livre ouvert d'une existence.

Celle d'Ernesto a été bien remplie. Et de tatouages, son corps en est couvert. Non parce que tatouer est son métier, mais parce que chacun de ses dessins a un sens. Son corps est une passerelle de son art à sa vie, de sa vie à son art. Et Ernesto ne plaisante pas davantage avec l'un qu'avec l'autre :
- Lorsque quelqu'un me demande un motif, ma première question est : pourquoi ? Ma deuxième : qu'as-tu fait pour le mériter ?

Mon regard effleura son buste mince taillé pour la jungle, ses cheveux longs, ses lobes distendus par de lourdes boucles d'oreille, s'attarda sur la pierre fétiche autour de sa gorge, cette pierre même que plus tôt il refusa que je touche pour ne pas lui ôter son pouvoir :
- Ernesto... Si je te demandais un trident, tu me le tatouerais ?
Ses yeux d'onyx me dévisagèrent comme s'ils me voyaient pour la première fois. Puis, après un silence, il m'interrogea d'une voix douce :
- Où le voudrais-tu ?


A suivre.
La photo est publiée avec l'autorisation d'Ernesto. Il me fait autant confiance pour les textes que moi pour les tatouages. Alors, un grand merci à lui.

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Mercredi 15 avril 3 15 /04 /Avr 11:16
"Droit devant, on ne peut pas aller bien loin...", dit un jour l'habitant d'une lointaine planète au petit prince.

Pourtant j'avance, d'avion en ferries, de bus en taxis, taillant ma route à coups de serpe, la défrichant en percées claires.

Lorsque je me retourne, je distingue à peine sa trace déjà recouverte de poussière. Ma trajectoire est comme le sillage du bateau englouti par la mer, un mot d'amour effacé sur le sable, un itinéraire tracé sur une carte qui a pris l'eau : une ligne n'existant plus que dans le souvenir.


Oh, il y a des preuves, bien sûr. L'usure de mes chaussures, les déchirures lardant mon sac en autant de blessures de guerre. La couleur de ma peau tannée par le soleil et le vent et, tranchant en rose sur le brun, mes cicatrices à la paume et au genou. Puis, collés dans mon journal de bord, ces tickets de transport, de visite, ces factures d'endroits où j'ai mangé, dormi et où je ne repasserai plus.

Combien y a-t-il d'enjambées dans des milliers de kilomètres ?

Aucune idée, tant les pas de géant ne sont parfois que des sauts de puce.

Toute avancée n'est qu'un tour sur soi.
Non. Toute avancée est déjà un tour sur soi.


Le semaine dernière, ma course m'a ramenée à Andrea en un arc de cercle. Cela prit douze heures chaotiques, deux bus, un ferry rouillé et un simple bateau à flotteurs. En équilibre sur le banc dur, le regard fixé sur l'horizon mangé de nuit, je songeais à mon canapé parisien, aux dreadlocks d'Andrea et à sa bouche articulant :

- Cet été, je suis allé aux îles Guili Guili.

Je me souviens d'avoir ri, faisant mine d'oublier que ce "je" cachait en vérité un "nous" :

- Guili Guili... Les îles aux chatouilles ?

Andrea avait ri aussi. M'avait parlé de plages et de rizières, de couchers de soleil et de baignades alors que je pensais bête à deux dos.
Puis, s'interrompant soudain :

- Je ne devrais pas t'en parler. Ce n'est pas délicat, puisque j'y étais avec elle.

Il se trompait cependant sur un point : le nom de ces îles perdues n'est pas Guili Guili, mais Gili tout court.
Dans le nom s'en trouvait un de trop.


Bel endroit que Gili, en effet. Vrai paysage de carte postale sans voitures, ni motos, ni chiens errants. Juste des carrioles à chevaux, une électricité capricieuse, une bande de sable étirée à l'aplomb d'une mer turquoise. Peu de touristes aussi, hors saison oblige.

Leur meute reviendra à l'été et à Noël. Défilé de gentils couples partageant la même crème solaire, déambulant enlacés sur le chemin poussiéreux, sirotant un cocktail sous les abris du front de mer. Un plancher en bois monté sur pilotis, un toit en palmes, une table basse et des coussins moelleux, ces abris sont du genre romantique.

Est-ce pour cela que j'y ai passé les heures brûlantes de l'après-midi ?

Non. Solitaire par choix, en tête-à-tête avec ma bouteille d'eau, j'y ai rêvassé et noirci les pages de mon journal.


