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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

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Dimanche 20 juin 7 20 /06 /Juin 13:45

Ceinture 4- La ceinture… chuchotai-je.

J’étais attachée aux baldaquins du lit, poignets entravés d’une simple ficelle. J’ignorais où il l’avait dénichée. Dans la chambre peut-être. Ou dans son sac de voyage, duquel il l’avait sortie comme un magicien. Après avoir parcouru tant de distance pour me rejoindre, il avait sûrement pris ses précautions.

 

Si je pesais sur la corde de tout mon poids, elle se romprait et me précipiterait, libre, sur le sommier.

Mais ce n’était pas le jeu.

Aussi m’efforçais-je de garder mon équilibre. Sur la pointe des pieds, sautillante, en tension arquée de la nuque aux orteils, j’avais conscience que cette position faisait se creuser mes reins et saillir ma croupe. Qu’elle accentuait le contraste entre les deux, finesse de mon ventre contre rondeur de mes hanches.

Yeux bandés, je ne pouvais pas le voir mais je savais, sentais qu’il me regardait. Qu’il se repaissait du spectacle de me voir sans défenses livrée à ses caprices.

 

La corde entamait mes poignets. Douce morsure à peine cuisante et pas assez brûlante. J’en désirais une autre, une cinglante pour me punir, m’exciter, me faire jouir.

- La ceinture… murmurai-je encore.

Il n’y eut plus dans la chambre que mon halètement et un bruit d’affaires fouillées. Des sons incongrus d’objets tombés à terre, le zip d’une fermeture-éclair ouverte à la hâte, le froissement de vêtements repoussés à coups de pied. Et enfin, le silence.

- La ceinture ? demanda-t-il.

Aveugle, frémissante, j’opinai de la tête.

- Tu es sûre ? Bien sûre ?

Hésitait-il ou espérait-il que je le supplie ?

- Je ne crois pas, désolé…

Je grimaçai. Il ne voulait plus jouer comme moi je le désirais. Et j’étais déçue, d’une déception au moins égale à mon impatience.

 

Plus d’un an auparavant je l’avais entraîné dans ce jeu, guidé vers mon plaisir en pressentant qu’il pourrait aussi être le sien. Intuition fondée sur des riens, une lueur dans l’iris au détour d’une conversation, une main qui, soudain, ne caresse plus mes fesses mais les brusque.

Le deuxième soir, j’attrapai un foulard qui traînait sur le lit. Bandai ses yeux, attachai ses couilles, marquai son dos de mes ongles, ses cuisses de mes dents. M’amusai avec lui comme un jouet, poupée de chair que j’amenais au bord de la jouissance pour brusquement l’abandonner. Puis, lentement, doucement, je reprenais la torture. Chatte et pute, femme et reine, gémissante et souveraine, attentive à son souffle, ses sursauts, ses cris.

Mes doigts roulèrent un autre foulard en corde mince. J’emmaillotai sa verge et serrai, serrai en l’enfouissant à fond de gorge.

En appui sur les genoux, il chancela, prêt à tomber.

La corde défaite, son sexe était zébré de rouge.

 

CeintureNous inversâmes bientôt le jeu.

De reine je devins esclave, déchue de sa couronne pour plier devant son pouvoir. Empire encore tâtonnant, tant on ne découvre pas sans hésitations un immense terrain de jeu.

Le dernier jour nous ne quittâmes pas la chambre.

 Le lendemain notre séparation se fit sans promesses. Avant que je ne monte dans le taxi, il me serra et me regarda, fort, glissant simplement :

"Prends soin de toi."

Peut-être nous reverrions-nous. Peut-être pas. Le pas était le plus probable jusqu’à ce qu’il prenne l’avion.

Entretemps il était devenu loup. Aussi étais-je déçue, violemment, de son refus.

 

La ceinture me cingla sans prévenir et je criai. De douleur, de plaisir et de gratitude mêlés.

- Silence !

Pinçant ma taille, chatouillant le lobe de mon oreille, il menaça de me bâillonner. Il fallait que je contienne la vague qui montait, que j’endigue le flot de salive qui baignait ma bouche.

Il fallait que je me retienne, sinon il arrêterait. Le délicieux supplice prendrait fin et je me retrouverais, frustrée, seule sur le lit.

Il frappa encore.

Je me mordis les lèvres. Un petit sourire, je l’aurais juré, tordait les siennes.

Il n’eut pas ces mots vulgaires, ces phrases que je déteste mais que - qui sait - j’apprécierai peut-être un jour.

"Tu en veux encore, hein ? Tu mouilles, salope ?" ont sur moi l’effet d’une douche froide. Terminus désir, même si j’ai moi-même pu les prononcer. Je n’étais, je crois, pas une gentille maîtresse.

 

Lardant de flammèches mes reins, ma croupe, mes cuisses, les coups tombaient, drus, irréguliers comme je les aime. En fessée, la prévisibilité me lasse, l’attente suivie de la brutalité me comble. Le creux du rien éveille mes sens, les affûte en les conjuguant à la peur.

