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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Samedi 20 février 6 20 /02 /Fév 18:59
Fatras 3Soixante-dix nuits dont quelques unes blanches, un petit millier de repas, des en-cas de quatre poulpes en brochettes piqués sur un petit bâton dégoulinant de sauce aux herbes, des dizaines de bains de mer et de splendides couchers de soleil.

U
ne paire de palmes roses, un masque au liseré rouge, un tuba jaune, une combinaison bleue, un énorme couteau avec ses deux straps, trois nouvelles certifications de plongée.

D
es centaines de cigarettes fumées parfois sans même en avoir envie, des dizaines de bouteilles de bière et de whisky, et le triple en bouteiles d'eau.

T
rois cicatrices sur l'épaule droite, deux yeux examinés à l'hôpital de Bangkok, six écorchures de corail aux genoux, une boule douloureuse au sein qui eut le bon goût de disparaître, dix orteils quatre fois vernis de pourpre, deux kilos en trop sur les fesses.

D
es milliers de pas sur la plage et la route, des heures de plongée, deux sessions de yoga, un entraînement de trapèze volant puis trois jours pour s'en remettre.

Q
uarante-deux films visionnés, trente et un livres lus, cinquante pages écrites du roman à venir, jetées pour cause de faux départs et recommencées jusqu'à sentir que là, oui, je tenais quelque chose.

Q
uatre pantalons et dix chemises multicolores, six maillots de bain, sur cinq serviettes achetées trois de perdues, deux paires de tongs, une d'espadrille, les chaussures à talons sont restées, à une exception près, dans le placard.

D
es heures à discuter avec quelques amis restés en Europe, un ami-amant, un ami qui s'invite pour partager du temps, des conversations, un ami qui vient alors que je vais partir.

U
ne maison de trois pièces, une femme et un homme dans la maison. Une et un qui s'apprécient, s'aiment de temps en temps, se disputent aussi. La dernière fois, pour trois heures de retard et moins une qu'il ne dorme dehors.

Ces nombres en fatras sont mes traces de vie d'ici, empreintes esquissées dans le sable qui s'effaceront à la marée.
Les compteurs se remettent bientôt à zéro. 
Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Mercredi 17 février 3 17 /02 /Fév 16:14
DilutionFatigue. Coupure de courant. Noir complet. Pas de lampe de poche, pas de téléphone pour cause de batterie à plat, pas d'Ethan non plus. 
Attendre.  Une heure et demi enfermée dans la maison, à errer ordinateur allumé en main pour remplacer une torche absente, à me cogner contre tous les meubles.

Un, deux, trois passages pour finir roulée en boule sur le lit. Deuxième partie des Étreintes brisées d'Almodovar, sous-titrage anglais si calamiteux que je comprends mieux directement en espagnol.
Écouteurs enfoncés dans les oreilles, son au maximum pour couvrir les bips incessants criés par les ordinateurs.
On dirait une révolte d'objets décidés à gagner voix au chapitre. Je ferme toutes les portes comme je dresserais des barricades.

Vouloir remettre le courant en marche, ne pas savoir comment. Il ne reste que le noir, les bips qui égrènent leur colère en chuintements. Le beau visage de Pénélope Cruz et la périphérie de ma conscience encombrée de listes à dresser, de corvées à faire, de travaux à envoyer, de petites déceptions et d'angles à arrondir, de pensées sans importance. Et, flottant impérieuse par dessus ce magma, la fatigue qui effiloche ma plume, m'émousse, me grignote le cerveau.

Bruit de moto. Enfin Ethan revient et me libère du noir. Je reprends ma place sur la terrasse encombrée de livres, de dictionnaires, de cahiers d'anglais. Page après page s'y étale ce millier de mots martelés entre mes oreilles. Dévorée par les moustiques, rafraîchie par la brise du ventilateur, je songe au temps qui file.
Bientôt l'arrivée d'un ami. Bientôt le départ de mon île.
Mais avant, une bonne vraie nuit de sommeil. Sans cauchemars ni rêves tordus, sans bruits de chantier ni disputes des voisins.
Oui, une nuit de sommeil pleine comme un œuf et ça ira mieux demain. 
Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Mercredi 3 février 3 03 /02 /Fév 10:21
ZenDepuis que je passe devant cette pancarte, je me persuade de tenter le coup, d'essayer au moins une fois pour me coucher moins bête.
Avec Jay, le frère d'Ethan qui fut de passage ici, on s'était dit qu'on testerait ensemble. Que ça nous ferait du bien. Enfin, surtout à moi vu l'énergie que j'ai à dépenser quand je me couche à une heure décente et me lève du bon pied.
Jay, il est du genre flegmatique ; moi, boule de nerfs.

