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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

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Vendredi 6 novembre 5 06 /11 /Nov 22:42

31 décembre.
J'avais des bottes qui faisaient clac clac et pas l'humeur à la fête. Lui l'âme guillerette et son trois-quarts gris en cashmere.
Nous l'avions acheté ensemble, en Inde, au cœur d'une fournaise.
Drôle d'endroit pour s'embarrasser d'un manteau, mais voilà : cet homme était grand, si grand, qu'en France rien ne lui allait. Les manches des chemises étaient toujours trop justes, les pantalons trop courts, les matelas trop petits.

Ce monde n'était pas taillé à sa mesure de géant. Il lui fallait un, façonné à sa main, pour que son corps cessât de dépasser d
e partout.
Pour que ces stupides passants cessent de lui demander si, 
petit, il avait avalé trop de soupe ou appartenait à une équipe de basket.

Et comment il faisait pour m'embrasser.
Et comment pour me sauter.
Avait-il besoin d'une échelle ou, à défaut, de leur aide ?
Alors que les questions goguenardes fusaient, je songeai à une amie qui disait :
- Au lit, tout le monde fait la même taille.
Ou, le regardant si grand, au lit de Procuste* et à ses membres charcutés faute d'avoir pu embrasser la taille du sommier.
"Rassure-toi... Avec moi tu n'auras pas besoin de te réduire, mon amour."

En ce 31 décembre, il portait aussi un bonnet de laine qui donnait à sa tête une drôle de forme, celle d'une poire ou d'un œuf planté sur une longue tige. Les vêtements droits le transformaient en poteau, ces poteaux traîtres qui, surmontés d'un panneau de signalisation, lui arrachaient le crâne.
Parce qu'il lisait en marchant, il percuta un matin l'un d'eux.

"Interdiction de stationner", qu'il disait, le panneau.
De l'estafilade le sang perla puis jaillit, roulant sur son front, ses sourcils, éclaboussant son visage. Au lieu d'aller travailler il rentra chez lui, la vue brouillée de rouge, sous les regards effarés des passants.

Habillé, il paraissait dégingandé. Héron timide se mouvant dans un cube, dos voûté, bras collés aux flancs, jambes en échasses remuant la glaise des marais.
Nu, son corps se déroulait mince et limpide. Jamais jusqu'à lui je n'avais compris "dans le lit ton corps se simplifie", ni tous ces autres vers d'Éluard qui prirent alors sens.
Il faut un homme pour éclairer certains poèmes de leur évidence.
Lui était l'homme qui partageait ma vie depuis plus de trois ans.
En tant de temps nous eûmes celui de nous choisir, de nous aimer, de nous déchirer, de nous rechoisir, de nous rabibocher, de nous aimer encore.



Notre histoire se dévida sur l'air des Dessous chics,
de "la jarretelle qui claque dans la tête comme une paire de claques" aux "sentiments maquillés outrageusement rouge sang".
Incompréhensible en surface mais implacable en dessous, tels deux accords déjà écrits se heurtant pour former une mélodie.

Pour moi un père à l'approbation si difficile à gagner, à l'aigre critique si aisée.
Le bien n'était que médiocre, c'était le meilleur qu'il fallait viser. Au-dessus, toujours plus loin et plus haut, l'excellence en ligne de mire, la figure de l'inaccessible qui me transperçait le cœur en talon aiguille.

Pour lui, je ne sais pas. Peut-être un goût amer de contrats trop vite conclus ou trop vite résiliés, "comme des bas résillés, enfilés."
On n'est finalement pas responsable de ce que les autres plaquent sur nous. Leurs petites affaires sont aussi intimes que nos culottes sales en attente de lavage, si possible familial.
Mais la vérité est que, dès le premier jour, c'est moi qui le choisis. Que ce qui s'ensuivit, notre histoire, s'étira jusqu'à la rupture. Énorme couac sur la note discordante de mon désir.


