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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

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Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Jeudi 20 mai 4 20 /05 /Mai 13:22

Soleil traitreDe tous les passagers, il était le seul à porter un jeans, une chemise et un blouson. On aurait dit qu’il revenait d’Europe ou du désert. Il portait aussi un sac, très petit pour des mois de voyage, presque aussi léger que le mien pour la nuit que j’avais prévu de passer avec lui. Ca, il ne le savait pas. A vrai dire, moi non plus je n’en étais pas persuadée.

 

Tandis qu’il s’avançait sur le ponton, je me surpris à le trouver très grand. Quel que soit le continent, à chaque fois sa taille me surprenait. Il était plus bronzé que jamais, avec davantage de rides autour des yeux. La faute à ce fichu soleil des tropiques qui nous grille la peau.

La faute aussi à tout ce temps qui entre nous avait passé, nous apportant et nous prenant beaucoup.

Assise sur le banc dur où j’aimais à regarder la mer, je finis d’un trait mon jus de pastèque. Me levai pour marcher à sa rencontre. Nul besoin d’agiter la main ni de crier son prénom en pleine foule. Il m’avait déjà vue.

Lorsque nos joues se frôlèrent, je m’aperçus à quel point il m’avait manqué.

 

Nous traversâmes l’île juchés à l’arrière d’un pick-up. Les cahots de la route nous projetaient l’un contre l’autre. La fumée de nos cigarettes se mêlait dans le grand vent.

A la montée de la colline, l’air fraîchit un peu.

Avait-il faim, soif, envie de se baigner, de dormir ?

Il secoua la tête. Hormis poser son sac, il ne savait pas.

- C’est ici, dis-je en sautant du véhicule.

Nous nous dirigeâmes vers un de mes endroits préférés. Blue Wind, le vent bleu, ce nom parlait d’océan et de voyages mieux que je n’aurais su le faire. Ici j’avais également passé le plus clair de mon temps, empruntant chaque matin le chemin tracé sur le sable, chavirée de voir la mer surgir entre les palmiers.

J’aurais voulu lui réserver un bungalow, il n’y en avait plus. En tout et pour tout restait une chambre au premier étage d’un bâtiment. Béton brut réchauffé de bois sombre, escalier pentu sans garde-corps, lourde clef d’acier à faire tourner dans la serrure.

En montant, je trébuchai sur une marche. Nous rîmes. Là aurait pu être mon dernier voyage en ultime bascule, cou rompu sur le ciment.


Je poussai la porte. Face à nous, un grand lit à baldaquins tendu d’une moustiquaire. Le blouson, la chemise, le jeans lui tenaient soudain trop chaud.

- Ca te gêne si je me mets nu ?

Je levai un bras indifférent. Jetant ses vêtements au sol, il ne se déshabilla qu’à moitié, passa dans la pièce voisine. C’était un drôle de réduit tout en bois accolé à la salle de bain.

« Un ancien sauna », pensai-je.

Son dos était long, musculeux, creux et bosses identiques à mon souvenir.

Entre la première fois et ce moment-là, tout avait changé, mais rien n’était au fond si différent.

Alors que les cataractes de la douche le lavaient du voyage, le savoir si près, nu, me troublait. Mais au lieu de le rejoindre, je m’assis sur le lit pour l’attendre.

 

Nous revînmes du restaurant à la nuit tombée. Montâmes l’un derrière l’autre l’escalier sans rambarde, passâmes par la terrasse pour grimper sur le toit. Sur la nuit d’encre la lune dessinait une virgule jaune, vaporisant sa lumière sur un fil électrique. On aurait juré un demi-citron en carton-pâte oublié par un accessoiriste négligent.

Sa longue silhouette restait immobile dans l’obscurité. Et dans l’obscurité nous nous regardions sans nous voir, enveloppés du bruissement des cigales en palpitation de poing ouvert puis refermé. Nous ne parlions pas, ou pas vraiment. Il n’y avait pas besoin de mots pour habiter ce silence-là.

Je m’appuyai au rebord du toit. Sous ma main, une tuile était cassée.

Lorsque je me relevai pour m’approcher de son ombre, il murmura :

- Je suis tenté…

Je tombai entre ses bras.

Par Chut ! - Publié dans : Pierrig, près de l'os
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Dimanche 16 mai 7 16 /05 /Mai 13:20

WillLe ciel rejoint la mer à l’horizon. Une brise légère court entre les feuilles, soulève la nappe.