A l'approche du soir, je me suis souvenu d'Andrea à demi-nu sur mon lit. Du jour où, me regardant, il avança la main et écarta les bras. Je m'y blottis en songeant que c'était là mon pays, ma patrie dans l'espace de ses bras ouverts. Que j'y étais parvenue après un long voyage et pouvais à présent dormir.


Parfois, tel un mirage né du désert, j'ai cru apercevoir son fantôme. Il marchait sur la route, une fille derrière lui. Ou s'allongeait aux côtés d'un corps déjà couché. Ou, émergeant de l'eau, brandissait en vainqueur dérisoire le poisson qu'il venait d'attraper.

La fille, elle, applaudissait et sortait un appareil photo.

Clic, l'image était dans la boîte.

Clac, elle s'effaça de ma mémoire. Volatile souvenir de poisson retournant à la mer, les écailles changées en peau de sirène.


Cette peau de sirène, c'est la mienne.
Il n'y a plus de place pour Andrea dans mon voyage.

Par Chut ! - Publié dans : Andrea d'ébène
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Lundi 23 mars 1 23 /03 /Mars 13:49

Yogjakarta, île de Java.


Depuis plus d'un mois que je chemine en solitaire, sac au dos, je me nourris de nouilles, de riz et de moi-même, entre irrésolution des jours de fatigue, énergie de journées pleines, contrariétés et joies minuscules, grosses galères et grandes découvertes.


Dans un taxi-moto, le vent dans mes cheveux suffit à me ravir. Il a le goût de la liberté comme la saveur des brochettes aux étals des marchands, le relâchement de mes épaules alors que mon sac trop lourd atterrit sur le lit d'une chambre d'hôtel, le bruit ininterrompu de la pluie sur un toit en zinc ou son ruissellement sur mon visage brûlant.

Lavée de la chaleur et de la poussière, trempée et heureuse, je peux alors m'abriter et pester :

- Mais qu'est-ce qu'il pleut !


Je le savais en partant, ce voyage serait différent des autres.

Avant, j'avais une idée de ce que je cherchais, même si je ne le trouvais pas ou que mes plans changeaient en chemin.

Cette fois-ci, je l'ignorais. Enfin, pas tout à fait.

J'avais au fond des tripes le besoin vital de me décrasser, de me confronter à moi-même, d'accomplir un voyage dedans.

Une ascèse plutôt qu'un amusement, une plongée vive à mes sources, une remontée de mon propre courant desquelles je sortirais vivifiée, baignée, épurée après l'épreuve du feu.


J'ai bien pensé à me créer ma propre épreuve : prendre pendant dix heures un bus pour nulle part. Pour qui voyage en routard, elle semble ridicule. Pour moi qui déteste encore plus les bus que la voiture, elle ne l'est pas.

A peine me suis-je installée sur mon siège que, souvenir d'enfance, j'ai déjà la nausée.

De plus, petits garnements, ma vessie et mon estomac supportent mal les longs trajets. Périodiquement, j'ai besoin de vider l'une et de remplir l'autre. Sans compter que ma claustrophobie s'accommode mal d'une prison de métal, de voisins qui se retournent et me dévisagent en bête curieuse, grignotent mon siège, s'effondrent sur mes genoux au premier cahot.

Ici comme ailleurs, la proximité forcée des peaux, des odeurs, des conversations me hérisse.

Enfin, en Indonésie comme en Inde, les chauffeurs conduisent comme des furieux, au klaxon, doublant à tort et à travers dans les virages ou sur les routes à deux voies.

Mille fois par le pare-brise, je vois, impuissante, la mort me faucher en pleine face.


Si j'ai renoncé à cette épreuve gratuite, c'est que je l'ai vécue contrainte et forcée de Parapat à Medan. Le trajet qui devait durer quatre heures. Il prit le double.

Dès le départ j'eus l'horrible vision d'une chute fatale. Un camion ayant sûrement pris à trop vive allure la petite route en lacets gisait écrasé au fond d'un ravin. Comme dans les crashes d'avion, aucun passager ne devait survivre.

La différence avec les crashes ? Ils se produisent plus rarement : l'avion reste le moyen de transport le plus sûr, le bus le plus risqué.

 

A mi-course s'abattit un déluge tropical. Le ruban d'asphalte, les champs alentour, le ciel se confondaient en un seul gris intense. Des trombes d'eau obscurcissaient les vitres. Une giclée de boue jaillie des roues d'un véhicule nous plongea dans la nuit noire.

Lueurs fantomatiques des phares exceptée, on n'y voyait pas davantage qu'au fond d'un trou.

La carlingue fatiguée du minibus tremblait comme un hélicoptère au décollage.

