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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

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Dimanche 25 janvier 7 25 /01 /Jan 03:00

Ivan a été un très bel homme, il l'est encore malgré ses soixante ans révolus.
Il a les yeux bleu glacier et le regard polaire qui jamais ne cille ni ne se détourne. La répartie sèche en uppercut, appuyant avec art sur tous les points faibles.
Ivan a l'humiliation facile
 des imprudents osant s'opposer à lui. Avec cette plèbe il ne discute pas, il ne crie pas, il parle sans s'interrompre d'une voix posée, méprisante, inflexible, cassante. Ses mots au curare font plier ses contradicteurs avant de les jeter à terre.
Je jurerais que, même en cas de lutte par trop inégale, il n'en conçoit jamais de remords. Seul son sens aigu des convenances lui interdit de piétiner les perdants à même le plancher.

Ivan a la prestance de son ancien métier d'homme d'affaires, de décisions, de terrain. Alors que certains passent leur vie à brasser du vent, lui, il la dépensa à brasser du fric et du pouvoir.
Je gage qu'un salarié convoqué dans son bureau - celui du patron, bien sûr - ne devait pas en fermer l'oeil de la nuit. Et qu'il arrivait
 au petit matin, tremblant et blême, rasant les murs, prêt à toutes les excuses, toutes les promesses, toutes les compromissions pour ne pas tomber en disgrâce.
Les tyrans inspirent une crainte qu'ils ont à cœur de cultiver. Elle est à la fois leur meilleure publicité, leur garantie d'avoir et le dessus et la paix.

Je me souviens de deux scènes terribles - parmi d'autres - à quelques années d'intervalle.
La première se déroule dans un restaurant chic où, pour une fois, la famille se retrouve presque au complet : Eliott, mon oncle
 plus jeune et son épouse, ma mèrema grand-mèremon beau-père et moi. Nous tous sauf Ivan et sa femme. Une réunion se prolongeant plus que prévu, paraît-il.
Alors nous les attendons, des heures.
Lorsqu'ils arrivent enfin, ils n'ont même pas un mot d'excuse. Que les gueux crèvent de faim n'est pas leur problème, que diable !
Au cours du repas, fidèle à lui-même, Ivan se change en statue de sel. Mutique, absent, un air de profond ennui scotché au visage, il affiche ouvertement qu'il serait mieux ailleurs. Peut-être pas seul mais sans nous, tant notre présence aussi décorative que bruyante le fait bâiller.
Il renaît à peine de ses cendres lorsqu'Eliott, en recherche d'emploi, relate un entretien avec une chasseuse de têtes.
Mais lorsqu'Eliott explique, c'est comme d'habitude : il commence par le milieu puis perd le fil, s'embrouille, s'attarde sur l'accessoire, oublie l'essentiel. Une vraie araignée engluée dans la toile qu'il vient de se tisser.

Un "tâte-mites" dans toute sa splendeur embarrassée. Le surnom inventé par ma mère lui sied comme un gant.

Frétillant comme un chien fier de ramener un os, Eliott veut nous épater, nous prouver qu'il a brillé face à "cette femme aussi intelligente que belle, qu'il aurait volontiers invité à dîner, d'ailleurs".
Délicat pour son épouse qui encaisse le choc à grand renfort de champagne.
Mais lui, planant dans les hautes sphères où il s'est - croit-il - hissé, ne s'aperçoit pas de sa goujaterie. Au contraire il en rajoute, mais cette fois sur lui-même, vantant ses qualités de 
concision, de clarté, de rapidité de décision.
Si vraiment il les possédait, le speech n'aurait pas duré une heure mais dix minutes.

Cet exposé par le menu horripile manifestement Ivan. Rompant soudain le silence dans lequel il s'est emmuré, il lâche soudain :
- Et tu ne te rends pas compte que tu as été nul ? Que tu as tout foiré ? Qu'elle t'a déjà rayé de ses dossiers ?
Une chape de plomb tombe sur la nappe.
Plus personne n'ose émettre le moindre avis, hormis ma grand-mère qui, comme toutes les mamans du monde, vole à la rescousse de son petit :
- Mais il est doué, Eliott... Moi, je suis sûre que cette femme le rappellera.
Évidemment, c'est Ivan qui eut raison.