La petite trentaine déjà poivre et sel, accompagné d'une simple tasse de café et d'un long parapluie, il lisait un livre anglais. Le bar était colonial, lui furieusement britannique. Et absorbé, si absorbé par sa lecture que le monde en marge de la page disparaissait.
Il était un caractère chinois agrégé au papier, un de ces idéogrammes raffinés, attirants, exotiques et bizarres, irradiant d'une intensité qu'il ne soupçonnait même pas.
Moi, si j'étais agrégée à quelque chose, c'était au papier peint. Pâté dégoulinant dans ma jupe, m'efforçant de me tenir droite mais débordant sous toutes les coutures pour m'épandre et baver, baver sur lui qui ne s'en doutait pas.
De suite j'adorais la course pressée de son index à sa salive puis au papier.
"Oui, ouvre-moi, tourne-moi comme une page, feuillette-moi comme un livre..."
De suite j'adorais ses sourcils froncés, le pli perplexe de sa ride du lion :
"Oui, bute contre les mots que je t'oppose et que tu réfutes, lèche-moi comme le feu qui mord le papier, tout près, si près de ma brûlure..."
De suite j'adorais son buste penché en posture de combat, ses coudes serrés de boxer en désarroi, sautant dans le ring et bandant ses forces pour un ultime round :
"Oui,
lis-moi entre les lignes, enfile-moi de la garde à l'épilogue, appose ton nom en victoire sur ma couverture..." 

Lui, je le choisis dès ce moment pour le
meilleur et le pire. Contrat de mariage en pacte faustien, ignorant que le sang allait couler.
Comme rencontre, il y a pire qu'un panneau "interdiction de stationner" vous cisaillant le crâne.

 


* Dans la mythologie grecque, Procuste, aussi nommé Damastès (le dompteur), offre l'hospitalité aux voyageurs qu'il capture pour les torturer. Il les attache sur un lit sur lequel ils doivent tenir exactement : trop grands, il leur coupe les membres qui dépassent ; trop petits, il les étire jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille requise.

L'interprétation symbolique marche aussi...

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Mardi 3 novembre 2 03 /11 /Nov 23:06
Voilà une heure que je te cherche sans te trouver. Une heure que je rentre ton nom à l'orthographe si particulière, ce nom dont tu étais si fier et qui sonnait si mal avec le mien.
Dans quelque ordre qu'on les mette, nos deux noms accolés frisaient le ridicule.

À dire vrai, ils étaient même en plein dedans : une syllabe gutturale accolée à une autre, ça ne donne rien de bon, hormis un éclat de rire. Ou un label de produit invendable même pour le meilleur des publicitaires.
Nous - enfin, je - en plaisantions parfois, tellement nos noms allaient mal ensemble. Si mal qu'il nous aurait fallu choisir l'un des deux pour nos enfants - enfin, pour ceux que j'avais envie d'avoir avec toi.
Toi, tu n'étais pas sûr, tu atermoyais, trouvais des prétextes et répondais si systématiquement "plus tard, peut-être, un jour" que j'avais fini par comprendre que ces prétextes  signifiaient "jamais".

Ton numéro, je l'avais jusqu'à il y a peu. Peu, dans la mesure de mon temps au ralenti, c'est neuf mois au moins. Peut-être même douze ou quatorze.
En tout cas, largement le temps d'être enceinte et d'avoir un enfant sorti de mon ventre.

Ce numéro-là, tu ne me l'avais bien sûr pas donné. Je l'avais trouvé comme une grande, aussi grande que ce jour d'hiver où, roulée en boule sur mon parquet, je t'avais repoussé. Si fermement qu'à moins d'être maso, tu ne pouvais plus me chercher, parce que je t'avais dit,
d'une voix grosse de larmes, d'indignation et de colère, des mots que tu ne supportais pas d'entendre :
- Tu es indécent, d'une indécence à gerber.

C'étaient des mots interdits à ne jamais te dire. T'accuser toi,
si contenu, si maîtrisé, d'indécence était franchir une limite dont j'avais conscience mais me fichais bien. Je n'habitais plus ce monde, ni cette ville ni ce quartier dans lequel j'avais acheté mon appartement pour être près du tien mais ailleurs, sur les rives d'un chagrin sans contours, d'un pays sans nom qui s'épelait pourtant en cinq lettres.
DEUIL.
Tu me parlais d'amour et je voyais le visage cireux de ma mère à la morgue, ses cils mal collés par l'employé des pompes funèbres.