On s'était dit aussi que ça nous plairait. Et que si non, pas grave. Nous aurions tout au plus perdu deux heures d'une journée et gagné une nouvelle expérience. Créé un souvenir commun à évoquer le soir autour d'un verre, voire d'un continent à l'autre par téléphone.
Jay est reparti sans qu'on en ait le temps. Charge à moi de le faire seule pour le lui raconter.  

Le yoga n'est a priori pas ma tasse de thé. Trop statique, trop lent, il me renvoie aussi à une lointaine portion de vie.
Fut un temps, je méditais. Passai même un juillet en sauvageonne dans un village en ruines. Pour se laver, l'eau glacée du puits ou de la rivière. Pour s'éclairer, des lampes à huile. Pour dormir, des matelas posés sur la poussière de la salle commune. La journée, notre groupe inspirait-expirait avant de reconstruire l'abbaye.
Cet empilage de pierres sèches, à mains nues en plein cagnard, me plaisait en métaphore. Je bâtissais en m'élevant à mesure des rangées de ciment. Ne fumais plus pour respirer mieux. M'abreuvais d'eau claire sans une goutte de whisky. Mangeais sain, plutôt frugal. Ni viande ni fromage, trop riches, gras, animaux, que des fruits ramassés sur les arbres, des carottes pelées dans le bon sens pour préserver leur énergie.
Il m'avait fait bien rire, le cours sur l'épluchage de la carotte. Dommage qu'on n'ait pas poursuivi avec la pomme de terre.

Juste avant l'arrivée dans cet autre monde, j'avais, dans les toilettes du train, troqué un tee-shirt bleu contre un noir. Échange souligné lors du séjour par notre "maître à penser", un petit homme maigrelet, demi-chauve mais doté d'une longue barbichette :
- À ton arrivée, tu étais négative. Le noir, ça dégage de mauvaises vibrations.
Ah bon ? J'avais ouvert des yeux en soucoupes. A fin de rester positive, devais-je également brûler ma chemise ? Ma culotte ? Mon soutien-gorge ?

Peut-être à cause de tout cela le yoga m'évoque-t-il la mouvance New Age. À tort plus qu'à raison, il est lié dans mon esprit au pelage de la carotte. Ou, en direct opposé, à une activité de femmes inactives, sillonnant les clubs de gym accrochées à leur tapis en mousse.
- Chéri ? J'ai eu macramé hier, ce soir c'est yoga.
Pourtant, le yoga, mon amie Anjely le pratique avec art et assiduité. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'inactive lui va comme une nuisette à une Charolaise.
Je me rappelle encore sa venue à Paris pour un stage (de yoga, bien sûr). Nous avions décidé de dîner au restaurant de l'école, un centre de danse réputé. J'en franchis la porte cochère à la nuit noire. Des formes imprécises s'agitaient dans la cour. Une, lumineuse dans l'obscurité, attira mon regard. Elle me fit signe et j'approchai, fascinée.
C'était Anjely, mais une Anjely que je n'avais jamais vue. De joli, son visage était devenu sublime, éclairé de l'intérieur par une multitude de flammèches. Ses yeux étincelaient aussi, diamants chocolat brillant sur sa peau pâle. Anjely, consumée de l'intérieur par un feu paisible, semblait concentrer la lumière afin de la restituer.
J'eus envie d'avancer la main pour la toucher. M'abstins, retenue par la stupide crainte de me brûler.
- Tu es... magnifique, balbutiai-je.
- C'est le yoga.
Le yoga, soit. Hormis la plongée qui est un sport de feignant (quoique...), mes passions furent comme mes amours, échevelées, impétueuses, violentes.