A l'intérieur régnait un profond silence d'église. Les passagers s'en remettaient à Dieu ou plutôt au chauffeur devenu Dieu. Un Dieu aux yeux étonnamment clairs et au visage crispé dans le rétroviseur.

Un Dieu qui tenait leur vie – nos vies – entre ses mains.


A la fin du trajet survint un immense embouteillage. Une file de camions, de bus, de voitures inextricablement mêlée convergeait dans la même direction, sans autre échappatoire que la ligne droite.

Fenêtres entrebâillées, nous suffoquions dans les vapeurs d'essence et de gaz d'échappement.

Inspiration, expiration.

Bouche ouverte tel un poisson sorti de son bocal, je me forçais à respirer calmement, réprimant la panique qui gagnait et mon ventre et ma gorge, me bénissant de n'être point asthmatique.

Sinon j'aurais crevé là, terminus plein champ.


Notre chauffeur prit le parti du bas-côté par une brusque oblique à gauche. Vaille que vaille à un demi-mètre du fossé, il remonta cran après cran le serpent de véhicules, tantôt s'immisçant telle une couleuvre entre un pare-chocs et un garde-boue, tantôt glissant sur le ventre, patinant, dérapant sur la terre meuble.


Mille fois je nous vis verser dans l'eau. Non plus celle qui lave et purifie, mais celle qui tue et détruit.

Mille et une fois je soupirai de soulagement.

A la fin du périple j'étais moulue. Corps en écorce malmenée, sentant dans ses flancs la flamme du désir de la route proche de s'éteindre.


Je soufflai sur ses braises pour m'arracher de la ville hostile de Medan, fuyant Jakarta, une ville encore plus grande, pour atterrir ici. Un vol retardé plus tard, je m'échouai à l'hôtel, une bâtisse sans âme, pour dormir et me laver.

Sous l'eau froide de la douche les scories se détachaient. Peur, stress, énervement, colère glissaient sur mes écailles, emportés par le siphon.

Reposée, purifiée, je pouvais à nouveau brûler.

Le feu me saisit presque par hasard. Presque, tant un de mes livres de route, Femmes qui courent avec les loups, allume en moi un brasier. Il a la profondeur des sésames difficiles d'accès, la forme complexe des clés durement gagnées.

Un chapitre, une enjambée.
Un pas imprimé sur la cendre morte de ma vie ancienne de laquelle jaillira, je l'espère, une récolte fertile.


Aujourd'hui, assise sur un tabouret par trente-cinq degrés à l'ombre, j'entendis un furieux martèlement de sabots. Des chevaux cabrés, libres d'entraves, cinglés par le vent, toutes dents dehors, roulant des yeux furieux dans une caracole d'enfer.

Le mince batik avait l'épaisseur des révélations.

Je demandai à faire déplacer la toile.

Chamarrée à la lumière du jour, la horde avait la sauvagerie effrayante, somptueuse des appels à l'âme.


J'ai acheté la peinture.




Mon livre de route est de Clarissa Pinkola-Estés.

Son titre complet : Femmes qui courent avec les loups,
Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage.


Le batik sort des mains de l'artiste et professeur indonésien Harri Agung.

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Lundi 9 mars 1 09 /03 /Mars 11:00


- Passport, please !
En voyage à l'étranger, passeport est le mot-sésame qui ouvre toutes les portes : celles d'un pays convoité à la douane, d'un avion, d'un train, d'une chambre d'hôtel.
Souvent, je regarde le mien comme un objet magique. Pourtant, éraflé d'avoir trop traîné dans mon sac, poli par l'usure d'être passé entre trop de mains, épaissi par une légion de visas et aplati par autant de coups de tampons, il en a depuis belle lurette perdu l'apparence.
Mais sans doute est-ce cela, le propre des objets magiques : n'avoir l'air de rien alors qu'ils peuvent tout.

Aussi, à chaque nouvelle étape, je m'interroge :
- Où vais-je bien pouvoir mettre mon passeport ?
Si je peux en effet tout perdre, de mon ordinateur à mon argent liquide, de mes lentilles de contact à ma tête, je ne peux pas l'égarer, lui.
Ma chambre n'est pas forcément le lieu le plus sûr. Quelqu'un pourrait y pénétrer pendant mon absence, fouiller mes affaires et l'emporter.
Mon sac me paraît encore plus risqué. Dans les rues, je suis un vulnérable escargot exotique déambulant à vitesse réduite, ses biens tout entiers contenus dans le réticule qui leur sert de coquille. Si on me l'arrache, je ne serai plus escargot mais limace, mise à nue avec juste mes yeux pour pleurer.