La deuxième scène a lieu alors que ma grand-mère n'est plus en mesure de donner son avis : la maladie qui la ronge a déjà trop endommagé son cerveau.
N'empêche qu'elle tient à le fêter, ce Noël. Et comme les autres années s'il vous plaît, avec le plus beau chapon du traiteur, payé d'avance. Le problème du volatile, c'est son poids. Elle est trop faible pour le porter jusqu'à sa maison en haut de l'impasse. Du coup, le travail revient à Ivan et à sa femme. Laquelle pousse la porte, couvant l'animal d'un regard dégoûté, et braille avant même de dire bonjour :
- On n'en veut pas, on n'a pas faim !
En matière de salut amical, on fait mieux. Difficilement pire.

La convivialité la plus torride est atteinte à table. Au cours de la semaine, mon oncle et sa femme emmènent ma grand-mère dans le sud. Ses souvenirs ont beau se faire la malle, de ça, elle se souvient.
Aussi demande-t-elle d'une petite voix :
- Quand part-on, au juste ? Et pour combien de jours dois-je préparer ma valise ?
Personne ne lui répond.
Ma grand-mère hésite. N'aurait-elle pas parlé assez fort ? Ou oublié ce qu'on lui a déjà répété dix fois ?
Si je connaissais la réponse, je la lui aurais bien sûr donnée. Mais le secret des dieux était bien gardé.
De fait, la voilà obligée de s'abaisser encore à mendier :
- Quand part-on ? Combien de jours ? C'est pour ma valise...
À nouveau un silence glacial. Puis, enfin, Ivan qui s'adresse à sa femme :
- T'as qu'à lui dire, toi, puisque tu le sais !
Et elle de rétorquer, hargneuse :
- T'as qu'à lui dire toi-même, puisque c'est ta mère !
Tant de grossièreté me laisse si effarée que la colère se coince dans ma gorge.

Aujourd'hui,
 le petit peuple des esclaves d'Ivan marche toujours au pas cadencé. Mais sans moi, sortie du rang, moins en mon nom propre qu'en celui de ma grand-mère, qui a perdu le peu de raison qui lui restait.

Je l'ai fait placer sous tutelle.
Ivan me veut petite poupée
 inoffensive, manipulable à sa guise, soumise à ses injustices comme à son autorité. Mais la poupée a des ongles, des dents et un cerveau. Avec les années qui ont passé, elle n'est pas d'ailleurs plus une poupée.
Et elle n'est plus petite. À présent, elle est grande.

Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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Vendredi 23 janvier 5 23 /01 /Jan 21:32

Il y avait un homme un peu gras, au torse velu orné de chaînes lui pendant jusqu'au nombril.
Un aux jambes athlétiques moulées dans un pantalon de cuir, les cils raidis de rimmel, les paupières soulignées au crayon.
Un autre encore, petit et mince, arborant perruque et diadème. Ses ongles vernis voltigeaient sur sa jupe lorsqu'il me glissa :
- Je suis Sissi. Voulez-vous jouer avec moi ?
Je songeai dans un sourire que de l'homme à la femme, le pas n'est parfois qu'un saut de puce.

Il y avait aussi des femmes, de très jolies femmes.
Une, taille étranglée dans un corset, avait le port d'une reine et la chevelure vaporeuse des sirènes. Son visage était celui d'une intouchable madone qu'on ne pouvait qu'adorer à genoux.
Une autre avait de longues jambes et des seins somptueux
sous la résille, ronds et fermes comme les pommes du péché. Ses mamelons dressés soulevaient les croisillons du tissu pour mieux poindre entre les mailles.
A
ppuyée contre un mur, elle s'offrait à la fessée.
À
mesure des claques sa croupe rosissait puis rougissait, tandis que de ses lèvres s'échappaient des plaintes de plus en plus aiguës. Elles devinrent mélopée lorsqu'un homme lui cravacha la peau.
Entre les paumes et la badine ses fesses tanguaient, roulis de plaisir emmêlé à sa chevelure que ses doigts fous agrippaient, tiraient, arrachaient.
La regardant, je pensai que c'était ça, l'extase :
des coups en battements de cœur, une tachycardie du désir, un délire de chairs moites haletant au rythme d'un tambour. Tour à tour caressante et pressée, furtive et appuyée, la cadence alternée des mains et de l'instrument épousait les entrelacs de sa jouissance.

Y avait-il de la musique ? Je ne m'en souviens plus tant j'écoutais le battement des corps qui m'entouraient. Les gémissements de ma voisine renversée en levrette, les plaintes d'un soumis piétiné sous les talons des bottes, les râles d'un soumis à quatre pattes, fouetté par deux Maîtresses.
Ce concert de cris et de soupirs était la mélodie interlope de la vie, aussi enivrante que mon whisky-coca. J'étais bien là, un peu grise, à observer le manège du désir qui tournait vite, de plus en plus vite.