"Quand va-t-il frapper ? Où ? Comment ?"

Désirer. Craindre. Fondre. Se raidir. Espérer. Se taire. Supplier dedans mais n’en rien montrer. Ne plus maîtriser, ne plus se maîtriser.

La surprise de la douleur est pour moi partie intime du plaisir. D’un plaisir qui, j'en ai conscience, peut effrayer.

 

Ainsi, une après-midi, je me coulais contre le flanc d’un amant pour chuchoter :

- Spank me hard… I wanna be bruised.

Je me souviens de son regard presque affolé.

Me fesser, il était à la rigueur d’accord. Mais si fort qu’il m’en couvrirait de bleus, cela le dépassait, le gênait dans sa morale de bon garçon.

« On ne frappe pas les femmes, même avec une rose. » Foutaises.

Si je veux la rose, j’en veux surtout les épines. Je veux qu’elles me lacèrent, me fendent, me déchirent. Je veux en hurler, en saigner même. Je veux des traces qui nous unissent, mon amant et moi, en secret.

 

Ceinture 2Bleu, rouge, jaune, couleurs de notre alliance dérobée aux autres, ces étrangers devant lesquels, au café, au restaurant, nous présentons bonne figure.

Pour eux, le gémissement retenu alors que je m’assois ne signifie rien.

Pour nous, il signifie la chambre, l’intensité, la lanière, le claquement, la jouissance.

Ces marques sont les preuves d’un moment qui dépasse le moment. D’un espace retiré où, animaux, vivants, nous fusionnâmes dans la chair et le sang.

Ces marques sont à la fois mes trophées et mes rappels. Ornements dérisoires d’un lien qui fut, inscriptions en espoir d’un lien à venir.

 

- Demain, je ne me servirai pas de la lanière de la ceinture, assura-t-il en me détachant. J’utiliserai la boucle.

Il n’y eut pas de demain.


    Pour finir en violence...

...  et en douceur.

Par Chut ! - Publié dans : Pierrig, près de l'os
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Jeudi 17 juin 4 17 /06 /Juin 17:28

Chez Moi (1)Voilà trois mois que je suis installée chez moi. Chez moi, c’est un bungalow planté sur un terrain en bord de route, défendu par un portail rouge.

Les trois chiens attachés aux arbres ne défendent rien, ils aboient. Pour tout et pour rien. Quand un visiteur traverse la propriété. Quand des enfants les embêtent de l’autre côté du grillage. Quand leur propriétaire leur apporte leur gamelle. Et quand je vais les voir, bien sûr, partageant entre eux caresses et restes de mon frigo.

 

Le premier ressemble à un husky, en plus petit et beige. Le deuxième, grosse boule de poils toute blanche, a une drôle de tête. La faute à ses dents mal plantées qui, lui sortant de la gueule et débordant sur ses babines, lui donnent l’air toujours prêt à mordre.

Le troisième a le pelage ras et la souplesse d’une couleuvre. De tous, c’est le plus bruyant - ce qui explique sûrement que désormais, il est enchaîné juste derrière le portail.

Sa présence n’effraie pas le chat qui chaque soir me rend visite. Yeux d’or et queue cassée, il vient mendier des restes de dîner. Des miettes d’affection dont il se détourne vite pour bondir chez moi, faire le tour du propriétaire et griffer les fauteuils.

- Chhht, dis-je en le chassant.

Il disparaît alors, happé par le noir.

 

Je reviens sur la terrasse, me réinstalle à l’ordinateur, allume une cigarette. Keith Jarrett, Köln Konzert greffée aux oreilles et cou à peine tourné, je vois la maison où j’ai vécu trop peu. Les plafonniers allumés dans le living-room immense, leur éclat blanc filtré par les rideaux fleuris. Les lampes de la minuscule chambre d’enfants ou d’amis, allumant sur la nuit des rectangles incertains.

Un lit, une table, mobilier spartiate sans qu'il y ait la place d'y caser davantage.

J’aimais, le matin, m’asseoir sur le sommier et profiter de la lumière pour me maquiller. Geste féminin et inutile, car bientôt la mer allait me prendre, grignoter la crème, délayer le blush, faire couler le mascara en rigoles.

J’aimais aussi m’étendre sur le lit de la chambre principale, si grand que je pouvais y dormir droite, en biais ou pieds contre le mur, le corps enclos de tous bords.

J’aimais surtout, au retour d’une longue journée, entendre le tintement des clés au fond de mon sac. Promesse de repos pour mon dos fatigué, mes bras fourbus de porter des tanks de plongée, mes doigts abîmés par le métal et la mer. Ongles cassés, jointures éraflées, peau cloquée d’ampoules, je disais toujours non aux femmes de la plage me proposant une manucure-pédicure.

- Un massage suffira, soufflai-je en m’abandonnant à leurs mains expertes avant de rentrer.

