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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Mercredi 2 juin 3 02 /06 /Juin 17:18

Reflets dans un oeil d'or 1Au creux de la nuit, rêve et réalité se mélangeaient. Je rêvais de lui alors que j’étais à ses côtés. Emergeais du sommeil pour le trouver étendu de biais et replongeais pour le rejoindre.


Nous étions dans un salon de danse. Toute en tentures et parquet ciré, la pièce était longue, imposante, chatoyante des reflets d’un lustre belle époque. Indifférent à ce luxe, mon ventre grondait famine.

Une femme traversa le salon avec un plateau de pâtisseries. J’ai pris une au vol mais m’arrêtai brusquement avant de la porter à mes lèvres. Me tournant vers lui posté en retrait, je demandai :

- On la partage ?

 

Nous n’avions rien mangé depuis la veille. Même pas ouvert le frigo une fois rentrés chez lui, bien après l’heure du dîner. De toute façon, il était vide.

La faim me fit battre des paupières. Oreiller rabattu sur le front, il reposait en silence. J’avais envie de suivre du doigt sa hanche jusqu’à la longue courbe de sa cuisse, ruisselant sur son corps comme l’eau de la douche.

L'eau était fraîche et ses doigts dans mon sexe, brûlants. Je gémis lorsqu’il les retira. Saisissant mes fesses, il me souleva, aussi légère qu'une plume, de terre jusqu’à sa taille. Je l’enlaçai cuisses contre flancs, genoux contre côtes, mollets contre reins, ouverte à ses mains qui, tour à tour douces et impérieuses, me caressaient, me pétrissaient, me fouillaient.

Mes chevilles se posèrent sur ses épaules. Debout dans un miracle d’équilibre, nous tournoyions langues mêlées, dos tendu contre échine pliée, libres acrobates du plaisir, danseurs fous sous les cascades d’eau.

 

Dans le salon de mon rêve aussi nous tournoyions. Sur nous-mêmes puis en larges voltes, attentifs à la musique, unis dans un même mouvement. Ici ou là-bas, nous jouions la même partition, même si nous avions dit que nous ne jouions plus. Du moins plus à ces jeux de séduction qui poussent hommes et femmes à se chercher, s’éviter, se prendre et se déprendre.

Une après-midi, alors que j’étudiais, il passa déposer un baiser sur mon épaule. J’en gardai longtemps et le goût et la trace.

Ce soir-là, lui voulait davantage que le goût et moi que la trace. Aussi, une fois déroulé le chemin de la plage, c’est naturellement que nous enfourchâmes la même moto-taxi. A trois, en parfait équilibre, sa lourde caméra pesant à droite, mon sac à gauche.

Au cours du trajet ses doigts se nouèrent sur ma gorge. Je me lovai contre son torse en souhaitant qu’il serre plus fort.

 

Serrer, le serrer, le toucher, non, pas maintenant. Maintenant ne surtout pas le déranger alors qu’il nous reste si peu à dormir.

Yeux ouverts, yeux fermés. Ouverts ou fermés, il est de tous mes espaces.

Corps diffracté dans mon cerveau, chair éparpillée en miroir.

Je me penche sur son reflet. Il me sourit.

C'est l’aube et en miroir nous sommes, sexe contre bouche, bouche contre sexe.

 

Reflets dans un oeil d'or 2Plus tard, dans la lumière étincelante du matin, je m’arrête, saisie.

Il se tient face à l’évier de la cuisine. La pièce est vieille, le carrelage fané, l’évier jauni. Une batterie de casseroles fatiguées, culs noircis, pend au mur. Le long des étagères s’empile de la vaisselle ébréchée.

Dans ce décor suranné, la lame du rasoir glisse, rapide, sur ses joues. Un miroir placé sur le plan de travail renvoie son reflet. Je le vois tour à tour de trois-quarts, hanches ceintes d’un sarong noir, et de profil, nu à l’exception du tatouage ornant sa poitrine.

 

La juxtaposition temporelle est aussi étrange que poétique. Aussitôt je regrette de ne pas avoir d’appareil pour capturer cet instant-là. Je songe à la photo de Willy Ronis montrant une femme d’un autre temps à la toilette, à cette photo et à sa petite phrase si juste :

« Je n’ai jamais poursuivi l’insolite, le jamais vu, l’extraordinaire, mais c’est ce qu’il y a de plus typique dans notre existence quotidienne. »

 

      Petite musique pour une partition du matin.