Petites grandes eauxMa banane semble un bon compromis. Mais, accessoire du touriste par excellence, elle se signale à la foule avec son air insolent de "Volez-moi !".

Puis la mienne a le don de m'irriter. Toujours trop serrée au départ de mes randonnées, me sciant la taille comme une rangée de barbelés, elle finit, trop lâche, par battre le haut de mes cuisses.
Entre le stade de l'étreinte forcée et du ballot encombrant, il y a le juste milieu, celui où je ne la sens plus. Mais ce juste milieu-là est la figure de ma crainte : puisqu'elle s'est fait oublier, peut-être n'est-elle plus là.
Peut-être est-elle tombée.
Peut-être l'ai-je perdue.
Un spasme d'angoisse précipite mes mains à mon estomac. J'ai besoin de la toucher pour me rassurer à son contact rêche.

Et me voilà, en pleine rue, occupée à me tâter le ventre comme une mémé aux digestions difficiles, puis à me fendre d'un sourire béat.

Sans compter que la banane, c'est le summum du chic.
- Tu t'embarrasses de détails sans importance, aurait sûrement protesté ma mère.
Oui, oui, d'accord, mais quand même. J'ai beau être transpirante, sale, débraillée, ma petite coquetterie, j'y tiens. Un peu comme une femme au régime qui, après avoir englouti un paquet de cookies, refuse de sucrer son café.
Ma devise ? L'important est d'éviter l'accumulation.
Or, j'avais compris la veille que l'accumulation, j'étais en plein dedans.

Toute la journée, j'avais arpenté Kuala Lumpur avec Bruno, un Français rencontré au Village. D'interminables boulevards en marchés et temple sikh, nous avions sué notre condition de touristes. La nuit venue, nous projetâmes de nous rafraîchir sur Heritage Row.
"L'avenue des bars, idéale pour un verre en soirée", qu'il disait, le Lonely Planet (alias la Bible des routards).
Ce qu'il ne précisait pas ou que nous avions omis de lire, c'est que ces bars étaient branchés. Terriblement branchés. Aussi branchés que la musique assourdissante qui sortait de chacun, se mêlant sur la chaussée en une folle cacophonie rehaussée de klaxons.
Sur le trottoir paradaient des garçons aux coupes invraisemblables, des filles en minijupes et talons hauts. Installés en terrasses, les mêmes, assez chanceux pour avoir dégoté une table libre.
Je jetai un regard sceptique à la ronde et interrogeai Bruno :

- On essaie d'entrer ?
Il me détailla des pieds à la tête avant de partir d'un grand rire :
- Euh... Je crois qu'avec ta banane, ça va pas le faire.
- Quoi, ma banane ? Qu'est-ce qu'elle a, ma banane ?
- La même chose que mes chaussures pourries, j'en ai peur.
Les carottes étaient cuites. Fin de la banane.



Petites grandes eaux 2En rentrant à l'hôtel, trouver un meilleur endroit pour mon passeport s'imposait.

Confortablement logé entre deux fermetures éclair lui servant de remparts, il avait l'air dans sa banane comme un poisson dans l'eau. Pile à sa place, là où je ne risquais pas de l'oublier.
Mais où placer la banane ?
J'inspectai la chambre pour parvenir à une conclusion attendue : dans ce cube spartiate et surchauffé, pas de cachette. Juste de déprimants murs nus sans alcôve ni étagères, une vilaine table de chevet surmonté d'un ventilateur anémique, une porte en contreplaqué et deux galetas militaires.


Je fis alors ce que des milliers de gens désireux de protéger leur bien le plus précieux firent avant moi : soulevant un matelas, je glissai prestement la banane sur le sommier. Fourrai les brides qui en dépassaient bien au fond. Me relevai toute fière de prendre tant de précautions, sans penser une seconde qu'elles me précipitaient vers la catastrophe.
Au palmarès des lieux communs, "le mieux est l'ennemi du bien" doit figurer dans le top 5.
Aujourd'hui, je sais pourquoi.


En sortant de mon réduit au matin, je m'étonnai de trouver vide la grande bouteille d'eau remplie la veille. Je me ravisai en accusant ma distraction, tant ma tête peut être aussi percée que mon porte-monnaie.
Pourtant, je ne divaguais pas. Car lorsque, mal réveillée, je rangeais mes affaires pour un départ imminent, je repêchai une banane humide sous le matelas. Et lorsque, après une heure d'attente dans une gare routière, deux heures de bus grande ligne, une heure de bus local debout, sac au dos pesant son poids d'âne mort, une heure de marche dans une ville inconnue, le réceptionniste de l'hôtel ouvrit mon passeport, il me dit :
- It's wet.
Wet... Mouillé... Mon sésame avait connu d'autres péripéties, vu d'autres tempêtes, affronté d'autres inondations. Par exemple celle d'une mousson indienne particulièrement arrosée, qui avait transformé en blessure purulente une simple entaille à mon pied et fait pourrir mes affaires dans mon sac.
Mon passeport s'en était tiré haut la main, à peine gondolé.