Tu me parlais de compréhension et je voyais son iris bleu à travers ses cils, fixe telle son inquiétude face à ta dureté qui perça un jour face à elle, tandis que je te grattais
dans sa cuisine un bouton qui gicla en pus quand ta gorge vomit :
- Mais putain que tu es conne !
De ce bouton percé tu gardas peut-être une cicatrice.
Moi j'en gardai une, ma mère aussi.
La mienne était celle, mal rafistolée, des mots qui abaissent, triste héritage d'un père qui n'a jamais su parler pour avouer ses sentiments.
La sienne celle d'une soumission de femme trop timide pour oser s'opposer frontalement à l'homme, trop polie pour parjurer son rôle d'hôtesse, trop précautionneuse pour s'aventurer sur le terrain marécageux de notre couple. Ou simplement trop confiante en moi pour me défendre bien que je n'aie pas les armes.
Lorsqu'elle m'exposait sa confusion
le lendemain au téléphone, je lui répondis :
- Oui, j'aurais aimé que tu le remettes en place.
Appuyant de ce fait sur sa culpabilité de "mauvaise mère", oubliant un instant, car c'est si confortable, qu'il ne tient qu'à nous-mêmes, adultes, de nous faire respecter sans s'abriter dans l'ombre rassurante de nos parents. 

Tu me parlais de changement et je voyais le corps raide de ma mère, poupée de silicone étendue sur le simple drap d'un lit métallique. Et ce cauchemar si réel dans lequel je la contemplais, vivante, m'expliquant que sa mort n'était qu'une commode mise en scène tandis que je lui hurlais, la serrant entre mes bras puis la repoussant, horrifiée et crachant entre deux insultes :
- Mais comment as-tu pu me faire ça, à moi, ta fille ?

Tu me parlais de rédemption et je te ris au nez, t'envoyant à l'enfer ou au paradis.
Tu te mis alors à pleurer en invoquant ton amour. Ton amour à moi la conne qui était en vérité la femme de ta vie.
La seule femme à laquelle tu l'aies dit, par conviction ou faiblesse, dans ton lit puis le combiné, d'un ton gêné de petit garçon mis à nu.
Parce tu m'aimais et qu'avec moi, sanglotais-tu, tu ne t'ennuyais jamais.

Ah oui, c'est vrai, ensemble nous étions forts et pouvions tout faire. Des voyages et des expos, des dîners dans des bouges et des vernissages dans le grand monde, des cinés et des repas chez tes parents auxquels tu prenais plaisir et sans que tu ne te tapes la honte.
Je ne savais certes pas tout sur tout, loin s'en fallait, mais j'avais l'humilité de le reconnaître et la transparence de m'effacer.

En tant de temps depuis nous, j'ai
changé. Je sais toujours me gommer d'un sourire et me taire pour paraître intelligente. Le silence est la meilleure des ruses des imposteurs. Il laisse supposer qu'on a une opinion alors que derrière, c'est le vide.
La différence est que j'ai appris à avouer, et sans complexes :
- Je m'en fous.
- Je n'y connais rien.

Pour moi, à ma petite échelle, c'était une victoire. Dérisoire, on est bien d'accord.


À l'époque où je t'ai connu, je n'avais d'ailleurs aucun style.
Ringarde avec mes pantalons trop courts, mes baskets et mes chaussettes blanches, hors-jeu avec mes jupes vaguement grand-mère que tu assassinais d'un "pfiouu... que c'est moche" dès que je franchissais ta porte.
Envers moi tu n'as jamais été doux ni charitable. Soulignant en gras mes erreurs alors je quêtais en pointillés les bribes de ton approbation, me coupant
face à la glace fissurée de mon studio la frange pour te plaire où à défaut te surprendre, invoquant les paroles de ce coiffeur qui un jour m'avait dit :
- Votre êtes assez belle pour supporter cette coupe.

Mais être assez belle n'était pas l'être suffisamment. Jolie, bandante, resplendissante les bons jours, d'accord. Mais belle, non. La faute à cette mâchoire trop carrée, à cette bouche trop petite et à ces seins en poire que tu qualifiais de "partie peu réussie de mon individu", sauf cet après-midi où, cheveux en bataille, abandonné au plaisir, tu me soufflas :
- Tu es magnifique.
Faut dire que des bimbos aux nibards défiant la pesanteur, des sosies de Lauren Bacall, tu en avais connues. Pas longtemps, certes, car très vite l'ennui avait repris ses droits.

Je sais tout cela, je sais tes défauts, tes exigences auxquelles il m'était impossible de répondre à moins de me trahir. Je sais que notre relation était vouée à l'échec. Que je l'ai rompue avec une violence extrême (peut-être un jour la raconterai-je ici).
Mais je sais aussi que je ne suis pas en paix. Que voilà des années que j'ai envie de te parler. Pour te dire quoi au juste ? Je l'ignore moi-même, et voilà bien ce qui me bloque.

La mort de ma mère a escamoté le deuil de notre histoire. Une grenade dégoupillée de plus qui me remonte à la figure alors que je revendique le droit à l'oubli.