La photo est de Willy Ronis.

Le titre est emprunté au roman de Carson McCullers, porté à l'écran par John Huston en 1967.

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Lundi 31 mai 1 31 /05 /Mai 16:40

Le coeur si près des lèvres 3Le whisky de Dorian se réchauffait sur la table alors que mon Coca s'éventait. Il se tenait un peu raide, un bras le long du corps, l’autre étendu sur l’accoudoir du canapé.

Si je renversais la tête, elle viendrait se nicher dans sa paume, en débordant toutefois des deux côtés. Du poignet à l’ongle du majeur, l’exacte mesure de sa main n’était pas mon crâne mais mon sein.

Peut-être jouait-il avec mes cheveux sans que je ne le sache. Peut-être frôlait-il le col de ma robe en songeant à la nuit où, après la fête, il me l’avait ôtée.

Hasard ou coïncidence, cette nuit-là Dorian perdit ses clefs chez moi. Tombées de sa poche, elles roulèrent sous un meuble dans la poussière. Prisonnier dehors une fois de trou de chez lui, il dut sonner à sa porte pour que sa compagne lui ouvre, ce qu'elle fit sans questions ni commentaires.

 

Je songeais au soir d’après cette nuit, ou plutôt aux mois qui s’étaient écoulés entre les deux. Trop de mois et trop de silence.

Peu après la fête, j’achetai à la va-vite un billet pour l’Asie et partis comme on se noie. Droit devant ou tout en bas, arrimée à la vie par un fragile fil d’ancre, maintenue à flots par la bouée de mon intime conviction : il me fallait plonger, descendre dans l’eau trouble comme en moi-même, m’immerger dans la vase de mes contradictions, crever la surface de la marée noire des mots qui m’asphyxiaient.


- Toi, de toute façon, vaut mieux pas que tu aies un gamin.

- Combien d’enfants ? Ah… Zéro. À votre âge, faudrait s’y mettre, ma p’tite dame.

- Si je comprends bien, c’est pas encore cette année que je serai grand-père… Mais qu’ai-je fait au bon Dieu pour avoir des mômes si égoïstes ?

- Tu serais une mère merveilleuse.

- Prends-la dans tes bras, la petite. Ah ah, tu devrais voir ta tête ! Une poule qui a trouvé un couteau !

- Pour ce à quoi ça sert, les gosses… Bébés, ils vous empêchent de dormir, jeunes, ils vous emmerdent et adultes, ils vous quittent.

- Les pères non plus, ça sert à rien. Celui de ma fille ? Un vrai connard.

- Mademoiselle, faites des enfants, ils auront vos yeux.

 

Je devais loin de cette pollution renouer avec mon désir, me tenir à l’écoute de cette voix étouffée qui balbutiait la vérité.

Je voyageai. Plongeai. Profond, sans garde-fou. Que m’importait, puisque j’étais prête à mourir.

Je me lavai les yeux du blanc d’hôpital avec du bleu. Du bleu philippin à perte de mer et de ciels nuageux, d’une beauté torturée à couper le souffle.

Seule sur le pont d’une banka, regardant les îles inhabitées défiler au lointain, j’écoutais La Mélancolie de Ferré en boucle, sans me lasser.

 « C’est un nom de rue où l’on va jamais… »

Cette chanson me parlait du pays que je venais de quitter. Mais aussi de moi, de ma tristesse et de ce goût du plus jamais :

« C’est avoir le noir sans savoir très bien

Ce qu’il faudrait voir entre loup et chien,

C’est un désespoir qu’a pas les moyens… »

 

A mon arrivée à Bangkok, j’achetai un test de grossesse. La pharmacienne me l'enveloppa dans un vilain papier et me le tendit par-dessus le comptoir. Blasée, revêche, habituée à ces touristes prenant leur plaisir sans se protéger.

Ce n'était pas à elle que j'allais expliquer toute l'importance de ce petit paquet froissé.

Sitôt rentrée à l'hôtel, j'urinai mon espoir dans les toilettes de la chambre.

C’était encore trop tôt mais le résultat fut implacable.

Une bandelette.