Zen 3L'équitation, d'abord, ses souvenirs de chevauchées à perdre le souffle, de galops à cru dans les prés, mains enroulées de poignées de crins, jambes chevillées à ma monture. Son cœur battant entre mes talons, le mien cognant au rythme de ses sabots.
Vite, toujours plus vite, ivre de vent, de liberté, de sueur et d'espace, hurlant follement au ciel un cri d'unisson. Je suis, nous sommes cette vitesse, ce vert d'herbe tendre, ce bleu d'azur et de nuages, ces arbres qui défilent, cette terre fouaillée de quatre fers, cette encolure perlée d'efforts, cette odeur âcre et ce bout de lande qui vient vite, trop vite.

Si je tombe maintenant, je me tue.
Et j'étreignais la crinière à m'en écorcher les doigts, hurlait à m'en arracher la gorge pour mieux repartir dans l'autre sens. Ivre toujours mais n'ayant pas bu le calice jusqu'au tanin, ivre de soif, de renverser la coupe, la faire déborder d'entre mes lèvres, couler sur ma poitrine. Sauvage, haletante, enfin réunie.
La chevauchée terminée, je glissais à terre les jambes molles, m'appuyais tremblante sur le flanc de mon cheval, le caressant et lui murmurant les mots réservés à l'être aimé.
"Mon beau, mon doux, mon tendre, mon roi..."
Puis, osant un regard tendre de cils à cils, susurrai soudain effrontée, comme réjouie d'une bonne blague :
"Toi et moi... On s'est bien amusés, pas vrai ?" 

Un sport de combat, ensuite, ses souvenirs de remugles de vestiaires en préludes au combat. Cet agacement à voir les garçons se détourner sous prétexte que je n'étais qu'une fille, donc un être moins fort à ménager.
- Mais frappe, bordel ! Je suis pas là pour tricoter !
Ma place gagnée, ces souvenirs durs de coups donnés et reçus. Mes paumes bleues d'uppercuts décochés par un partenaire trop zélé. Cet impact qui, abîmant mes yeux, me fit voir des chandelles. Elles défilèrent longtemps devant mes rétines, voilant le monde d'une pluie de lumières.
Plus tard, ce garçon qui abandonna la lutte, bras levés en signe de reddition, cédant place à un autre adversaire. Il était si gros, si fort que mes gants de boxe s'enfonçaient dans sa chair avec un bruit mat de cuir dans un sac de sable.

Debout, ma petite taille me désavantageait. Je préférais me battre à même le ciment. Mon partenaire de hasard et moi y roulâmes un jour, emmêlés en une coïtale parodie d'Andromaque. Le dominant et affermissant ma prise contre ses cotes, je fis mine de lui taper le crâne contre le sol. Pour les coups dangereux nous faisions semblant, ombres de combattants en décalques de nous-mêmes.
- Encore, vas-y, oui... m'encouragea-t-il dans un souffle.
Autour de nous les autres s'attroupaient, voyeurs d'une défaite ou d'une victoire, spectateurs de ces noces de chair et de sueur. J'esquissai un geste vers ses yeux, arrêtant mes ongles au bord de ses paupières.
- Oui, oui, c'est bon, très bon, ça... Continue... râla-t-il au bord de l'extase.
Un coup de sifflet décapita notre plaisir.
La séance était terminée.
Tels deux amants gênés après leur première nuit nous nous saluâmes gauchement.
- Merci, me glissa-t-il à l'oreille.
- Merci à toi, répondis-je en joignant les mains contre la poitrine.
C'était sincère. Ce jour-là je compris qu'il n'est nul beau combat sans bon adversaire. Que la beauté de la lutte tient à l'égalité des forces.

Zen 2Je dus stopper ce sport suite à un problème de cheville. Il n'arriva même pas à l'entraînement, mais connement comme nombre d'accidents. Une copine m'attendait au cinéma. En retard, je courus pour la rejoindre et m'emmêlai les pieds dans mes talons hauts.
Il y eut un crac, une fouleur fulgurante, mon corps soudain plié s'accrochant à une poubelle où je vomis mes tripes.
L'année d'après je voulus reprendre mais j'étais trop faible.
Le corps avait lâché. Le mental aussi, sans doute.