La porte de la maison déverrouillée, j’étais chez moi, inaccessible au monde, repliée dans mon havre.

 

Par intermittences, le monde se rappelait toutefois à moi. C’était les aboiements des chiens, les éclats d’une conversation toute proche, des rires, une coupure d’eau. Ici, il faut chaque jour remplir des baquets pour éviter la panne sèche, faire la vaisselle, tirer la chasse des toilettes, se doucher. Et on se lave, souvent à l’ancienne. Godet plongeant dans le seau, incliné à l’aplomb du crâne, souvenir de toute petite enfance lorsque ma grand-mère, courbée, me savonnait à même la bassine.

L’eau du baquet ou du robinet coule, froide, parfois glaciale. L’eau chaude est un luxe ou un hasard. Elle ne vient que si l’eau a longtemps séjourné au creux des tuyaux. Sa température impossible à régler est brûlante, trop chaude pour un jour déjà trop chaud.

 

Chez moi 3Parfois, il n’y a ni eau ni courant. La faute à la dernière saison des pluies pas assez arrosée qui assèche les barrages. Au bungalow, ces journées-là sont difficiles. Vaincue, je sors pour me diriger vers la plage, ses quelques bars et restaurants dotés de générateurs.


Quand je plongeais encore, je remarquais à peine ces temps de disette. Immergée en profondeur, j’avais de l’eau à profusion et nul besoin de courant. Une bonne fatigue, intense, qui me vrillait le corps dès huit heures du soir.

Si je m’asseyais, je piquais du nez. Si je me couchais, je m’endormais.

Combien de fois ai-je sursauté à l’aube, encore habillée de la veille, peau salie de la poussière de la route et cheveux raidis de sel ?

 

Ces matins-là, mon estomac criait famine. Si je n’avais rien dans le frigo, je me précipitais au magasin attenant à la propriété. Achetais des gâteaux, rassis d’être restés trop suspendus, des œufs, des crackers. Des bonbons, des nouilles, n’importe quoi de comestible, même si le poisson séché au réveil, je n’ai jamais pu.

 

Cette minuscule épicerie s’appelle un sari-sari. Aux Philippines, il y en a des milliers éparpillés en bord de route, au voisinage des maisons ou des arrêts de bus.

Un sari-sari offre un peu de tout, des recharges de téléphone aux élastiques, de la Javel au rhum national, le Tanduay, liquoreux comme un sirop et traître comme un coup de machette.

Tout s’y vend, oui, mais à l’unité. Cigarettes, lessive, médicaments ou shampooing sont disponibles à la pièce. C’est sûrement pour cette raison que Madame Figueras, la patronne du mien, m’apprécie beaucoup. A ses yeux, je suis l’étrangère qui ne détaille pas. Celle qui lui achète le paquet pour fumer, le stock de lessive pour nettoyer son linge et le savon entier pour se doucher.


Malgré ses grands sourires, nos rapports sont cependant limités. Dans un sari-sari on n’entre pas. On commande au comptoir lorsqu’il y en a un, debout derrière la grille qui protège la marchandise. Et la tenancière, ouvrant un petit carré mobile percé dans la grille, vous sert avec plus ou moins de bonne grâce. Tout dépend de son humeur et de l’heure. De son envie de fermer ou d’attendre le client.

Les heures d’ouverture ? Elles n’existent pas.

Il est des après-midis où, en dépit de la grille ouverte, je renonçais à me faire servir. Pas le cœur à réveiller Madame Figueras pesamment endormie sur sa chaise.

Il est des soirs où, dès sept heures, des planches doublonnent la grille. La boutique rouvrira plus tard… ou demain, si Dieu le veut bien.

D’autres où, à dix heures passées, le néon est encore allumé. Où la télé braille un combat de boxe ou une série à l’eau de rose. Les Feux de l’Amour philippins attirent leur quota de spectateurs. Assis en rang sur les bancs rouges jouxtant l’échoppe, partageant une bouteille de Tanduay, ils regardent le petit écran à travers la grille. S’inclinent au gré des péripéties pour le voir en entier. Commentent à grand bruit un bon coup de poing ou les amours contrariées de l’héroïne.

Une fois la boutique close, il leur arrive d’être encore là. Ivres mais bon enfant, m’invitant tandis que je passe à partager un fond de bouteille.

- Non merci, dis-je toujours, un sourire aux lèvres pour atténuer le refus.

 

Chez moi 4Depuis que je suis là, les motos-taxis - abal-abal en visaya – ne me demandent plus mon adresse. Dès qu’ils me voient remonter de la plage, ils crient :

« Figueras, Figueras ! Ride, Mâ’âm ! »

Mâ-âm, abréviation de madame, est certainement le mot que j’ai le plus entendu ici. Il accompagne chaque phrase comme une identité. Laisser-passer d’étrangère trop blonde et trop clairs d’iris pour se fondre à la population.

Pour eux je serai toujours l’autre, la blanche, celle qu’ils prennent pour une Américaine avant de me poser la question rituelle :

- What is your country, Mâ-âm ?