Négatif.

La nuit le sang coula de mon sexe, tachant ma culotte, le drap, le matelas. Au matin, honteuse de ce corps débordant en ruisseaux, je nettoyai. Au gant de toilette et sans larmes car au fond, je savais.

J’écris à Ether mais à Dorian ne donnai aucune nouvelle. Il me reprocha et eut raison.

J’avais tort. Tort sur toute la ligne biaisée de notre amitié.

 

M'arrachant du passé pour me ramener à l'instant, Dorian me saisit aux franges du remords.

- Je peux te prendre dans mes bras ?

Je lui décochai un regard surpris. Jamais jusqu'alors, il ne m'avait demandé la permission.

 

 

Suite.

Par Chut ! - Publié dans : Dorian, un amour particulier
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Dimanche 30 mai 7 30 /05 /Mai 14:31

Dorian départ 1C'était la veille de mon départ. Je me souviens d'avoir marché au pas de course jusqu'au centre de Paris, stoppant dans toutes les boutiques de téléphone. Personne ne pouvait débloquer pour l'international le portable offert par Ether.


Je me souviens de mon énervement croissant à mesure des enseignes. Du tiraillement contraire qui se saisissait de mes bottes, faisant tour à tour adhérer mes semelles au pavé et résonner de plus en plus vite mes talons sur le bitume.

 

Je voudrais flâner pour profiter une dernière fois d'un samedi parisien, laisser affluer les images d'un pan entier de vie. Je regarde les arbres, les carrefours, les cafés et les boutiques comme si jamais je n'allais revenir. Ce chemin mille fois emprunté est jonché de stations en réminiscences.

Le cinéma où je passais des après-midis entiers, enchaînant une séance après l'autre.

Le bar cosy où je retrouvais parfois Andreadéchirée entre la nécessité de garder mes distances et le désir de lui sauter au cou.

La librairie dont le patron, lorsqu'il me voyait franchir le seuil, me demandait en riant :

- Ce sera quoi cette fois ? Mongolie ou Turkménistan ? Peu probable qu'on ait le Lonely Planet, mais je vous le commande... comme d'habitude ?

 

Je dois me dépêcher parce que je suis en retard. Au bout de mes souvenirs déroulés en ruban, Dorian m'attend dans un café au nom choisi à dessein, tintant comme une promesse. L'Imprévu. Tout en coins et recoins, voisin du restaurant - fermé depuis - où, une éternité plus tôt, nous partageâmes notre premier dîner, il étire deux salles sombres semées de tableaux étranges et de chaises dépareillées.

Un rideau cramoisi bloque le fond de la première travée. Derrière, les violets, les oranges, les rouges éclatent à profusion en une ambiance de fumoir exotique.

Si le lieu est improbable, la carte l'est aussi : en sus des boissons, elle affiche un "renseignement approximatif à prix modéré", un "renseignement précis mais plus cher" et un "câlin du serveur, gratuit mais laissé à sa discrétion, selon la tête du client".

Prenant un jour l'intitulé au mot, je postulai pour un free hug. Le serveur, dont le goût ne penchait manifestement pas vers les femmes, me regarda des escarpins aux boucles d'oreilles avant de m'enlacer.

 

J'arrivai suffisamment à l'heure pour trouver le bar ouvert. Dorian, lui, s'était heurté à sa porte close. Un texto laconique me prévint :
"Suis en face, à La Plage."
La Plage... Pour une femme en partance vers les tropiques, cela semblait prédestiné.
Bar impersonnel. Musique trop forte. Rares clients et serveuses désœuvrées. La Plage n'avait de chaleureux que l'enseigne.

- Partons, proposai-je.

Nous traversâmes la rue. Franchîmes la porte vitrée de L'Imprévu. Le canapé du fumoir était libre. Nous nous y installâmes, poussés l’un vers l’autre par les ressorts fatigués formant un creux. Brusquement gênés, comme intimidés, nous nous taisions.

Trop de choses à dire et des mots qui ne sortaient pas.

Mon départ, le profil de Dorian, ses yeux clairs et une valse d'images voltigeaient, s'entrechoquant sans suite ni logique, juxtaposant les époques, l’ici et maintenant à l’ailleurs du passé.

 

Dorian départ 3C'est novembre et pourtant l'été.