Demain, donc, yoga. Expérience, souffle, musique douce et plénitude. Alors que j'écris, des clameurs s'élèvent du stade de boxe tout proche. La voix du commentateur parle une langue que je n'ai pas besoin de comprendre, tant elle est universelle. Et soudain le goût du combat me manque comme un corps-à-corps perdu.

Pas grave. Je vais mettre de l'encens sur la terrasse. Manger une salade au poulet. Regarder un film. Dormir pour clore le théâtre des affrontements.
Zen, on a dit.
Demain, c'est yoga. Y a Jay qui attend le débriefing. Je voudrais pas le décevoir.
Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Lundi 1 février 1 01 /02 /Fév 16:12

Non appartenanceVoilà longtemps que je réfléchis, seule ou en couple, à l'appartenance et la fidélité amoureuse.

Mon livre du moment, Aimer plusieurs hommes de Françoise Simpère, me plonge directement au cœur du sujet. Et, hasard de la vie, un événement survenu aujourd'hui m'y ramène encore.

Pas de la meilleure façon qui soit, mais voilà une autre histoire.
Le sujet est si vaste qu'il est certain que je vais m'y perdre. Aussi l'aborderai-je par l'exemple, avec, à n'en pas douter, une foule de digressions (je me connais...). 

Dès la première soirée avec Ethan, nous devînmes amants. Lorsque je pris le bateau au matin, nous pensions ne plus nous revoir. Histoire éphémère comme il en est tant, simple passade sans conséquences.
Nos trajectoires en ont décidé autrement, de "notre" île à la Malaisie, en passant par Londres et un hôpital de Bangkok. Ethan y fit les tests nécessaires pour devenir, peut-être, le père de mon enfant.

Après réflexion, c'est moi qui reculai.
Une telle offre tisse des liens, forcément. Mais de quelle nature ? Je l'ignore.

Jamais je n'ai voulu savoir si Ethan était amoureux de moi. Peut-être parce que je ne le suis pas de lui au sens où on l'entend communément : avec une étincelle de passion et d'excès. Avec cet aveuglement ravi causé par la sidération, celle-là même que le vicomte de Valmont revendiquait auprès de la marquise de Merteuil :
"De quels traits osez-vous peindre Madame de Tourvel ? Au nom de l'amitié, attendez que j'aie eu cette femme si vous voulez en médire. Ne savez-vous pas que seule la volupté a le droit de détacher le bandeau de l'amour ?"
Je vois Ethan tel qu'il est, dans ses qualités comme ses défauts, ses lignes de forces comme de faille. La vie commune aide certainement à obtenir un juste reflet : la tricherie, le jeu de masques, le paraître au lieu de l'être ne peuvent tenir au quotidien. Ou que sur une toute petite distance. Ou au prix d'un effort surhumain de comblement, de correction, d'ajustement permanents.

Autrement dit, de négation de soi.

Être soi-même, sans fards, n'empêche nullement de s'ajuster ni de lâcher prise sur certains points. Vivre bien ensemble suppose abraser les contours trop aigus. Sinon, soit on ne cesse de s'accrocher, soit l'un courbe l'échine devant l'autre.
Il ne s'agit pas d'arriver entier, brut, pour proclamer :
"Je suis à prendre tel quel ou à laisser."
"C'est comme ça et pas autrement."
"Marche ou crève, et surtout ta gueule."
Il s'agit plutôt de distinguer l'essentiel de l'accessoire, de démêler nos besoins profonds de nos désirs superficiels, d'accepter des compromis sans pour autant nous compromettre.

Non appartenance 2La définition de ce qui me lie à Ethan - ou Dorian - importe moins que notre lien lui-même.
Je les aime tous deux et souffrirais de les perdre. Mais s'il le fallait ou s'ils s'éloignaient de moi, je l'accepterais parce qu'ils ne m'appartiennent pas.

Le respect de l'autre commence par celui de sa liberté, quand bien même elle ne nous arrange pas.
Ma tristesse serait alors mon affaire, pas la leur. Qu'ils me laissent me débrouiller de cet intime travail de deuil. Lors de cette tâche l'aide des amis est précieuse, celle de la personne à l'origine de la douleur inopportune, pour ne pas dire parasite.
Je crois que l'on n'aide personne à être quitté. Seul dans la nuit de la perte, c'est à nous de défricher notre chemin, d'en marquer chaque station de nos pleurs pour dessiner de nouvelles routes.