Mais mes nuits, elles, se souviennent.
Et je suis fatiguée, si
fatiguée de lutter contre des moulins à vent.
Quand tout cela s'arrête-t-il de tourner ?


Évidemment, à relecture, je n'ai pas exprimé le quart de ce que je voulais dire.
Ce sera une autre fois ou... jamais.
Lui, nous, ces résonances sont très compliqués.
Puis je ne suis pas sûre que ce soit passionnant. C'est même certainement très chiant.
Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Dimanche 18 octobre 7 18 /10 /Oct 03:00

Welles saisit le poignet droit de Laïs et le leva vers une menotte. Lorsque le cuir mordit sa peau, elle cria de surprise.
À la seconde morsure, ce fut une plainte étouffée, mélange d'appréhension et de plaisir qui la clouait là,
oiseau pris au piège, soulevant sa poitrine par saccades.

Hormis cette pulsation à peine visible sous la veste, Laïs ne bougeait pas. Concentrée et comme absente, repliée en elle-même mais attentive au moindre son, elle tentait de percer le mystère que lui dérobait le bandeau.
Où se trouvait-elle ?
Qui était là ?
Combien de personnes l'entouraient ?

D'un signe, Adrien m'ordonna de m'avancer. J'obéis en me demandant comment un homme toucherait une belle femme offerte. D'un contact franc et appuyé ou légèrement, à petites touches ?
Je pensai à mes amants puis à ces scènes entrevues dans un club libertin.
À l'empressement des mâles avides de chair, à leurs gestes durs, précis, exigeants. À cette folie qui les emportait, volontaires et crispés alors que leurs fesses luisaient sous la lumière.

Enserrant les hanches de Laïs, je les comprimai jusqu'aux os, cheminai à rebours le long de ses reins, contournai ses fesses et pinçai ses cuisses.
Elle gémit.
Un pas en arrière et je déboutonnai sa veste. Le
décolleté de sa robe apparut, si profond que son soutien-gorge se détachait, rouge sang, sur sa peau blanche. Ses seins formaient deux montagnes jumelles séparées par un vallon. Je humai son parfum, vanille et sueur, avant d'y glisser mon menton, ma bouche, ma langue.

Welles entra dans notre danse. I
l épousa d'une enjambée la courbe de son échine, avançant, reculant sans la toucher au rythme de ses oscillations. Lorsqu'il posa une paume sur sa taille, Laïs, comme cabrée sous la mèche d'un fouet, sursauta.
Qui était là ?
Adrien, se faufilant entre nous, glissa ses mains sur ses côtes.
Combien de personnes l'entouraient ?
La tête de Laïs tournait.
Entre
tous ces doigts qui s'enhardissaient, s'immisçaient sous ses vêtements, couraient le long de ses mollets et remontaient à son soutien-gorge, le tirant, l'abaissant, le dégrafant pour en faire poindre, sourdre, jaillir les tétons, elle perdait le compte.
Compte perdu comme celui des bouches, des dents, des langues qui
l'embrassaient, la léchotaient, la mordillaient, habillée mais déjà nue, flageolante et debout, lèvres mordues au sang.

Adrien
remonta sa robe sur son bassin.
Les bas coupaient d'une rayure sombre ses cuisses charnues. Au-dessus de la jarretière s'ourlait un renflement adorable, enchaîné en pente douce à ses fesses imposantes.

Laïs n'était pas une femme. Elle était la femme dans sa splendeur, l'amante, l'épouse et la mère au bassin triomphant, la divinité fertile des moissons du plaisir.
Lové entre son entrejambe se dessinait le triangle d'un tissu humide. J'y égarai mes doigts, les retirai pour les porter à mon visage, les sentir, les lécher, résistant à l'envie de m'agenouiller pour la boire.

Le temps de redevenir femme avait sonné.
Je m'éclipsai pour me dépouiller de ma chemise et de mon pantalon,
détachai mes cheveux, me parfumai et enfilai une paire d'escarpins. Revenant au salon, je les fis à dessein claquer sur le parquet.
Un frisson secoua Laïs de haut en bas.
Combien de personnes l'entouraient ?

Ployée sous les caresses des deux hommes, jambes écartées, robe rabattue sur les épaules, bas plissés sur les chaussures, elle était plus nue que nue.
S'apercevait-elle
seulement de son impudeur ?
Protégée par le voile de la cécité, e
lle aurait pu s'en effrayer ou en jouir, au moins autant que nous qui jouissions de la voir rendue sans réserves à notre pouvoir.