Et je clame “France !” à tous les vents, m’étonnant moi-même de me sentir si patriote.

 

Figueras, du nom du sari-sari, est pour mes chauffeurs d’un moment mon adresse, vu que le bungalow n’en a pas. J’habite un endroit qui n’existe sur aucune carte, un lieu difficile à trouver même pour qui en connaît le nom.

Un jour, celui qui allait devenir mon amant voulut me rejoindre, honorant sa promesse de la veille :

- I’ll find you wherever you are.

A pied, en moto, il tourna en vain. La nuit qui nous avait séparés avait gardé son secret, confondant les routes, les maisons, les terrains. A la clarté du soleil tout semblait différent, brouillé dans un même paysage.

 

Il dut renoncer et c’est finalement au bar de la plage que nous nous revîmes.

Le crépuscule était maussade et je portai, je m’en souviens encore, un pull, dérisoire protection de tissu contre ma violente déception d’un rendez-vous manqué. Alors que je le rêvais entre mes cuisses, je le supposais à tort indifférent, peut-être déjà parti.

L’ayant face à moi, étouffant sur la laine, je dus alors m’éclipser aux toilettes pour me changer, troquer ma carapace contre un simple tee-shirt qu’il m’enlèverait plus tard, une fois que la nuit aurait rendu son secret.

- Figueras… Les bancs rouges… murmura-t-il. J’aurais dû me rappeler.

 

Figueras, les bancs rouges… Les vendeurs d'excursions massés à l’entrée de la plage ignorent sûrement mon adresse. Mais depuis que je suis là, ils me reconnaissent et ne me proposent plus leurs services. S’amusent même d’un jeune zélé qui, tout à la joie d’avoir déniché une cliente potentielle, me propose un tour sur les Chocolate Hills.

A leurs yeux je ne suis plus une touriste. Toujours blanche malgré ma peau tannée, certes, mais agrégée depuis le temps au décor.

Il est d’ailleurs plus d’une fois arrivé que mon chauffeur, m’ayant vu transbahuter caisses et bouteilles de plongée de la boutique au bateau, puis du bateau à la boutique, me glisse d’un air complice en démarrant son moteur :

- It was a hard day, Mâ-âm.

Et moi, épuisée, de lui répondre, résistant à l’envie de flancher du nez dans son cou :

- Yes, a hard day indeed… Drive me back home, please !

Me retournant, je regardais la mer disparaître au gré de la route. Me souhaitant chez moi, vite. Fermant les yeux giflée par le vent, m’en remettant entièrement à lui qui savait où j’habitais.

Figueras, les bancs rouges.

 

Depuis que je ne plonge plus, je ne me retourne plus quand on m’emmène. J’ai trop la nostalgie de la mer pour y ajouter, nageoires coupées, ma tristesse.

Vivre à côté et ne pouvoir faire corps avec, voilà mon impatience. Mais si tout va bien, dans quelques semaines je retrouverai le chemin de la boutique. Dos fourbu, ongles cassés et mains blessées, enfin comblée de ma vie, de fatigue et d’aubes nouvelles. Loin des hauts-le-cœur quotidiens, l’estomac révulsé par les médicaments, si près de vomir à chaque fois que je me lève.

Et si tout va vraiment bien, je quitterai enfin le bungalow pour la maison.

 

 

Et cela qui toujours me fait des frissons.

Want more ?

Par Chut ! - Publié dans : Une vie aux Philippines
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Mercredi 9 juin 3 09 /06 /Juin 16:13

Coeur si pres des levres 4 Ether me l’avait souvent répété :

- Dorian est amoureux de toi.

Quand elle disait cela, j’agitais les mains dans un ricanement incrédule, lui affirmait qu’elle se trompait. Dorian m’aimait, certes. J’étais son amie particulière, sa confidente, son soutien dans les jours sombres. Tout cela ajouté du plus d’avoir été amants par le passé, d’avoir eu à nous cet accès que seule offre l’intimité du plaisir.

 

Je savais écouter Dorian, le faire rire, le conseiller et le brusquer parfois, le gêner alors qu’à la terrasse d’un café, je lui narrais à haute voix mes aventures entremêlées de cochonneries.

Il avait alors ce regard que je n’ai vu que dans quelques yeux, ceux de ma mère et de ma grand-mère surtout, tandis que, leur racontant une histoire salée ou un de mes coups d’éclat, elles s’exclamaient :

- Sacrée toi, va !

C’était des mots amusés ou stupéfaits, des mots réservés à une enfant aussi chérie que terrible.

 

D’autres hommes que Dorian se seraient arrêtés à ces provocations, me classant derechef dans une petite boîte. Mais lui me connaissait, savait ce qui se cachait sous l’armure, appréciait mes facettes sans solution de continuité.

Avec lui je pouvais être moi, contradictoire, euphorique ou déchirée, comblée ou malheureuse, pleine d’allant ou de regrets, oublieuse du lendemain comme pétrie des remords de la veille.