Dans Femmes qui courent avec les loups, livre qui m'accompagna lors de mon dernier voyage, Clarissa Pinkola-Estés écrit :
"Et si l'on vous demande votre nationalité, votre origine ethnique, votre lignage, prenez un air énigmatique et répondez :
- Le Clan des Cicatrices."
Parent, ami, amour, amant... Chaque perte importante creuse une marque indélébile qui nous rend à la fois plus fort et fragile.
Plus fort parce que, même mis à sac par le pillage de la douleur, on a survécu. Expérience du dépouillement qui révise l'échelle de notre univers intime : valeurs, appréciation du grave et du futile, rien ne sera jamais tout à fait comme avant.
La perte sans retour est l'expérience de la limite ultime contre laquelle il est inutile de se battre. Il faut l'accepter petit à petit sous peine de suicider ou de ne vivre qu'amputé. Et essayer, autant que faire se peut, de goûter les plaisirs que la vie nous offre.
Plus fragile car perdre une fois signifie peut-être perdre deux. Puisque tout est possible, à commencer par ce qui n'a pas de nom, tout peut se (re)produire. Et, à moins de quitter la scène avant ceux que l'on aime, se (re)produit inéluctablement.
La pensée de la mort, métaphorique dans le cas de la rupture, ne nous quitte jamais totalement. Si elle s'absente, c'est pour mieux rôder aux heures sombres, ces heures du creux de l'âme où, enfant perdu dans les ténèbres, nous tombons sans fin ni main pour nous rattraper.

Je dérive de mon sujet initial, semble-t-il. Oui mais non, tant le désir de possession de l'autre est lié à la peur de sa perte. Angoisse primitive de le voir se détourner, nous préférer un tiers paré de qualités que l'on n'a pas - ou plus.

Question de confiance en soi aussi.
Jeunesse et beauté se fanent, ou plutôt se troquent contre d'autres avantages : maturité, sagesse, expérience, recul. Tolérance souvent mais pas toujours.
Impossible d'être et d'avoir été, c'est ainsi et pas forcément plus mal.

Non appartenance 4 Avec Ethan jamais nous ne nous sommes juré fidélité. Que notre relation se déroule à distance ou dans un même périmètre, c
ela n'aurait eu aucun sens.

Nous avons en revanche convenu d'une clause de discrétion :
"Fais ce que tu veux avec qui tu veux, mais garde-le pour toi. Nul besoin de me révéler des détails qui t'appartiennent et ne m'apporteraient rien.

Et puisque nous partageons le même toit, fais-le ailleurs. Cette maison est notre espace à nous, notre havre vierge de toute histoire clandestine."
Sans contrevenir à nos règles j'ai usé 
de cette liberté, mal parfois.

Si c'était à refaire j'agirais autrement, quoi qu'Ethan n'y verrait sûrement aucune objection.


À sa liberté je n'avais pas été confrontée jusqu'à Joanne.

Joanne est plus blonde, jeune et liante que moi. Sympathique aussi, même si nous ne partageons rien hormis une amitié de façade.
Lorsqu'elle vient à la maison, je la salue, entame un brin de conversation vite tari avant de repiquer du nez sur mon ordinateur, ma rêverie ou mon bouquin.
Fin des civilités sans rudesse. Joanne s'intéresse à moi autant que moi à elle, c'est-à-dire de très loin. Ni l'une ni l'autre ne nous donnons la peine d'alimenter un échange qui, passé le cap des banalités, nous ennuierait.

 
Joanne a un petit ami en Angleterre. Souhaite s'en séparer, le lui a annoncé mais il s'y refuse. Mieux, il la menace de brûler les affaires qu'elle a laissées chez lui. Aussi le retrouve-t-elle en Indonésie pour jouer la comédie de la femme amoureuse.
À peine ces mots sortirent-ils de la bouche d'Ethan que je lâchai tout à trac :
"Monnayer ses affaires contre quelques faux coups de reins, c'est vraiment mesquin. Qui prend une décision en assume les conséquences."
En soirée, j'ai vu Joanne flirter avec de jolis garçons. Un jour, tandis qu'elle regardait avec Ethan un film au salon, je la surpris lovée entre ses jambes. Je traversai la pièce, un peu étonnée et soudain traversée par l'idée d'un rapprochement.
"En aurais-tu envie si elle était d'accord ?" me questionnai-je.
Non. Aussi passai-je sans ralentir jusqu'à la terrasse.
Ethen dut prendre m
on absence de réaction pour une permission. Elle l'était sans doute, tant m'est étrangère l'idée de lui couper les couilles, surtout dans notre drôle de couple.