Lorsque je reposai mon verre, il y eut un bref silence. Puis, tranchant le silence, une voix qui me souffla :

- Vous êtes dramatiquement belle.
Sensible comme je le suis à la tragédie, c'est l'adverbe qui me fit me tourner.

Une miniature de princesse s'était coulée à mes côtés sur le canapé. Elle avait les rondeurs des très jeunes femmes, un minois de petit chat aux lèvres charnues et aux grands yeux sombres, de courtes boucles rebiquant sur ses joues pâles.

- Je m'appelle Anaïs.
- Bonsoir, Anaïs.
Aucun autre mot n'était nécessaire pour l'enlacer, prendre sa bouche, enrouler ma langue à la sienne.
Les femmes ont entre elles des baisers encore plus doux que ceux qu'elles donnent aux hommes. Et ce fut cette douceur partagée qui me fit chavirer vers sa gorge, écarter son soutien-gorge pour lécher ses seins lourds et tendres.
- J'ai envie de toi, murmurai-je.
- Mais je suis en pantalon...

L'obstacle annoncé n'en était pas un. D'un seul geste, je dézippai sa combinaison jusqu'à ses cuisses. Lentement apparurent, albâtres dans la pénombre, sa poitrine généreuse, son ventre bombé, son nombril adorable, ses hanches de contrebasse et sa petite chatte épilée.
Anaïs, fraîche comme la rosée, avait la saisissante candeur des Vestales.

Les genoux à même le béton,
je m'agenouillai comme on prie entre ses cuisses écartées, les mordillai en remontant paresseusement vers son sexe. Offerte sur le canapé, Anaïs me cachait son visage. Pourtant, je sentais son trouble aux crispations de ses doigts serrés sur mon front, glissés entre mes cheveux.
Notre amour fut d'abord à l'aveugle. D
ans l'obscurité j'avançais, guidée par la boussole de mes sensations, reliée aux siennes par un fil invisible.
Je m'inclinai pour
lécher sa vulve lisse. Anaïs ouvrit davantage les jambes pour m'offrir son sexe. Et j'y plongeai de la langue au menton, aspirant ses lèvres, titillant son clitoris.
Ses hanches s'agitaient de soubresauts. Je les forçai à rester immobiles pour introduire un doigt, puis deux, en elle.

Anaïs se redressa. Son visage ne tenait plus de la Vestale mais du démon.
- Encore... Plus fort... Je t'en prie...

Mes deux doigts coulissaient dans sa gangue chaude. Un troisième, aussitôt trempé de cyprine, les y rejoint.
- Fais-moi mal... Je t'en... supplie... Fais-moi mal !
Ma main tout entière la pénétra.
Ce fut un nid lové autour de mon poing serré. Un nid brûlant et moite qui brutalement, me fit retourner à la matrice, à la vie même. Et je contemplais, fascinée, mon poignet sortant de ces doubles replis.
- Oui... Ouiii !
Anaïs cria très fort. Lorsqu'elle retomba sur moi telle une poupée de chiffons, je retirai lentement ma main.
Sur le canapé, nous nous serrâmes l'une contre l'autre.

Faire l'amour avec une autre femme est pour moi un double jeu. De plaisirs et de miroirs, car son corps, c'est aussi le mien.



Dessins de Damien MacDonald.
Par Chut ! - Publié dans : Classé X - Communauté : xFantasmesx
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Mercredi 14 janvier 3 14 /01 /Jan 05:51
Je suis dans la salle de bains du trois-pièces que j’occupe avec une amie d’enfance. Seule et postée entre les deux glaces de notre vieille armoire de toilette. J’ai découvert qu’en les ouvrant, je peux enfin me voir comme les autres me voient : de profil.

Les sourcils arqués au crayon, les yeux rehaussés de fard, les oreilles alourdies de perles, je pose en me racontant des histoires. J’ai un quart de siècle, je suis grande, je suis adulte, je suis belle.
Sur ce dernier point la glace ne me contredit pas, car dedans, je suis belle. Belle et lisse comme un fruit encore trop vert de ses vingt printemps. Alors je plisse la bouche, fronce les sourcils pour me vieillir et deviner les sillons que le temps creusera sur l’écorce, quand la pulpe, vidée de l’intérieur, aura disparu.