Arrêtés sur un pont, Dorian et moi regardons les parasols des quais de Seine. Citadins en manque de plage, nous descendons jusqu’au fleuve nous mêler à la foule, désespérant de trouver un endroit autre que le bitume pour nous asseoir.

 

Deux places se libèrent soudain. Nous les prenons et je ris. Bien que côte  à côte, nous voilà assis face à face sur un siège en double U inversé, dans une position aux allures de scène d'un film. Celle de la séduction où, au restaurant sur leur 31, les ex-futurs-amants croisent leur bras pour entrechoquer leur verre.

Nous, ce n’est pas une coupe que nous tenons, mais des glaces qui dégoulinent sur leur cornet. Deux boules framboise-fruits de la passion, qu’il a commandées.

 

Nos vêtements légers manquent aussi de la classe de soirée. Robe portefeuille pour moi, chemise légère pour lui, chaussures ôtées et nos pieds nus qui fouillent le sable.

Mes orteils sont poussiéreux, mon vernis écaillé, ma cheville alors vierge de son tatouage. Dorian le suivra du doigt un autre été, sur les bords de Seine encore, n’osant remonter des fourches agressives du trident à mon genou, puis de mon genou à l’ourlet de ma robe rose.

Il est à cette époque des chemins que nous n’empruntions pas.

 

C’est le jour et pourtant la nuit.

Nous sortons d’un restaurant thaïlandais dont le nom nous amuse beaucoup : le Q Bar. Nom d’autant plus savoureux qu’il se tient à côté de… A la Bonne Franquette.

- Ca ne s’invente pas, gloussé-je.

Après la chaleur feutrée des fauteuils et des épices, le boulevard sombre paraît lugubre. Pas un chat alentour, juste des formes endormies sur les bancs du square. Nous longeons le trottoir en titubant un peu, nous heurtant au gré de notre marche.

Je prétexte que je n’ai jamais su marcher droit, ce qui est vrai. Mais la vérité est que nous avons trop bu et que cette ivresse est douce. Et que plus nous avançons, plus nous ralentissons.

 

La station de taxis se profile déjà dans le lointain. Je rentre chez moi où personne ne m’attend. Lui chez lui où sa compagne, endormie, ne l’attend plus, si tant est qu’elle l’ait attendu.

Je raconte des idioties pour reculer le moment à défaut de reculer l’espace. Des phrases sans queue ni tête guillotinées de leur fin. Des blagues stupides et des cochonneries qui mettent Dorian en joie.

Son rire sonore fuse et j’aime ce rire-là. Je lui glisse que dans ses soucis il se fait trop rare, mais je tais la suite. Ivre, certes, mais pas assez pour formuler ce qu'au fond je pense et qui le blesserait.

Un taxi nous lance des appels de phare. Une vitre descend sur un visage réjoui.

- Eh ! Vous allez où, les amoureux ?

- Nulle part, dis-je.

Dorian dépose une bise sur ma joue puis une, maladroite, au coin de mes lèvres.

 

C’est mon corps en bonne santé et pourtant la maladie.

Evanouie dans le métro alors que je rejoignais Salomé, je suis évacuée par les pompiers. Lentement je remonte des entrailles de la terre à la lumière, exposée sur une civière aux regards des badauds. Surprise, compassion, mouvements de recul. Qui sait, je suis peut-être contagieuse…

A l’Hôtel Dieu le mal nommé, la sonde passée dans mon œsophage me relie au mur. Prisonnière de ce fil, je ne peux ni bouger, ni me reposer, ni bien sûr dormir.

Je suis en observation mais, hormis le plafonnier qui m’éblouit, personne ne m’observe.

Une infirmière m’a demandé si j’avais quelqu’un à prévenir. J’ai acquiescé, elle a tourné les talons pour ne jamais revenir. Les portables sont interdits, le téléphone de ma chambre hors service.

Personne ne sait que je suis là. Si je ne sors pas, au bout de combien de temps mon absence inquiètera-t-elle ceux que j’aime ? Je pense que mon indépendance m’isole. Que Salomé, qui m’a attendue en vain avec son bébé, doit être furieuse.


Dorian départ 4Je me sens mieux. Les heures défilent et j’en ai assez. Une tête passe soudain par l’entrebâillement de la porte. On vérifie que je vis toujours ou que je ne me suis pas sauvée.