Par Chut ! - Publié dans : Classé X
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Samedi 17 octobre 6 17 /10 /Oct 01:18
Adrien voulait offrir un cadeau à Laïs, son épouse. Mais ni parfum, ni lingerie, ni sortie au théâtre ni voyage. Pour elle, il désirait le plus beau cadeau qu'un homme puisse faire à une femme : une après-midi de plaisir. De plaisir oui, mais plus encore : une plongée dans le cœur forcément trouble de ses fantasmes.
Offrir à l'autre ce qu'il n'a jamais osé demander ni ne se formule à lui-même, n'est-ce pas, tout compte fait, la plus belle preuve d'amour ?

La préparation de ce plaisir prit du temps et trois personnes : Adrien lui-même, Welles et moi.
Je n'avais jamais vu Welles. Laïs non plus, alors même qu'il s'approchait d'elle.
Il ne prit ni la peine de s'annoncer ni celle de la saluer. Ces politesses étaient inutiles, il le savait. Aussi, arrivé tout près d'elle, jusqu'à la toucher, lui glissa-t-il le bras sous le coude pour lui chuchoter :
- Bonjour, belle dame.
Laïs dut sursauter, tourner la tête et peut-être lui sourire.
Ce sourire n'était pas adressé à Welles mais au noir. Laïs,
un masque opaque d'avion glissé sous ses lunettes de soleil, était aveugle.

Welles la guida pas à pas dans les rues.
Laïs avait
confiance, forcément. Sinon, elle aurait arraché pour s'enfuir ce qui lui obstruait les yeux.
Elle avait peur,
aussi. Du moins je le crois. Quelle femme ne tremblerait pas de se confier ainsi à un parfait inconnu ?
Côte à côte, elle sûrement un peu tremblante et lui penché sur elle, ils cheminaient vers le plaisir. C'est-à-dire vers mon appartement.

Le couloir et le salon, dégagés de leurs meubles, n'offraient plus aucun obstacle. Un grand tapis donnait du moelleux au plancher trop froid, signe d'un printemps qui titubait encore dans l'hiver. Adrien sur le canapé avait la mine concentrée de ceux qui se repassent un film à créer.
Il était
prêt, moi non. Au dernier moment j'avais trouvé ma tenue de femme-garçon : une chemise et un pantalon enfilés sur une robe courte à fines bretelles.
Mes cheveux étaient retenus par un élastique, m
es jambes et mes pieds nus. Laïs ne devait ni deviner que j'étais une femme, ni m'entendre marcher.

Un coup bref, un coup long à l'interphone. C'était le signal.
Je déverrouillai
le sas de l'immeuble sans un mot. Laïs ne devait pas entendre ma voix. Elle aurait pu la reconnaître.
Traversant le couloir à pas de loup, j'entrebâillai ma porte et écoutai. Le silence d'abord. Puis, très vite, le frôlement d'une main sur la rampe d'escalier et un bruit hésitant, inégal, chancelant de talons. Ceux d'une femme qu'on aurait dit ivre et surtout seule.

Lentement l'écho montait, montait, plus fort, plus précis, plus synchrone avec celui qui résonnait sous ma chemise, gonflant le tissu, tirant sur les boutons.
Bientôt surgirent des marches une chevelure dénouée doublée d'une houppette poivre et sel.

Ils étaient sur le palier.

Laïs avait le menton porté un peu trop haut des aveugles, les gestes imprécis sous l'armure du manteau, la courbe bouleversante du cou battant contre l'écharpe. L'ovale de son visage et sa bouche fine étaient aussi beaux que dans mon souvenir.
Welles avait un visage que l'on aurait pu oublier si ses yeux n'étaient pas si vifs. Deux pointes noisettes déchiffrant le message tracé par Adrien :
Bande-lui les yeux.
Attache-lui les mains.

Saisissant l'épais foulard que je lui tendais, il ôta les lunettes de sa captive pour le nouer autour de son masque.
Laïs ne verrait rien. Pas même le ballet de nos bustes, de nos jambes, de nos pieds autour d'elle.

Welles l'escorta jusqu'aux crochets fixés à la poutre du salon. Laïs frémissait déjà de ce qu'elle ne voyait pas : une corde soutenant une barre prolongée de menottes.
Gibet de plaisir sur lequel elle serait crucifiée.

Dépouillée de son manteau, elle se tenait debout en émouvante statue de chair. Sage dans
sa robe grise aux genoux et sa veste boutonnée aux clavicules, avec en contrepoint ses bas filant sous ses escarpins rouges.