Juste moi sans crainte d’être jugée.

Dorian fut d’ailleurs un des seuls hommes de ma vie à rencontrer mon père. A l’époque, celui-ci m’avait proposé un marché : je m’occupais de ses chiens pendant ses vacances et, en échange, profitais de sa maison avec jardin, piscine, des amis si je le souhaitais.

C’est à Dorian que je proposai de venir. Prudente, je fixai une date proche du départ de mon père. Qu’ils soient présentés l’un à l’autre, soit. Mais que cette cohabitation dure davantage que nécessaire, inutile. Malgré son sens de l’hospitalité, mon père n’est pas forcément un homme auprès duquel on a envie de s’attarder.

 

A date dite Dorian débarqua, en voiture et en plein cirque familial. Il eut droit à la visite guidée du domaine, de l’atelier, des voitures de collection et des outils dont mon paternel tire une légitime fierté : lorsqu’il veut poser un parquet, ce ne sont pas les lattes qu’il achète, mais les troncs d’arbres pour les débiter.

A mesure sue l'été s'étirait, mon père repoussait d’un jour sur l’autre la date de son départ. Et d’un jour sur l’autre, le vernis de la bienveillante apparence sautait.

Dorian eut alors droit à ses mauvaises humeurs. A ses jugements péremptoires sur moi et à ses conversations à sens unique. A ses disputes avec Claudine, sa presque épouse, et à ses cris parce que le dîner n'arrivait pas assez vite.

Planté bras ballants au milieu de la cuisine, il hurlait en enfant-roi aux quatre vents :

- Claudine ! Apporte-moi à manger ! Tout de suite ! J’ai faim ! Faim !!

 

Lorsqu’enfin ils quittèrent la maison, Dorian et moi soufflâmes. Rendus à la paix et aux bruissements des jets d’eau du parc, nous passions nos soirées allongés dans l’herbe à discuter. Puis à faire l’amour après qu’il m’eut avoué :

- J’ai envie de toi.

Ce père que je cachais comme une maladie honteuse ne le rebutait pas. Test dont je sortis surprise, peut-être par stupide manque de confiance en lui.

Dorian avait su, d’instinct, faire ce à quoi longtemps je m’étais efforcé : la différence entre mon père et moi, la ressemblance aussi. Nostalgie, entêtement et ligne de mâchoire ne me sont pas tombés dessus par hasard. Et alors qu’au cours de tant d’années je m’étais définie contre, j’entrevis la possibilité de me définir un jour avec.

 

- Dorian est amoureux de toi, me répétait Ether.

J’agitai en réponse les mains dans un ricanement de moins en moins incrédule. Avant de le rencontrer, Ether n’avait que ma version, forcément partiale, de notre histoire. Mais après l’avoir rencontré, ou plus justement nous avoir vus ensemble, restait sa version contre la mienne, un ressenti contre une interprétation à laquelle je refusai de me livrer.

Ma douleur d’alors m’étouffait. Dans ma vie il n’y avait de place pour rien d’autre que mon mal et son possible remède. Rien d’autre hormis un choix terrible auquel j’étais confrontée.


Coeur si pres des levres 6Je tranchai dans le vif.

Bien qu’importants, les sentiments de Dorian ne me concernaient pas. Ils se jouaient si en dehors de moi que je n’y tenais aucun rôle, tout au plus une modeste réplique.

Egoïste, oui, peut-être. Il en allait de ma survie et au fond, je savais. Dorian avait sa vie en Europe. Ses enfants qu’il adorait. Une compagne qu’il n’était pas prêt à quitter.

Aurais-je voulu le rendre heureux que je n’aurais pas pu.

Quoique déchirée, j’étais en partance, cœur en balance mais âme déjà absente, tournée vers une vie nouvelle.

 

Besoin d’indépendance contre besoin d’enracinement, violent entrechoc dont aucun de nous deux ne serait sorti grandi.

Il n’est pour moi aucun bonheur acquis au détriment de l’être aimé. Bien que sublime, le sacrifice de soi est intenable sur la distance. Le nommer amour est un abus, tant il s’agit d’un pillage ou d’une amputation.

Mais si l’amour était, ce soir-là, cet impérieux besoin l’un de l’autre, cette nécessité à ne former qu’un, oui, nous nous aimions. Absolument, sans conditions, avec la même force et la même violence, unis jusque dans la jouissance par un même cri.

Par Chut ! - Publié dans : Dorian, un amour particulier
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Dimanche 6 juin 7 06 /06 /Juin 16:41

Menagere 2Chez  le dentiste, une pile de magazines était posée sur la table basse. J’en pris un au titre familier : Cosmopolitan.

En anglais, version Philippines, mais étrangement semblable à son homologue français, anglais, espagnol ou russe : de la publicité - beaucoup -, des photos de mode, des interviews de stars - asiatiques, pour le coup -, du shopping, des fiches cuisine.