Avant qu’elle ne disparaisse, j’ai trois secondes pour hurler :

- Je veux sortir !

La tête hésite. Elle va feindre, à coup sûr, de n'avoir rien entendu. Je répète, plus fort :

- Je veux sortir ! Sortir !

 

L’infirmière vient. Le médecin d'astreinte aussi. A deux ils me servent les mots qu’on adresse à une enfant rebelle.

- Non, enfin, pas question de quitter l’hôpital. Nous ignorons ce que vous avez. Et vous vivez seule, c’est dangereux. Qu’arrivera-t-il si vous perdez conscience ? Qui alertera les secours ? Soyez donc responsable ! Raisonnable !

Je signe une décharge.

 

Dehors, il pleut. Je ressuscite. Bras en croix, tête vers le ciel, je laisse l’eau tremper mes cheveux, mon visage, mes vêtements.

- Faut vous abriter, mademoiselle. Vous allez attraper la mort.

Le taxi compatissant me ramène à la maison. Le temps de me traîner sur cinq étages, il est une heure du matin.

Je suis épuisée. J’ai peur. Malgré mon entêtement, le médecin a réussi à m’effrayer.

A qui donc puis-je téléphoner si tard ? Qui m’écoutera sans en faire un drame ? Viendra vite si j’en ai besoin, tout en respectant que pour le moment, je préfère être seule ?

C’est Dorian que j’appelle. Sous sa garde, même lointaine, je me sens protégée.

 

 

Parce que ceci va si bien avec cela.

Et la suite.

Par Chut ! - Publié dans : Dorian, un amour particulier
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Vendredi 28 mai 5 28 /05 /Mai 17:50

Soleil traitre 2L’aube filtre entre les rideaux jaunes.

C’est une journée sans un souffle de vent qui s’annonce. Encore une de plein soleil, privée de nuages à l’horizon du bleu.

Le ventilateur brasse un air surchauffé, plus dense que du mercure.

Déjà trempée de sueur, je m’éveille la gorge sèche. Mon bel amant dort à mes côtés. Paisible, tranquille, sur le dos, tout droit, ses longues jambes dépassant du lit jusqu’à toucher le mur. S’il bouge, il percutera l’armoire.

Le monde est si petit que je me cogne aux bords. Ma chambre est un mouchoir de poche dont il touche l’ourlet.

 

Le drap roulé sur son corps nu cache son nombril et son sexe.

Je pense aux statues antiques, aux Apollons de marbre gainés de feuilles de vigne. Au David impérieux, debout à Florence, autour duquel je tournais émerveillée comme une terre promise. A Adam qui, né de la glaise, ne devait pas avoir de nombril non plus.

Je me dis que ce matin, dans cet air rare et ce soleil frémissant, nous pourrions être le premier homme et la première femme du monde. Mais que je m’appellerais non Eve mais Lilith, parce que j’ai trop vécu pour être encore vierge.


Quatorze ans nous séparent.

Au temps de mes premiers amants, il vagissait. De mes premières cigarettes, il tétait encore son pouce. Et lorsqu’il traînait en couche culottes, je traînais déjà dans les bars.

Comparée à lui je me sens vieille, presque usée. Rides en plus et bleus à l’âme contre insolente jeunesse. Suprême ironie pour moi qui ai depuis l’adolescence préféré les hommes de la bonne trentaine.

Lorsque j’en parlai un soir à Yuri, il éclata de rire :

- Tu es dans un pays où les échappés de l’hospice fraient avec des minettes de l’âge de leur petite-fille. Cesse donc de te poser tant de questions. Profite !

 

Profiter, oui. De tous mes yeux sur son visage qui a la candeur de ses rêves.

« You’re so innocent when you dream… »

Tom Waits me revient en refrain. Encore un chanteur qu’il ne connaît pas, comme Lou Reed qui a pour lui des airs de dinosaure.

« Magician, magician, take me upon your wings /.../

I want to count to five
turn around and find myself gone
Fly through the storm

and wake up in the calm... » 

Il rate pourtant quelque chose.

 

Will 3 Lors de notre dernier après-midi sur la plage, il me surprit le regard dans le vague.

- À quoi penses-tu ?