Rien ne se passe.
Dans le miroir mon reflet est toujours désespérément plane. À croire que je ne vieillirai jamais. Ou trop à l’image des femmes de ma famille, brutalement par le bas, le menton soudain plongeant et triste, les joues tirées par un poids invisible, affaissées sur un cou fondant comme de la cire chaude.
Ma grand-mère a ce visage lentement détruit par la gravité de la pesanteur. Sur moi la pesanteur n’a encore aucun poids, la gravité non plus. Pourtant, Dieu sait que dès ma plus tendre enfance, j’ai été grave.

« Allez… Plisse davantage la bouche, fronce encore les sourcils... »
Sentant la ligne d’arrivée toute proche, je m’encourage telle une jument de tiercé pressée de rejoindre l’écurie. Mon acharnement paye. Fibre après fibre crispée, les voilà qui apparaissent, mes pattes d’oie et ma ride du lion. Timides et légères, à peine des entailles sur mon visage de poupée russe, à peine un coup de canif au contrat de ma jeunesse.
À peine, oui, mais le bouleversement de cet à peine-là est une décennie de plus.
Soudain je repense à Duras et à son « visage parti dans une direction imprévue », « détruit » à dix-neuf ans. D’ailleurs, dans mes rêves, je m’appelle Marguerite et construis un barrage contre le Pacifique.
Dans mes rêves, c’est même moi qui ai écrit L’Amant.

J’ai vingt ans, plus tout à fait l’âge de la candeur mais pas encore celui du désenchantement. Et du haut de mon insolence, je réclame une face cabossée par la vie, ignorant encore qu’il est stupide de devancer ce qu'elle vous servira à triple dose.
Si j’avais su, j’aurais demandé le plan pour la fontaine de jouvence.
Tout entière à ma tâche, je ne m’aperçois pas que ma colocataire a poussé la porte de la salle de bains. Ni qu’elle s’arrête, interdite face à mon reflet.
- Euh… Tu fais quoi, là ? me demande-t-elle.
- Je me fais vieille et je me plais. D’autres questions ?

Maintenant, j'ai l’âge où l’on triche de plus en plus avec son apparence et de moins en moins avec soi-même.
Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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Lundi 12 janvier 1 12 /01 /Jan 03:19
J'aimerais que tu viennes chez moi avec tes pantalons, tes vestes, tes pulls, tes chaussures et tes chaussettes. Sans oublier tes livres, tes feuilles précieuses, tes vernis, tes fusains, tes brosses et tes parfums.

Enfin, surtout le parfum que je préfère et dont tu oublies toujours le nom. Celui qui me fait piquer du nez sur ton cou, te renifler comme un petit animal en couinant de plaisir, te léchoter les oreilles et les clavicules.

Ce parfum-là se marie si parfaitement à ta peau qu'il est devenu toi. Son goût d'ambre et de sel a d'ailleurs la saveur de toi. De ton épiderme, de ta salive, de ta sueur, de ton sperme.
Même parti, tu es chez moi encore, si près contre ma joue, ma poitrine, entre mes cuisses, reposant en chien de fusil sur le drap, la tête bercée par les oreillers.
Seule l'eau brûlante de la douche a le pouvoir de dissoudre notre alliance.

J'aimerais que tu viennes chez moi avec tes malles remplies de tes affaires et de tes rêves. Ceux taillés en cours de route comme de jolis costumes, mais aussi ceux remisés dans les placards.
Je te dirai de vite ouvrir ton barda pour ne pas les y oublier trop longtemps. Parce que renoncer à ses rêves, c'est mourir à l'étouffée sous la
douce et délétère cuisson du quotidien. Puis, une fois le feu arrêté, se découvrir racorni, calciné, bourrelé de remords, pétri de regrets.
Mais toi, toi, toi que j'ai vu indécis, je te voudrais heureux, accompli.
Alors prends mes mains pour te donner la force, mes épaules pour diviser tes peines. Repose-toi dans ma tendresse, réchauffe-toi à mon amour.

Dehors il fait froid mais dedans, chez moi, il y a les tapis si doux aux pieds, ma collection de chouettes bienveillantes qui nous protègent, mes cadenas nous liant de l'entrée à la chambre. Et dans la chambre le lit, notre bulle pour le plaisir, pour les mots, pour les larmes parfois. Pour les baisers qui s'achèvent en confessions, pour les confessions qui s'achèvent en étreintes.