Je le feuilletais en chemins balisés, dans la géographie d’un féminin qui me parut, soudain, tristement prévisible.

À longueur de pages une ode à la femme-belle enveloppe, un appel à la femme-consommatrice, une célébration de la mère-ménagère.

Le journal fournit à ses lectrices leur opium en part de rêve (rajeunir, embellir, rencontrer le prince charmant) et de frustration (tous ces mannequins au physique de rêve, ce luxe inaccessible étalé). Flattant d’une main (« Oui, vous êtes uniques ! »), corrigeant de l’autre (« Masquez vos imperfections, débarrassez-vous de vos capitons ! ») pour faire miroiter la promesse d’une vie meilleure.

Rien de nouveau sous le soleil, en somme.

 

Mais là, ça me hérisse. Sûrement parce que, depuis mon départ, j’ai perdu l’habitude de ces lectures. Qu’elles ne correspondent ni à ma vie, ni à la vision que j’en ai, ni à mes aspirations.

Avant je m’amusais de Cosmo, Biba ou Marie-Claire. Guettais leur sortie en kiosque pour m’en régaler. M'agaçais si un titre de couverture ne tenait pas ses promesses.

Autant dire que souvent, j’étais déçue.

 À la lecture d’une page consacrée au sexe, mon exaspération attint son comble. J’ai oublié le titre de l’article, mais il pourrait être, au choix :

Comment rendre un homme heureux le matin ?

Comment l’attacher à vous ?

Comment vous assurer qu'il ne cavalera pas ailleurs ?

La réponse tient en une ligne - qui fournirait également un bon titre : faites-le partir du bon pied avec la bouche.

Vous n’en avez pas envie ?

Allons donc, faites un effort !

 

MenagereDes extraits d’un manuel scolaire d'économie domestique, publié en 1905 et destiné aux jeunes filles, me revint alors en mémoire.

Sous une forme édulcorée, l’article de Cosmo prolongeait tous les clichés et injonctions d’une éducation pas si révolue :

- l’érection matinale, signe évident du désir masculin à combler et, partant, appel à la docilité féminine ;

En 1905 : « En toute chose, soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites en aucune façon pression sur lui pour provoquer ou stimuler une relation intime. »

« Gard/ez/ à l'esprit que le plaisir d'un homme est plus important que celui d'une femme. Lorsqu'il atteint l'orgasme, un petit gémissement de votre part l'encouragera et sera tout à fait suffisant pour indiquer toute forme de plaisir que vous ayez pu avoir. »


- l’échappée vers la salle de bains pour une toilette pré-coïtale aussi nécessaire que rapide, car monsieur pourrait s’impatienter.

En 1905 : « Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. » 

 

- Les positions à adopter pour éviter d’infliger à chéri les désagréments du matin (entre autres, la coiffure qui ne ressemble à rien) ;

En 1905 : « Si vous devez vous appliquer de la crème pour le visage ou mettre des bigoudis, attendez son sommeil, car cela pourrait le choquer de s'endormir sur un tel spectacle. »

 

En un siècle complet, a-t-on tellement avancé ? Sous couvert de prise de pouvoir au féminin, de femme « guerrière » initiant le rapport sexuel, c’est la soumission qui semble mener la danse, ou plutôt la suivre.

Et cette fausse libération sonne dans ce pays d’autant plus grinçante à mes oreilles.

 

Eternel féminin 2bisAux Philippines, fervente terre catholique, on se signe en passant devant une église. Avant de démarrer sa moto, de prendre sa voiture ou de monter dans un bus.

Parfois, avant le départ du bus, un croyant monte, récite une oraison et fait la quête.

Trois fois par jour, au supermarché, dans les boutiques, les restaurants, la foule tout à coup se fige pour prier.

Jésus et Marie se vendent en statuettes, en colliers, en amulettes, en posters et fonds d’écran pour téléphone portable.

Le divorce n’existe pas, l’avortement est bien sûr interdit, l’éducation sexuelle proche de zéro.

Dans l'épicerie du coin, les préservatifs ne sont pas exposés en rayon mais cachés dans une boîte, sous le comptoir de la caisse.

« Pour ne pas choquer les enfants », m’a expliqué la patronne.

A côté de ça, les enfants se choquent-ils de voir les filles se prostituer dans les bars ? Déambuler au bras d’hommes en âge d’être leur grand-père ?

Les Philippines sont, comme la Thaïlande, une destination privilégiée du tourisme sexuel.

 

Je rejetai en soupirant le magazine sur la table.

C’était mon tour de m'asseoir sur le siège du dentiste.

- Y a du boulot, dit-elle.

- Oh oui… pensai-je. Y a du boulot.

 

 

Le texte original du Manuel d’éducation pour jeunes filles. Lisez, ça en vaut vraiment la peine.

 

Menagere 3FAITES EN SORTE QUE LE SOUPER SOIT PRÊT.