Par Chut ! - Publié dans : Classé X - Communauté : xFantasmesx
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Jeudi 15 octobre 4 15 /10 /Oct 00:54
La nuit était tombée. Il roulait à toute allure dans la poussière des feux de broussailles. La route était mauvaise, pleine de bosses et de nids de poule.
De temps à autre, les phares d'une automobile l'aveuglaient. S
ans même tourner la tête, il se rabattait à ras de fossé d'un brusque mouvement de guidon.

Il s'engouffra sur la nationale comme on se jette au feu. D'un seul coup, sans ralentir, sans réfléchir. D
es voitures déboulaient de partout, monstres de métal acharnés à le poursuivre, à le piéger de leurs yeux étincelants.
Mais déboîtant, zigzaguant,
toujours il parvenait à s'échapper, à bouffer encore cet asphalte sur lequel il se tenait droit, véritable miracle d'équilibre et de vitesse.

À l'avant, il avait quinze kilos de paquetage coincé entre les cuisses. À l'arrière, une passagère.
La passagère, c'était moi. Moi qui pensais à ce bitume trop dur et à mon corps trop mou. À cet homme cassé à terre sur un pont du Vietnam, des rigoles de sang fusant de ses oreilles jusqu'à sa moto en charpie. À ces gens attroupés qui l'observaient sans le secourir. À sa femme qui l'attendait sans savoir qu'il ne reviendrait pas, à ses enfants qui ne le reverraient plus.

Moi qui pensais à tout ça et surtout au fil de la vie si fragile, si prêt à se rompre à tout instant. Ce fil me reliait à mon tout jeune conducteur comme il le reliait à moi.
Une fausse manœuvre de sa part et nous nous écrasions.
Un mouvement trop brusque de la mienne et nous tombions.
J'eus sur cette route la
sensation, non, la certitude aiguë de côtoyer la mort. Et j'eus peur, très peur, jusqu'au moment où je lâchai. Moment sans transition ni logique, saut en chute libre dans un précipice.
J
'acceptai de mourir ici, loin de mon pays, dans le fracas des automobiles.
Le roc qui m'écrasait chuta sans un bruit.
Libération en paix immense. 

Dix jours plus tard, par trente mètres de fond dans la carcasse d'une épave, j'éprouvai à nouveau cette panique. L'eau était si noire que le faisceau de ma lampe la perçait à peine. La coursive dans laquelle je nageais, palmes relevées pour ne pas soulever la vase, s'étrécissait en boyau. Bientôt il n'y eut, au-dessus de mes bouteilles et sous mon ventre, qu'un espace de vingt centimètres.
"Pile les dimensions d'un cercueil", pensai-je.
Oppressée, recluse, je tremblais mais avançais encore en me répétant, me reprochant "Mais qu'est-ce tu fous là ?"
Refusant de céder, je combattis noir contre blanc, blanc contre noir, repoussant l'angoisse à coups d'images futiles, incongrues, rassurantes : mes lèvres que je farderai ce soir de rouge rien que pour être jolie ; les œufs à la coque du petit-déjeuner de demain ; le polar que je siroterai sous les draps, à peine quelques pages avant que le sommeil ne m'enlace.
Dans ce monde aquatique inodore, j'invitais les parfums du savon, de l'herbe coupée, des épices, de la sueur, du sexe, de l'amour.

Résister, chasser l'image de la mort par une de la vie. Se battre quand l'image de la vie, rongée de ténèbres, devient floue. Rassembler ses forces, lutter, s'épuiser et finalement, en une soudaine et imprévisible bascule... lâcher.

J'acceptai de mourir là, dans ce vieux squelette rouillé. Sûrement mon âme rejoindrait-elle celles des marins qui y périrent.
Peut-être nous raconterions-nous nos naufrages autour d'un whisky au goût de tourbe.
"Finalement, conclus-je, ce n'est pas la mort qui est effrayante, mais la pensée de la mort."

D'autres jours à Paris, Luang Prabang, Malapascua, j'ai souhaité mourir de suite,
foudroyée, exaltée, le sourire aux lèvres, par une journée ronde et pleine comme un œuf.
Partir au milieu de tant de bonheur ne laisse guère de place aux regrets.
Le lendemain, je me me corrigeai : mourir hier eût été bête, il y a encore tant de perles à enfiler au collier.

De toute façon,
appeler la mort est vain. C'est elle qui décide.
De toute façon, chaque jour je me tue.
Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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