Je souris au réceptionniste en feuilletant ses pages avec amour, du geste qu'on a pour tâter la chevelure d'un enfant rebelle mais adoré après un ultime caprice :
- Yes, it's wet.
Mon sourire devint grimace quand le formulaire de départ de la Malaisie tomba sur le sol. Ma date d'entrée dans le pays, le 23 février, y figurait toujours, mais l'année s'était effacée.
Ma grimace se changea en rictus.
Sur le passeport lui-même, les tampons pour la Tchécoslovaquie, le Maroc ou la Thaïlande demeuraient intacts. Seul celui de la douane malaise n'était qu'un salmigondis d'encre, une esquisse diffuse agrégée au papier.
Je revis le visage affable du douanier derrière son comptoir, sa voix joyeuse qui soudain en boucle me répétait, comme s'il me consentait une faveur spéciale :
- I give you three months.
- Oh ! Three weeks are enough
, m'étais-je retenue de lui répondre.
Dire qu'on compte rester trois semaines dans un pays alors qu'on vous offre trois mois sonne pire qu'une insulte.



Petites grandes eaux 3Avec ses grandes portes closes, l'antenne de police de Malacca spéciale foreigners semble fermée. Elle ne l'est pas.
On a beau être un jour férié, ni le crime ni la maladresse ne connaissent de répit.
Je tire sur la poignée. Un policier potelé, sanglé dans son uniforme, dents découvertes sur un tonitruant "Bienvenue !!", m'invite à m'asseoir.

Le siège est capitonné, le bureau très large, l'air conditionné à bonne température.


J'ignore comment sont les postes de police malais (j'espère d'ailleurs ne jamais le savoir...), mais d'évidence, celui destiné aux étrangers est aussi destiné à faire bonne impression.
Pour preuve : au beau milieu de la pièce trône un canapé installé face à un écran plasma.
Une femme que je prends de dos pour une touriste regarde une émission débile pour tuer son ennui. Mais à peine ai-je articulé que j'ai un souci de passeport qu'elle se lève, arborant un sourire aussi large que son voile ou le pistolet glissé à sa ceinture.
Je n'ai pas encore expliqué mon crime que je suis déjà absoute.
Voilà qui est réconfortant.

Le policier grassouillet m'écoute attentivement, le cou penché vers la gauche. La policière voilée l'imite, le cou incliné à droite. Au fil de mon récit, leurs tête dodelinent au même rythme, dans un sens puis dans l'autre. O
n dirait deux statues jumelles dans un magasin de porcelaines cuivrées.

Je me retiens de rire.

- C'est pas drôle, t'es dans la merde, me souffle la voix de la raison raisonnable. 

Mais l'autre, intérieure, se marre franchement. Et encore plus quand le policier s'avise de décrocher le téléphone pour appeler le service de l'immigration et le raccroche aussitôt pour souffler, confus :
- Désolé... La seule ligne du commissariat est déjà utilisée par un autre bureau.


Une demi-heure plus tard, l'immigration donne sa réponse : je dois retourner dans la capitale de laquelle je viens afin de me rapprocher de mon ambassade. Le consul me délivrera un nouveau passeport que je devrai faire tamponner.
La version de l'ambassade est elle tout à fait différente. Ils m'affirment qu'ils ne peuvent rien pour moi, hormis leur donner de mes nouvelles après m'être présentée au service de l'immigration.
- Votre passeport est toujours valide, nous n'avons pas à le changer pour un coup de tampon. Sauf si, bien sûr, le numéro d'identification est altéré. Auquel cas, vous n'avez pas le choix, et nous non plus.

Refaire un passeport prend - au bas mot - quatre semaines. Voilà qui fait long l'inondation à l'eau minérale, sans compter les tracasseries administratives.

Mieux vaut en rire, je crois.
Ma nouvelle devise ? Cesser de me tracasser pour ce que je n'ai le pouvoir de changer.

Ici ou ailleurs, même à Kuala Lumpur, une ville que je déteste, c'est toujours ma route. Plus chaotique et brisée que je ne l'imaginais, mais ma route quand même.


 

Photos : Bedrig Grundzweig,

Daido Moriyama, Arthur Tress.    

Par Chut ! - Publié dans : Voyages, voyages
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