J'aimerais que tu viennes chez moi avec tes malles
pour te faire de la place. Moi qui ai presque toujours vécu seule, au fil des années je me suis étalée pour remplir à ras bords les tiroirs, les placards, la penderie, les boîtes à bijoux, à outils et à couture.
De fil en aiguille, le chaos a grandi sur le désordre, l
es affaires proliféré sur les affaires.
Dans mon chez-moi plein comme un œuf, il
n'y a que les murs que je n'ai pu pousser.

Qu'à cela ne tienne. Si tu viens chez moi avec tes malles, les murs resteront en place mais je pousserai le reste. Tout mon fatras, tout mon fouillis,
jetant, triant, classant, rangeant toutes ces années de vie dans lesquelles tu n'étais pas.
Je ne pourrai même pas dire que je t'attendais, car tu m'es tombé dessus sans que je ne t'espère. À l'improviste, façon pot de fleurs qui m'a fendu le crâne et arrosé de terre.
Fière comme je suis, j'ai affiché ce sourire que tu connais si bien pour affirmer :
- Même pas mal.
Puis j'ai regardé la fleur et dit :
- Elle est belle... Je la garde, merci.

J'aimerais que tu viennes chez moi avec tes malles pour de l'essentiel, de l'accessoire, du futile.
Pour cuisiner des recettes à manger avec les doigts avant de commander des plats chez le traiteur, parce que notre repas était vraiment trop mauvais.
On se disputera sur qui a mis trop de sel ou pas assez graissé la poêle.
N
e tombant pas d'accord, nous casserons des assiettes juste pour le plaisir d'en sortir des neuves des cartons. Puis, fourbue, je me laisserai tomber sur le canapé.
La main que tu me tendras en signe de paix, je m'en emparerai pour attirer tes jambes entre les miennes, ouvrir ta braguette et glisser, dos cambré, ton sexe entre mes lèvres.

Le soir, il y aura deux halos de lumière au salon.
L'un, dirigé contre le mur, est la place du
papier grenu, celle d'où jaillissent de tes doigts des corps de femmes.
Beaucoup me ressemblent car tu aimes, dis-tu, mon corps, ses rondeurs et ses attaches fines.
Car je suis, dis-tu, devenue ton modèle et ta muse.

L'autre, dirigé sur une table basse, est l'espace de ma feuille blanche. Celle dont je lève à peine la tête parce que, si pleine de toi, les mots viennent, roulent et s'étendent, faciles, harmonieux, pour t'écrire.

Entre l'un et l'autre, il y aura la musique. La même qu'on écoutait tous deux avant sans le savoir, et qui formait déjà nos points de repère.
Plus tard tu poseras ton fusain, moi mon stylo.
Nous rejoindrons la chambre dans le noir, main dans la main et impatients, déjà tremblants de la jouissance à venir.
Et comme chaque nuit elle viendra, bouleversante.

C'est par une de ces nuits où arrivera ce que nous désirions, que nous espérions sans vraiment l'attendre, tout en étant prêts à l'accueillir.

Même l'eau brûlante de la douche n'aura pas le pouvoir de défaire cette alliance-là.

Oui, j'aimerais que viennes chez moi avec tes malles et que tu n'en repartes pas.

Par Chut ! - Publié dans : Andrea d'ébène
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Samedi 10 janvier 6 10 /01 /Jan 00:10
- Je te fais un smoky eyes ?
Venant d'Ether, la proposition est un beau cadeau. Mon amie sait manier mieux que personne les fards, la poudre, les crayons et le rimmel.
Nous nous installâmes sur le canapé déplié du salon. Face à face et très gaies, excitées comme deux filles livrées à une activité aussi vieille que la coquetterie :
maquiller une copine.

L'opération peut sembler futile, elle ne l'est pas. Transformer une toile vierge en un tableau est mine de rien compliqué. Il faut combler les creux, aplanir les bosses, gommer la pollution des jours et les plis des emmerdes.
Rien que ça, c'est tout un art.

 
De plus, la perception qu'on a de soi-même correspond rarement à celle des autres. Être notre seul juge revient souvent à nous tromper, tant c'est de la confrontation que surgit la vérité.
Aussi nos défauts supposés peuvent-ils, au détour d'une séance de maquillage, se convertir en qualités.
- J'ai une bouche trop petite, geignais-je à Ether qui me la tamponnait.
- Du tout, elle est parfaite. Vu la taille de tes yeux, tu aurais l'air de quoi avec une grande bouche ?
- Euh... D'un mérou ?