Le soleil tombe à l’aplomb du parasol. Ses rayons réfléchis en étincelles jouent sur mon verre.

L’encyclopédie de la plongée est ouverte devant moi. Je parcours ses lignes drues sans les comprendre, bercée par une langue qui n’est pas la mienne, abandonnée au moment.


Serviette nouée sur les hanches, je sèche de mon dernier bain. L’eau de mer ruisselle lentement de mes cheveux pour tracer de petites rigoles sur mes épaules.

Ma main paresse sur la table, s’arrête à côté de la sienne. Il a de beaux doigts, longs et carrés, des ongles coupés nets, une paume large et puissante.

Des mains magnifiques que je rêve sur ma chair depuis le premier instant.

Sautant d’une moto-taxi, j’avais ce matin-là les cheveux fous et les cils maquillés, un nœud de maillot rouge tranchant sur un tee-shirt noir, les pieds nus et mes chaussures à la main. C’est moi, je crois, qui le vis la première, aussitôt souffle court, avec, déjà, la nostalgie de ces hommes trop beaux qu’on ne caresse qu’en rêve.


A l’intérieur de son avant-bras, un tatouage thaïlandais annonce « aucun regret ».

Un autre, arabe, niché contre son torse, a une signification que j’ai oubliée. « Vis pleinement ta vie », peut-être, ou « cueille ce jour comme si tu mourrais demain ».

Les cris des baigneurs s’étouffent dans les vagues, perdus très loin dans la distance pour nous laisser seuls au monde.

Il fait semblant d’étudier, moi de lire. Et tous deux feignons d’ignorer notre désir. Dans l’eau il a caressé ma jambe puis reculé dans une excuse.

La nuit d’après ce jour il me dira qu’il voulait m’embrasser sans oser. Timidité de l’instant puis instant passé, tombé en chute libre dans l’écume.

Le lendemain il me dira aussi que tout au long de cette journée-là, il n’a pensé qu’à ça. Qu’à dénouer une par une les attaches qui lui soustrayaient ma peau. Qu’à mon corps étendu, nu, sur les draps. Qu’à ma bouche sur sa bouche et son sexe.


Ma main s’approche encore de sa main. Nos doigts ne sont plus séparés que par quelques centimètres de nappe, distance infime et pourtant immense.

Si je la comble maintenant, il saura.

Il saura ce désir qui me cuit.

Il saura cet élancement douloureux entre mes cuisses.

Il saura l’animal qui y loge et exige d’être comblé.


Paradis transitoire 2Mais ne le sait-il pas déjà ?

Sans doute que si, tout en ignorant peut-être sa violence, cette violence que je lui cache encore mais qui éclatera le lendemain alors que, mordant ses épaules, je lui demanderai, sur le ton de l’ordre plutôt que de la supplique :

- Spank me !

 

Par-dessus la chaleur de l’après-midi je sens la sienne.

Chaleur ajoutée de sa chair ajoutée de ses muscles ajoutés de ses os.

Statue vivante assise, beauté bouleversante tendue de jeunesse, corps de l’athlète qu’il a été, visage parfait en équilibre, et son sourire qui me cueille à le regarder.

- Tout va bien ? me questionne-t-il.


Je lui souris. Pose ma main à plat sur la nappe.

Renverse la tête vers le ciel. Respire à larges bouffées.

Heureuse, follement, sans mélange.

Il est des journées au goût de paradis gagné puis perdu.

 

Suite, mais pas en enfer.

 

2e photo de Mona Kuhn.

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Lundi 29 mars 1 29 /03 /Mars 18:16

Scenes aeroportLes pays sont mes amants. J'en quitte un pour retrouver l'autre en me promettant de revenir vers celui que je délaisse. Dans un mois, un an, peu importe. Je sais que mes pas m'y ramèneront et qu'aussitôt, je me trouverai en terrain connu. Que des souvenirs que j'y ai déposés, souvent à mon insu, remonteront.
Une enseigne familière qui clignote, une devanture que je reconnais et voilà... Je suis presque chez moi. 

En attendant, je suis dans un entre-deux. A l'aéroport. Devant un comptoir d'enregistrement. Avec un chariot et trois sacs.
Le gros sac que ma combinaison de plongée, mes palmes, mon masque dans sa boîte et ma pharmacie suffisent presque à remplir. Bourrés dans les interstices, des chemises légères, des maillots de bain, quelques sarouels.

Déjà un mois que je m'habille pareil. Dans mes tenues, il n'y a guère que les couleurs qui changent. Et je me surprends, de plus en plus, à rêver de toutes ces jolies robes restées sur "mon" île.