D'ailleurs, si un couple se définit par le sexe, nous n'en sommes plus un.


Lors de la dernière fête que nous organisâmes à la maison, Joanne s'assit à côté d'Ethan, moi sur le versant francophone des coussins. Parler ma langue maternelle me soulage des fastidieuses traductions, des approximations frustrantes de pensée. À l'aise en anglais, certes, mais pas bilingue pour autant. Le français est mon plaisir, ma récré, l'origine dont je ne vais pas me priver.
À mesure des verres Joanne s'avachit sur Ethan en une équivoque position sensuelle. 
De leur côté, les anglophones 
embarrassés feignaient de ne rien remarquer.

Du sien, Ethan dissertant sur un quelconque sujet n'eut pas un geste. Je me demandai même s'il avait noté les mains de Joanne sur sa taille, ses agaceries de chatte réclamant des baisers.
Du mien, j'éprouvai un pincement et, les regardant, m'interrogeai :
"Cela te gêne-t-il vraiment ?"
Réponse de Normand : oui et non.

Non appartenance 5Leur intimité ne me dérange pas plus que ça. Je sais qu'elle ne changera rien entre Ethan et moi, n'écorchera pas notre tendresse, n'entamera pas notre confiance.

Notre lien ne se divise pas à proportion des autres liens. Ils coexistent dans des univers distincts.
Mais que cette intimité soit brandie sous mon nez me chiffonne. M'en faire spectatrice me semble relever du faux pas, d'un manque de discernement dont Ethan, à la faveur d'une discussion, s'excusa.
"Pardonne-moi si je t'ai blessée. Ce n'était pas mon intention."
Blessée n'était pas le bon mot, mais faute de le trouver, le bon mot, je laissai filer. L'important était qu'en dépit du vocabulaire, nous nous étions compris.

La plus déconcertée dans l'histoire est Joanne. Ce qui m'unit à Ethan la dépasse.
"Je ne veux pas coucher avec toi si tu couches encore avec elle", lui annonça-t-elle. Comme s'il était question d'exclusion, de territorialité de sommier.
Elle ou moi, d'accord. Mais elle et moi, non.
Et pourquoi pas nous deux ?
En théorie, c'est clair : une relation n'empêche pas une autre. Le sexe est à la fois un plaisir, un jeu, une ouverture privilégiée à l'autre. Il n'a pas à mes yeux ce caractère définitif que beaucoup lui prêtent - même s'il m'est arrivé, par le sexe, de toucher au sublime. D'éprouver la bouleversante sensation d'accéder à une dimension autre, de célébrer une communion ancestrale et sacrée.
Côté travaux appliqués je débute et m'observe, attentive à ce qui bruit dedans.

Et aujourd'hui je me dis :
"Si l'autre me rassure sur ma place, pourquoi pas ?"
Peut-être demain tiendrai-je un autre discours. Peut-être pas.
En chantier, je n'ai aucune certitude et revendique le droit aux contradictions.

Demain peut défaire ce qu'aujourd'hui a construit. Persiste la sensation, au fond, de cheminer sur une route. Balbutiante encore, mais pas après pas délivrée de la prison de l'appartenance et du carcan de la possessivité.

Par Chut ! - Publié dans : Ethan, little big man
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Dimanche 31 janvier 7 31 /01 /Jan 15:36
Départ de l'ileJe vais bientôt quitter mon île. Alors qu'aujourd'hui j'avais prévu une foule d'activités, bloquée par les préparatifs de mon départ, je n'ai pu m'atteler à aucune. Épineuses questions de dates et de visas à débrouiller, billets d'avion à réserver sur un site qui marche mal, mails avec une agence de voyage locale...
La journée y est passée.