La pointe aiguë d'un crayon me passa au ras des cils.
- Ne bouge surtout pas, m'ordonna Ether.
Elle n'eut pas à me le dire deux fois. Aborder 2009 avec un œil en moins m'aurait embêtée. Le rôle du mérou borgne, je me le garde pour l'an prochain.
Quelques secondes plus tard, une caresse de pinceau me fit frissonner.
- Du blanc pour t'ouvrir l'arcade, précisa mon amie.
Voilà qui sonnait ring de boxe. Je m'imaginai
aussitôt roulant dans la boue enlacée à Ether, retombant lourdement sur terre quand elle annonça :
- Voilà. Fini.

Je saisis la glace qui traînait sur la table, m'observai et me touchai la joue. La créature dans le reflet m'imita.
Je tournai un peu le menton. La créature aussi, sans cesser de me fixer.
Elle avait du chien, la bougresse. Du chien et des yeux
translucides de chat, étirés et immenses, à vous boire l'âme rien qu'en vous regardant le nez. L'air surpris aussi, comme si une souris s'était carapatée sous sa moustache.
Brutalement une de ses phrases me revint :
- Dès notre premier rendez-vous, ce sont tes yeux qui m'ont frappée. Parce qu'ils étaient emplis de peur.
Ce jour-là pourtant, toute à la joie de la voir et pressentant une rencontre exceptionnelle, j'étais bien loin de la peur. Mais ma future amie m'avait lue comme un livre ouvert, devinant ces creux et ces bosses qui, elles, ne s'estompent pas avec le fard.
Peut-être parce qu'elle a quelque chose de spécial.
Peut-être aussi parce qu'en dépit des artifices, mon désarroi d'alors se voyait comme mon pif au milieu de mes mâchoires.

Ce 31 décembre dans le miroir, il n'y avait aucune peur. Juste le ravissement de me trouver belle.
- On dirait une fille de magazine, articulai-je.
La fille dans le miroir prononça les mêmes mots.
Elle et moi, elle est moi. Le temps d'une seconde, je revécus mes expériences de scission.
La première se produisit quand j'étais enfant. Dans un hôtel en Hollande, j'avais emprunté un vieux Monopoly à la réception. Alors que je traversais le hall décoré de vitres, une fillette de mon âge marcha à ma rencontre. Elle aussi tenait une boîte de jeu.
Sa sihouette et sa coiffure me semblèrent familières. Je la hélai, elle me héla.
Ce n'est qu'alors que je compris : elle et moi ne faisions qu'une.

À plusieurs reprises, soudain mise en présence de moi-même, je ne me reconnus pas tout de suite, mais éprouvais une bizarre
impression de déjà-vu.
Un clic de cerveau plus tard et l'intérieur réintégrait en décalé l'écorce
.
En cette fin 2008, Ether m'avait changé en cygne mais au fond, j'étais toujours le petit canard de province qui claudique, pataud dans sa basse-cour, en contemplant ses voisines. À ras de terre il a les plumes grises, elles les plumes blanches et l'immatérialité des anges faits d'une autre chair.

Aussi me rappelai-je ce soir où,
pomponnée et parfumée, les miroirs des vitrines et les yeux des hommes me disaient que j'étais jolie.
J
e pris le métro, guillerette, pour rejoindre Salomé au théâtre. En milieu de ligne, une femme monta dans le wagon.
Ce fut comme une apparition.
Mon cœur foudroyé en rata un battement.

Cette femme n'était ni jolie ni belle, mais sublime. Ses traits purs sortaient du burin d'un maître, sa blondeur et son teint délicats de la palette d'un peintre. Bien que décoiffés, ses cheveux
retombaient en impeccables cascades sur ses épaules.

Hypnotisée, je fixais une extraterrestre et brûlais de crier aux autres passagers :
- Levez le nez de votre journal et regardez-la ! Êtes-vous donc aveugles ?

Indifférente et souveraine, la femme sortit une pomme de son sac. Je crus naïvement qu'elle allait l'offrir à notre voisine fatiguée, au cou rentré dans son manteau et aux yeux soulignés de tant de cernes.
Pour moi, les anges ne mangent pas, ils se contentent d'exister.
Erreur. La femme croqua telle Ève dans le fruit. Et de trivial ce geste adoubé par sa beauté devint magnifique.
Je descendis à la station d'après.
Ce soir-là, j'aurais cher payé pour être cette femme mangeant une pomme sous la terre. Et peut-être même, qui sait, signé un pacte avec le diable pour devenir un ange.
Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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