Il était décidément trop jeune pour savoir que cette réponse n’appelle qu’un seul mensonge :

- À rien.

En vérité, je pensai à l’homme remarquable qu’il deviendrait.

À la femme qu’il aimerait alors.

Et j’étais jalouse de celle que je ne serais jamais, de ce futur que jamais je ne partagerais.

 

Dans son sommeil sa main se pose contre ma cuisse. La chaleur de sa paume par-dessus la fournaise de la chambre devrait me pousser à m’écarter.

Mais non. C’est me rapprocher que je veux, me lover au plus près de lui, le respirer et le boire encore.

Certaines peaux, très rares, me déclenchent un besoin impérieux. Réaction chimique qui affole la boussole de mes sens, bonbon-cocaïne qu’il me faut sentir, toucher, mordre, lécher.

Privée d’elles, je suis comme privée de moi, rendue à une solitude difficile à supporter.

Sa peau à lui, je n’étais pas la seule à l’aimer. Les fourmis aussi l’adoraient. Alors que notre groupe discutait au restaurant de la plage, il était le seul à être colonisé. Tombées des arbres, montées à l’assaut du sable, elles le fouaillaient pour s’en délecter.

- Mais vous n’en avez pas, vous ? questionnait-il incrédule.

Un par un nous secouions la tête.


Une matinée de soleil, allongée sur une serviette corps pressé au sien, doigts sur ses flancs, nez sur la ligne fragile de ses cheveux blonds et de sa nuque, j’eus l’excuse au bord des lèvres :

- J’aime trop ta peau pour m’en séparer… M’en veux-tu ?

Evidemment, il ne m’en voulait pas. Il devait juste me trouver étrange à le renifler, femme gorgée de soleil soudain changée en chiot, jappant de plaisir contre son cou.

Il avait l’odeur de lui. De sexe musqué et de sel marin, de pain fraîchement cuit et de lessive en plein soleil. De propre alors qu’il était sale, pressés que nous étions de filer à la plage après notre nuit d’amour.

 

Vulnerabilite 3Au soir d’avant la dernière nuit, une fois ôtées nos gangues de tissu, il avait murmuré :

- What about a shower ?

J’acquiesçai d’un oui qui disait non.

C’est lui que je voulais goûter et non un insipide savon. Il vint dans ma bouche et je l’embrassai, partageant entre nos lèvres le goût de sa semence.

 

Lorsqu’il partit, il me proposa de le rejoindre quelques semaines plus tard. Ne me dit pas « adieu » mais « à bientôt ».

Je souris de ce mensonge qu’il prenait pour une vérité.

Il traversa le jardin une dernière fois.

Je l'épiai à travers les rideaux jaunes. Désormais seule dans la petite chambre, rendue à moi-même, je me sentais triste, fatiguée, vide.

Je partis plonger. Une fois remontée à la surface, j’étais lavée de lui, de son odeur et de sa peau.

Seul reste son souvenir inoffensif alors que, dans ses bras, je fus si vulnérable.

 

 

 

Tableau de René Magritte. 2e photo de Sarah Moon. 

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Dimanche 23 mai 7 23 /05 /Mai 15:30

Rien de graveQuand c’était comme ça, ma mère me disait :

- Tu en tiens une bonne couche.

La formule m’agaçait autant que l’empathie dans son regard. Et je grommelais avec des b à la place des m :

- Boui, bon… Chui balade, baban.

Depuis plusieurs jours, je suis malade, en effet. Je dirais bien comme un chien si ça pouvait empêcher ceux de la propriété d’aboyer cinq minutes. Ou les aficionados du karaoké voisin de brailler des chansons ineptes, le plus faux possible (depuis que je suis ici, je suis d’ailleurs d’avis d’interdire cette distraction à ceux qui ne savent pas chanter, mais personne ne m'écoute).

Les uns comme les autres, ils tiennent la forme. Olympique, même, pendant que je me traîne misérablement.

 

Et voilà, encore une expression d’enfance :

"Arrête donc de traîner ta misère !"

Arrêter, je voudrais bien. Pour un instant cesser d’avoir mal, comme si toute mon existence s’était retranchée dans mes sinus malmenés. Le paracétamol me fait autant d’effet que des carrés de sucre. Je porte ma tête comme un roc fissuré sous des coups de piolet, faisant surgir à contretemps les larmes de mes yeux.