Ce sera d'abord un retour dans les flancs des épaves, un partage d'images et de sensations uniques avec Ethan. Là nous fêterons mon anniversaire par trente mètres de fond.
Une année de plus au compteur, spéciale car celle-ci fut de celles qui comptent.
Quand je me retourne, j'ai pour certaines années la sensation d'un temps linéaire, d'une période indéfinie, sans contours, de laquelle rien ne se démarque. Un effort m'est nécessaire pour resituer les événements, extirper le remarquable du banal comme on extrait des pépites de la boue.

Cette dernière année commença non selon le calendrier, mais au rythme de mon temps intérieur : février 2009, mois où je quittai la France pour
un voyage qui changea ma vie. Ou, plus justement, donna forme et substance à des pistes, des envies jusqu'alors refoulées, enfouies, esquissées.
Le brouillon a laissé place à l'encrage, à l'inscription sur une page jusqu'alors griffonnée.
En un an je n'ai pas changé, je me suis prolongée.

En un an je suis montée très haut et descendue très bas, à des profondeurs presque insoupçonnées. J'ai prêté attention à la petite voix qui murmurait "par ici plutôt que par là". Me suis sentie fragile, vulnérable, poupée sans peau prête à se briser.
Mode Terminator encore une fois jusqu'à la presque résilience, l'accession à ce noyau dur, cette force tapie qui toujours me fait me redresser pour tenir debout. Debout et dépouillée de mes peaux d'oignons, avançant en me simplifiant, honnête et nue, débarrassée des masques et des faux-semblants.
Blessée, certes, mais sauve. Sauve puis vivante. Vivante puis brûlante.

De mon île et des épaves, ma route m'emmènera à un endroit accessible uniquement trois mois par an, loin des côtes et des sentiers battus.  
Ce lieu secret me fait rêver depuis que j'en ai entendu parler. Alors, à moins d'un coup de vent défavorable ou d'une tuile de dernière minute, j'y vais.
Simple, oui. Mais simplicité n'empêche pas serrement de cœur.
J'aime mon île, mon univers, la maison dans laquelle je suis installée. Ma routine de plage, de bars, de livres, de films et d'écriture. Mon intimité particulière avec Ethan, la simplicité de notre vie commune, notre relation sans étiquette.
Ni couple, ni amis, ni entre les deux. Ni un compromis, ni une soustraction de l'un au profit de l'autre, plutôt une addition de l'un et de l'autre, même si nous n'avons pas fait l'amour depuis longtemps.

Départ de l'ile 2Notre lien se déjoue des cases qui réduisent, enferment, aplatissent. Confortables, elles offrent une sorte de pré-pensé en prémâché, tracent des limites rassurantes en définition à une relation.
Être amis c'est ne pas coucher.
Être en couple c'est ne pas tromper.


Je n'ai jamais été douée pour ce genre de limites. Ou, formulé sans tenir compte du poids des conventions, ces limites ne me conviennent pas.
J'ai trop de flou pour le clair et l'expérience d'au moins deux relations particulières.
Dorian est l'une, Ethan est l'autre. Et j'apprends d'eux comme ils apprennent de moi.

Sur mon île j'ai trouvé mes marques, creusé ma tanière. Mon prochain départ les remet en question.
Je sais qu'à mon retour, tout sera différent. Pas forcément moins bien mais autre. Autre comme on ne se baigne jamais dans la même eau ni ne s'abreuve à la même fontaine.
Probablement ne vivrai-je plus seule dans cette maison avec Ethan. Et peut-être ferai-je, du coup, le choix de vivre ailleurs.
Probablement des personnes que j'apprécie seront-elles à leur tour parties.

Ce soir, j'éprouve par avance la nostalgie de ce que je vais quitter, une tristesse douce et tendre qui m'enveloppe tel un châle.
J'ai la conscience aiguë d'avoir vécu - et de vivre encore - une portion de temps qui ne se répètera plus à l'identique. Lorsque je reviendrai, j'aurai d'ailleurs moi-même changé, riche de rencontres, d'images et d'expériences impossibles à prévoir.
Mais cette nuit encore à côté d'Ethan je vais me coucher. Heureuse de ce que j'ai mais ne possède pas.
C'est mille fois mieux ainsi, tant ce que nous possédons finit par nous posséder.

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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