Le petit sac, rempli à craquer lui aussi. Comme il me suit en cabine, j'y entrepose tout ce que je ne veux pas perdre. A lui seul il me permettrait de poursuivre mon voyage. De façon spartiate, certes, mais le compte honnête du nécessaire est finalement si peu...
Le sac en plastique, garni des provisions glanées la veille au supermarché. Je n'ai pu me résoudre à les jeter. Gaspiller la nourriture m'est toujours difficile, surtout dans cette zone pauvre du monde. Aussi ai-je ce soir une assurance : je mourrai peut-être dans un crash aérien, mais sûrement pas de faim.
Un regard au sac et je glousse.
Un concombre de taille respectable ballote au fond. Seule dans la queue, je le fourbis du doigt. L'écorche. Le malaxe. Lui dédie des usages à faire pâlir toutes les femmes voilées qui m'entourent.

A propos de queue, d'ailleurs, la mienne n'avance pas. J'ai comme d'habitude pris la mauvaise, celle à problèmes et récriminations, qui tarde au démarrage. En changer ne servirait à rien. Je sais d'expérience que les problèmes se déplacent avec moi, comme le nuage de pluie au-dessus des personnages de bande dessinée.
Il suffit que je bouge pour que la naguère coincée se fluidifie d'un coup.
Question transit, d'ailleurs, ça bouchonne un peu partout. A se demander si la moitié de la Malaisie ne déménage pas pour d'autres cieux.

 
demenagement-Simca.jpg

Devant moi, un gars à quatre pattes transfère le contenu d'un énorme sac dans de multiples pochettes en plastique. Il a dû vider ses placards parce que, surprise, il n'a que de la nourriture en sachets.

Je lui proposerais bien mon concombre mais je m'abstiens. Il pourrait mal le prendre.


A ma gauche on rivalise à coup d'écran plasma et d'ordinateurs emballés. Là, c'est la salle à manger qui a morflé. Ou la carte bleue parce que c'était les soldes.
A ma droite on ne rivalise pas. Il n'y a pas de file, juste un agrégat humain qui attend. Quoi au juste ?

 

Soudain, un choc sourd me perfore les talons. Je me retourne d'un bloc pour buter sur le sourire d'un employé de l'aéroport.

- Sorry, Ma'am. The line.

La ligne ? Quelle ligne ?

Puis je comprends. L'homme déplace un à un les chariots des passagers pour former une file impeccable. Roulettes contre roulettes, aucun centimètre ne doit se perdre, aucun côté dépasser. Il faut que ce soit droit. Carré. Ordonné avec une précision maniaque.

 

J'approuverais bien si tout autour, ce n'était pas un joyeux bordel d'enfants et de sacs jetés pêle-mêle, la foire d'empoigne de qui arrivera le premier au guichet.

Pour la peine, je vais après l'enregistrement fumer une cigarette. Dehors, avec mon petit sac et mon concombre, en compagnie d'un flic sous un grand panneau rouge : "Dilarang merokok" (Interdit de fumer).


A Manille, j'ai jeté le concombre dans une poubelle. L'importation de légumes étant interdite, je me voyais mal expliquer au douanier l'usage que je lui réservais.

Dommage, j'aurais pu le manger en salade. Ca m'aurait pour un soir changé du riz blanc.

 

Concombre en transit 3

Petite note : il semble que l'accès aux commentaires ait été en rade pendant un moment.

Aucune idée de la raison (overblog si tu m'entends !) mais le problème est apparemment résolu.

Alors, champagne et concombre pour tout le monde ! :)

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Dimanche 28 mars 7 28 /03 /Mars 11:33

Autostop.pngKota Kinabalu, alias KK, Kéké pour les intimes, distille l'ennui discret d'une vieille tante de province. Un peu morose, un peu rancie, pas vraiment désagréable mais sans rien qui accroche.
Ici je suis gagnée par la torpeur, lente cuisson qui me vide de mes forces.
Mais pourquoi donc suis-je si fatiguée ? Je ne fais pourtant pas grand chose. Et c'est sûrement ce presque rien qui m'épuise.
A Kota Kinabalu je surnage sur les rives d'une langueur mêlée de migraines.

Mon corps est dur comme la pierre. Dos, fesses, cuisses, mollets... Leurs contractures résistent aux massages les plus doux comme les plus vigoureux. Sortie hier délassée du salon de beauté, je n'avais pas marché cinq cent mètres que la douleur revenait, ténue puis bien présente.
Raideurs, gêne, plaques d'acier collées à ma chair, et cette envie pressante de m'allonger, là, pour dormir.