 

- Are you crying ? m’a demandé ce matin mon voisin anglais.

- No, I’m sick. Still.

Il a levé un sourcil avant de me proposer un café. Lorsque j’ai éternué dans la tasse, il s’est reculé poliment.

Faut dire que le nez bouché et la plongée, ça fait mauvais ménage. D’ailleurs, je ne plonge plus, je comate. A longueur de journée vautrée sur des coussins dans la fraîcheur illusoire du ventilateur, à me bassiner les tempes au baquet d’eau froide.

La fatigue me rend plus vulnérable, plus perméable encore au temps perdu de mon enfance. Nul besoin de gratter les couches du souvenir pour le retrouver, elles remontent toutes seules par bribes, images, pans entiers.

 

C’est l’après-midi mais les volets de ma chambre sont tirés. La lumière vive me fait trop mal aux yeux. A côté de moi, un soleil inoffensif. Pourpre, il est composé de brins de laine que ma grand-mère a patiemment disposés sur un canevas. Elle ne devait plus avoir assez de jaune pour le ciel, alors elle l’a mélangé de vert pâle. J’aime bien, même si le coussin, trop rembourré, m’interdit d’en faire un oreiller. A défaut, je le pose à côté du mien, sur le couvre-lit en crochet crème et les couvertures bien tirées.

Ciel et herbe mêlés, contact rêche sous mes doigts, cadeau de labeur et d’amour rien que pour moi.

 

Ce que personne ne sait, c’est que je roule des bouloches de laine pour les enfouir au creux du troisième rayon. Impossible d’expliquer pourquoi leur présence me rassure. Elle me rassure et c’est assez. Je suis une enfant de rituels qui n’a pas besoin d’explications.

Comprendre ce besoin d’ériger des objets, des signes en paratonnerre à angoisses, cela viendra plus tard. Encore allongée, mais sur un divan, pas dans ce lit-bateau où, petite chouette tombée du nid, je transpire ma grippe dans mon pyjama.

 

Ma mère a sorti le jeu de l’oie de son enfance à elle. Bien qu’il me paraisse un peu vieux, j’aime ses dessins à l’ancienne mode, ses consignes à moitié effacées. Les mots manquants sont mes alibis pour tricher :

- Il y a bien marqué « avancer de trois cases », maman ?

Le mot commence par « rec » mais ma mère approuve. Aussitôt prise de remords, je corrige en toussant :

- Mmmh… Je crois que je dois reculer, en fait. Ah zut, je tombe sur la case prison.

Ma mère m’embrasse dans un élan de tendresse. Elle n’a pas peur de mes microbes. Mes microbes, elle leur déclare la guerre à coups de gouttes homéopathiques et de breuvages bizarres. Et quand ni l’un ni l’autre ne suffisent, elle implore.

Le dieu de la maladie, s’il existe, de me laisser tranquille.

La douleur de passer de moi à elle, pour la supporter à ma place, la prendre et la réduire. Parce qu’elle m’aime jusqu’au sacrifice, que je suis son enfant unique, sa chérie, sa prunelle, plus précieuse que sa vie même.

 

Rien de grave 2Une nuit, le tympan droit déchiré par une otite fulgurante, je me mets à crier.

Ma mère affolée accourt.

- Qu’as-tu ? Que se passe-t-il ?

Incapable de parler, je désigne mon oreille en hurlant. Elle me relève sur les coussins. Me cajole, m'apaise. Me donne des cachets, des infusions.

Le mal ne cède pas. En désespoir de cause, elle a recours à un remède de grand-mère : des oignons bouillis dans un gant de toilette.

- Donne-moi ta souffrance, donne-la moi, je t’en prie !

Au petit matin, je ne sens plus rien, hormis sa chaleur. Nous nous sommes endormies joue contre joue.

 

Les chiens se sont tus, les aficionados du karaoké aussi. Il ne reste en moi que la douleur tenace d’un mauvais rhume et le silence des souvenirs.

Mais je sais qu’elle est là, tout près.

Et que dans mon sommeil ma joue vienne caresser la sienne.

 

 

Musique de circonstance, de lui qui me berce si souvent.

Par Chut ! - Publié dans : Une vie aux Philippines
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