Préparez les choses à l'avance, le soir précédent s'il le faut, afin qu'un délicieux repas l'attende à son retour du travail. C'est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu’ils rentrent à la maison et la perspective d'un bon repas (particulièrement leur plat favori) fait partie de la nécessaire chaleur d'un accueil.

 

SOYEZ PRÊTE.

Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. Soyez enjouée et un peu plus intéressante que ces derniers. Sa dure journée a besoin d'être égayée et c'est un de vos devoirs de faire en sorte quelle le soit.

 

RANGEZ LE DÉSORDRE.

Faites un dernier tour des principales pièces de la maison juste avant que votre mari ne rentre. Rassemblez les livres scolaires, les jouets, les papiers, etc. et passez ensuite un coup de chiffon à poussière sur les tables.


PENDANT LES MOIS LES PLUS FROIDS DE L'ANNÉE :

Il vous faudra préparer et allumer un feu dans la cheminée, auprès duquel il puisse se détendre. Votre mari aura le sentiment d'avoir atteint un havre de repos et d'ordre et cela vous rendra également heureuse. En définitive veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle.

 

RÉDUISEZ TOUS LES BRUITS AU MINIMUM.

Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Essayez d'encourager les enfants à être calmes. Soyez heureuse de le voir. Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire.


Menagere 5ÉCOUTEZ-LE.

Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n'est pas le moment opportun. Laissez-le parler d'abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. Faites en sorte que la soirée lui appartienne.

 

NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS S'IL RENTRE TARD À LA MAISON.

Ou sort pour dîner ou pour aller dans d'autres lieux de divertissement sans vous. Au contraire, essayez de faire en sorte que votre foyer soit un havre de paix, d'ordre et de tranquillité où votre mari puisse détendre son corps et son esprit.

 

NE L'ACCUEILLEZ PAS AVEC VOS PLAINTES ET VOS PROBLÈMES.

Ne vous plaignez pas s'il est en retard à la maison pour le souper ou même s'il reste dehors toute la nuit. Considérez cela comme mineur, comparé à ce qu'il a pu endurer pendant la journée. Installez-le confortablement.
Proposez-lui de se détendre dans une chaise confortable ou d'aller s'étendre dans la chambre à coucher. Préparez-lui une boisson fraîche ou chaude.
Arrangez l'oreiller et proposez-lui d'enlever ses chaussures. Parlez dune voix douce, apaisante et plaisante. Ne lui posez pas de questions sur ce qu'il a fait et ne remettez jamais en cause son jugement ou son intégrité.
Souvenez-vous qu'il est le maître du foyer et qu'en tant que tel, il exercera toujours sa volonté avec justice et honnêteté.

 

LORSQU'IL A FINI DE SOUPER, DÉBARRASSEZ LA TABLE ET FAITES RAPIDEMENT LA VAISSELLE.

Si votre mari se propose de vous aider, déclinez son offre car il risquerait de se sentir obligé de la répéter par la suite et après une longue journée de labeur, il n'a nul besoin de travail supplémentaire.
Encouragez votre mari à se livrer à ses passe-temps favoris et à se consacrer à ses centres d'intérêt et montrez-vous intéressée sans toutefois donner l'impression d'empiéter sur son domaine. Si vous avez des petits passe-temps vous-même, faites en sorte de ne pas l'ennuyer en lui parlant, car les centres d'intérêts des femmes sont souvent assez insignifiants comparés à ceux des hommes.


Menagere 4À LA FIN DE LA SOIRÉE :

Rangez la maison afin quelle soit prête pour le lendemain matin et pensez à préparer son petit déjeuner à l'avance. Le petit-déjeuner de votre mari est essentiel s’il doit faire face au monde extérieur de manière positive. Une fois que vous vous êtes tous les deux retirés dans la chambre à coucher, préparez-vous à vous mettre au lit aussi promptement que possible.

 

BIEN QUE L'HYGIÈNE FÉMININE…

… soit d'une grande importance, votre mari fatigué ne saurait faire la queue devant la salle de bain, comme il aurait à la faire pour prendre son train.
Cependant, assurez-vous d'être à votre meilleur avantage en allant vous coucher. Essayez d'avoir une apparence qui soit avenante sans être aguicheuse. Si vous devez vous appliquer de la crème pour le visage ou mettre des bigoudis, attendez son sommeil, car cela pourrait le choquer de s'endormir sur un tel spectacle.

 

EN CE QUI CONCERNE LES RELATIONS INTIMES AVEC VOTRE MARI :

Il est important de vous rappeler vos vœux de mariage et en particulier votre obligation de lui obéir. S'il estime qu'il a besoin de dormir immédiatement, qu'il en soit ainsi. En toute chose, soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites en aucune façon pression sur lui pour provoquer ou stimuler une relation intime.


VOTRE MARI SUGGÈRE L'ACCOUPLEMENT ?

Acceptez alors avec humilité tout en gardant à l'esprit que le plaisir d'un homme est plus important que celui d'une femme. Lorsqu'il atteint l'orgasme, un petit gémissement de votre part l'encouragera et sera tout à fait suffisant pour indiquer toute forme de plaisir que vous ayez pu avoir.