A Kota Kinabalu je sillonne les rues tenaillée par la faim. Comme l'an dernier après quelques mois de voyage, ce blocage sur la nourriture : rien ne m'attire, tout me dégoûte. L'odeur des nouilles frites me lève le coeur, la vision des plats de riz me donne la nausée.
Je rêve de mets simples, de tomates mûres à la croque au sel, de fromage frais sur une tranche de pain. Alors je vais au supermarché et je triche. Concombres, processed cheese et crackers en ersatz.
De retour à la guesthouse, je mange en tête-à-tête avec mon assiette. M'arrête quand je pense que c'est assez. Mon estomac ne m'envoie aucuns signaux : il est comme moi, muet.
Je bois, beaucoup. De l'eau filtrée, une belle saloperie de zéros pointés en -ium (calcium, magnésium, potassium), du Coca et des jus de fruits pour compenser.

Je manque de sucre, peut-être. De sucre et de sable, de mer et de plus immatériel. D'énergie et d'amitié, de fous rires et de plongées, de chaleur et de sexe. Voilà longtemps que je n'ai pas fait l'amour, que mon corps n'a pas été touché. Désiré, si, par ces hommes qui me croisent, moi l'étrangère, et s'attachent à mes pas. Me sifflent comme leur chien ou s'exclament à mon passage.
Je ne lève pas la tête. Je continue ma route sans répondre.
Puisque je suis muette, je peux aussi être sourde.

Melancolie malaisienneA Kota Kinabalu je manque de partage mais n'ai rien à partager. Alors je fais comme toujours, le dos rond en attendant que ça passe. Parce que ça passe toujours, bien sûr.
En attendant, je me replie dans ma coquille de Bernard-l'Ermite, livrée à une douce mélancolie.

A Kota Kinabalu je parle dans ma tête. Les voix des amis lointains et des morts me répondent. Je dialogue avec les absents, à moins que les absents ne parlent à travers moi.
C'est parfois tendre comme un vin cuit, brutal comme une rasade de whisky. J'en ai le sourire aux lèvres ou les larmes aux yeux. Et lentement je glisse dans des spirales de musique.

A Kota Kinabalu j'écoute du jazz, beaucoup. Mehldau, Coltrane, Jarrett et Miles. Ascenseur pour l'échafaud, c'était jusqu'à présent Singapour, les longues marches à l'horizon de trottoirs coupés de gratte-ciels. Maintenant, Miles sera aussi un bout de Kota Kinabalu.
Et toujours, à fleur de peau, trois chansons qui me suivent partout.

Demain ailleur
s de CharlElie, le symbole même du voyage, écoutée jusqu'à plus soif en Inde sur les quais de gare, dans les trains en Chine, dans un minivan en Malaisie alors que, dans un ciel d'encre, deux étoiles filantes se croisaient avant de s'éteindre.
Lean to the glass de cette artiste que je découvris sur scène à Paris. Coup de foudre pour sa voix éraillée et ses paroles qui m'évoquent tant :
You're dying to tell me how sweet is that sun
Well... Why don't you tell me how far you've come ? [...]
Don't make me wait on you, it's just to hard to do.
Highway blues, sur laquelle je tombais "par hasard" à l'aube de ma nouvelle vie, allongée sur la banquette du bus qui se dirigeait vers mon île.

Kota Kinabalu est au carrefour de mes routes, un point névralgique de mes souvenirs, une addition de peaux successives moins celles abandonnées en défroques. 
Kota Kinabalu est aussi un contrecoup en brusque descente. Etriquée après les immensités d'eau à perte de ciel, mesquine après tant de beauté, polluée de trop de voitures, de bruits, d'odeurs. Même la mer est ici civilisée, ceinte dans une baie bardée de terrasses et de promeneurs.
Le ponton désert de Mabul Island me revient en nostalgie, comme les plantes de mes pieds nus brûlées par le sable blanc.

Melancolie malaisienne2A Mabul quelqu'un a volé mes chaussures. Elles étaient restées trop longtemps à la même place sans que je ne les touche.
A Mabul je dormais d'un trait jusqu'au matin, rechargée de la nuit.


Seul un bel homme avait le pouvoir de briser mes rêves. Arrivé après moi, il occupait le lit superposé au mien.

Lorsqu'il grimpait à l'échelle pour se coucher, son corps puissant faisait osciller la structure de métal, me roulant d'un bord à l'autre du matelas.

Lorsqu'il s'agitait dans son sommeil, le mince sommier protestait, couinait, menaçait de s'affaisser.


Plus d'une fois je craignis qu'il ne cédât pour le précipiter sur moi, m'écrasant de sa masse, me rompant la colonne et le cou.

Sur moi ou juste à côté dans une étreinte fortuite.
Cet homme se trouve à présent à Kota Kinabalu.
Et moi j'en pars, enfin.

 

 

Dernière photo de Sieff.

Par Chut ! - Publié dans : Voyages, voyages
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Lundi 8 mars 1 08 /03 /Mars 10:54

Tendresse aquatiquePaul me prit dans ses bras. Je frissonnai. Non, je ne frissonnai pas, je tremblai des pieds à la tête, bras et buste agités de soubresauts incontrôlables.
Nous nous écartâmes l’un de l’autre, assez pour que ses bras se dénouent et que je puisse saisir son regard. Bleu marin pailleté de jaune, pétillant, inchangé mais aussi plus sombre, mêlé d’une lueur particulière que j’avais discernée à plusieurs reprises au cours de ces journées.

Paul veillait sur moi. Il n’était pas vraiment inquiet, mais vigilant, attentif à mes gestes, mes expressions et mon regard. J'ignore ce qu’il lut dans le mien à ce moment-là, mais lentement il écarta les pans de son gilet pour que je vienne y nicher mes mains.
Main gauche d’abord en poing compact. Main droite ensuite, doigts un à un étendus à l’aplomb de son cœur. Je le sentais battre à coups réguliers, égrenant les secondes se transformant en minutes.

Deux, trois, quatre… Paul et moi ne pouvions pas bouger. Juste nous déplacer un peu, de droite à gauche, prisonniers de cette corde tendue entre nous. Je frissonnai encore, d’un grand spasme me secouant de l’échine aux talons, me projetant un bref instant vers Paul puis m’en éloignant brusquement.
Mes doigts encore crispés un à un s’allongèrent pour me réchauffer à sa poitrine. Elle resta froide comme mes mouvements ne générant aucune chaleur, aucun répit. Je cessai de bouger pour me faire molle, abandonnée aux caresses et baisers glacés de l’eau.

Paul glissa un bras autour de mes épaules. J’ôtai avec lenteur mes mains pour l’enlacer à mon tour, brûlant de le serrer tout contre moi et pestant d’en être incapable.
Mes mollets remontèrent à ses genoux et suivirent le trajet de ses cuisses. Alors qu’ils allaient étreindre ses hanches, je leur ordonnai de sagement redescendre dans le droit alignement de ma colonne. Mais droit n’était pas le bon mot.
Liée à Paul par son bras qui coulissait des épaules à ma taille, me pressait doucement contre son buste, j’étais courbe ou plutôt courbée, virgule perdue dans le bleu noir immense, attachée à cet homme par la force de ses muscles, de mes doigts entrelacés sur sa nuque et du désir que j’avais de lui.



Tendresse 2Dans cette position nous étions comme à terre. Un homme long, délié, debout face à une femme plus petite et dense, tous deux si proches bien que séparés d’une longueur de main.

Front baissé, je jouxtais le cou de Paul. Menton levé, je touchais sa tête. Nos lèvres étaient alors si près qu’elles auraient pu se toucher.

Elles ne le firent pas. Il y avait entre nous trop de distances impossibles à combler.
Celle de nos combinaisons et de gilets à moitié gonflés, embarrassés de nos tuyaux, lampes, instruments, bobines de fil et couteaux. Celle de nos régulateurs enfoncés dans nos bouches avec leurs embouts de plastique collés à nos dents. Nous aurions pu les enlever le temps d’un très court baiser, certes. Mais là encore se dressait une barrière, cette fois plus impalpable. La retenue de la timidité réciproque sans doute, du savoir sans oser en mince cloison de papier. Un simple geste aurait suffi, je crois, à la déchirer.
Ni Paul ni moi n’en prîmes l’initiative.
La retenue du désir, voire le simple désir lui-même, était ce jour-là bien plus beau, plus intense que son achèvement.

 


En mémoire d'une fin d'après-midi sur épave par 26 mètres,
avec utilisation de torches et d'une ligne de pénétration.
Plongée de plus d'une heure avec palier de décompression de... 24 minutes.

2e photo : DR.
Par Chut ! - Publié dans : En profondeur... passion plongée
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