 

SI VOTRE MARI SUGGÈRE UNE QUELCONQUE DES PRATIQUES MOINS COURANTES :

Montrez-vous obéissante et résignée, mais indiquez votre éventuel manque d'enthousiasme en gardant le silence. Il est probable que votre mari s'endormira alors rapidement ; ajustez vos vêtements, rafraîchissez-vous et appliquez votre crème de nuit et vos produits de soin pour les cheveux.

 

VOUS POUVEZ ALORS REMONTER LE RÉVEIL

… Afin d'être debout peu de temps avant lui le matin. Cela vous permettra de tenir sa tasse de thé du matin à sa disposition lorsqu'il se réveillera.

Par Chut ! - Publié dans : Une vie aux Philippines
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Vendredi 4 juin 5 04 /06 /Juin 20:32

Tendre-est-la-nuit.pngJe me coulai contre lui. Nos lèvres se trouvèrent comme si jamais elles ne s’étaient désunies. Souffles pressés, paupières closes, contre mon nez sa courte barbe rêche et entre nos peaux, malgré nos caresses, cette distance nécessaire aux lieux publics.


Reculant, j’eus alors ce geste si impudique pour moi : yeux rivés aux siens, je passai tendrement la main sur son front, suivit l’arc de son sourcil pour m’arrêter sur sa pommette, épousait sa joue et encerclait son menton. Lentement, à petits chemins, comme un sculpteur aveugle graverait un modèle aimé dans sa mémoire.

Geste apparemment de rien mais qui signifie tout. Le désir comme la peur de perdre, l’amour comme la nécessité de la perte.

 

Il nous restait si peu de temps. Si peu avant l’avion, demain. Si peu avant, le soir même, l’arrivée de Salomé chez moi. Aurais-je été libre que Dorian, attendu pour un dîner, ne l’était pas.

Je lui offris de me rejoindre au milieu de la nuit. Qu’importait la fatigue puisque nous aurions pu être ensemble, une dernière fois, pour quelques heures. Heures peut-être volées à elle, sa compagne, même si à aucun instant, au cours de nos quelques nuits, je ne m’en fis le reproche.

 

Pour moi, c’était des heures que nous nous accordions. C'était notre histoire commencée bien avant elle, un amour juxtaposé à leur relation compliquée, un lien très spécial qui ne la regardait pas et dont, à ce titre, elle semblait jalouse.

Pour le peu que je l'ai vue, elle ne m’appréciait pas, je crois. En retour, je ne l’appréciais pas davantage. Non pour la percevoir comme une rivale, mais parce qu’elle le rendait, lui, malheureux.

Jamais, malgré leurs qualités, je n’ai pu chérir ceux ou celles qui blessaient, ou pire, détruisaient mes proches à petit feu. Accordaient-ils leur permission, puisqu’il n’est pas de victimes sans bourreaux, que cela changeait peu à la donne : les heurter eux, c’était m’attaquer moi.

A ma proposition de me rejoindre, une lueur tremblota dans les yeux de Dorian puis s’éteignit. Il aurait fallu trouver des prétextes. Inventer des excuses. Expliquer ou plutôt mentir.

Certaines absences sont plus justifiables que d’autres. Celle-ci ne l’était évidemment pas. Tout à tour me blottissant dans ses bras et m’en arrachant, je soufflai contre son cou :

- Allons-nous-en.

 

Nous sortîmes de L’Imprévu. La nuit était déjà tombée. Mon dernier crépuscule parisien avait le goût de l’ombre et la chaleur de sa paume. Enlacés, pressés, nous enfilâmes la rue piétonne jusqu’au boulevard en quête d’un taxi.

Plusieurs passèrent sans s’arrêter. Regardant leurs phares disparaître dans la file des véhicules, je songeai aux minutes qu’ils nous dérobaient, si précieuses alors que nous avions déjà perdu tant de temps.

Une voiture stoppa enfin à notre hauteur. Nous nous y engouffrâmes. Je lançai mon adresse au chauffeur, tremblant qu’il ne refuse la course sous prétexte que nous n’allions pas assez loin.

De carrefours en feux rouges, la route jusqu’à chez moi sembla pourtant interminable.

 

Mon immeuble, enfin. Je composai fébrilement le code, écrasant chaque touche de peur d’en rater une. Il arrivait parfois que le mécanisme se grippât pour m’interdire l'accès.

Hall, baisers, deuxième porte, main sous ma robe, escaliers, cavalcade dans les marches, palier, troisième porte. La mienne qui, repoussée d’un violent coup de pied, claqua derrière nous.

A l’entrée du couloir nos manteaux tombèrent. Puis le long des livres nos autres peaux inutiles, traçant du salon à la chambre le chemin rectiligne de notre désir.

 

 

 Parce que ces mots s'accordent à merveille ici et que c'est beau, tout simplement.

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Par Chut ! - Publié dans : Dorian, un amour particulier
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