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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Mardi 4 mars 2 04 /03 /Mars 00:36
Premier baiser, premières caresses, premier doigt qui se glisse à l'intérieur du sexe, première pénétration, premier plaisir, premier orgasme...
Une vie sexuelle comporte beaucoup de premières fois.
Chacune est un cadeau que le partenaire n'apprécie pas toujours (hélas !) à sa juste valeur.
Mais ce qu'on a donné, ou ce qu'il a pris, ne pourra jamais être rendu.

Lorsque l'acte coïncide avec le désir, c'est de peu d'importance.
Lorsqu'il coïncide avec l'amour, c'est le paradis.
Mais lorsqu'il ne coïncide avec ni l'un ni l'autre,
ce n'est qu'un acte.

Finalement, qu'est-ce qui compte : la première fois sur laquelle on ne peut revenir, faute de remonter le cours du temps ? Ou la première fois sur laquelle on ne voudrait pas revenir, même contre une montagne d'or ?
Sans hésiter, je choisis la deuxième solution.
Certaines de mes premières fois ont été des secondes fois, des troisièmes, des dixièmes... ou des énièmes fois.

De plus, avec l'âge qui avance,
l'expérience croît et les chances d'être le premier s'amenuisent.
Mais avoir la primeur d'un acte, d'une pratique, est-ce là l'important ?
D'un côté, oui : on se dit qu'ainsi, on imprime sa marque sur l'autre.
Nous voilà donc dans le rôle de l'initiateur, condamnant le suivant à repasser sur nos traces. Et tant pis s'il les prolonge ou les grave plus profondément, peut-être mieux : la voie est déjà ouverte.
Par nous.
Fierté du défricheur. Narcissique mais tellement compréhensible.
Qui, même l'espace d'un court instant, n'a jamais eu envie de marquer un être pour toujours ?

D'un autre côté, non : le don de soi ne dépend pas de la répétition.
Si c'était le cas, il faudrait se limiter à une unique fois. Refuser les autres nécessairement moins fortes, moins savoureuses, moins jouissives.
Faux, évidemment. Restrictif, sûrement. L'essentiel est que l'on se livre, là, en oubliant tout. Le passé, les autres, l'expérience... On s'en balance.
Le "déjà fait" n'est pas un programme de cases cochées ; le "à faire" pas une suite de rubriques en attente d'être remplies.
L'essentiel est l'instant, son souffle, sa magie. Tellement plein et décroché du reste qu'il ne souffre aucune mesure, aucune comparaison.


À ce titre, quand on aime, c'est toujours la première fois.
Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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Samedi 1 mars 6 01 /03 /Mars 23:38

Désirer et être loin. Tendre les bras et ne pas étreindre. L'absence est une brûlure tour à tour tendre et cuisante, apprivoisable ou insupportable. Un mouvement de bascule continu, entre douce torture et supplice chinois : la goutte qui me rafraîchit le front finit par le perforer. Incrustée dans ma chair comme mes pensées dans mon cerveau.

Et dans mes pensées, il y a toi. Ton sourire, tes mains, tes yeux d'ailleurs, ton demi-sang dans le mien. À fleur de peau, accordés, battant au même rythme.
Ce rythme, c'est le nôtre... ou peut-être le mien seulement, parfois.
Va savoir, tant le doute s'insinue au travers de mes certitudes, affolant la boussole de mon intuition.

Alors que je te crois marcher à tes côtés, n'es-tu pas en retrait ? Glissant dans un espace retranché, une anfractuosité de roche où j'aimerais me couler sans pouvoir t'atteindre, parce que malgré toi, tu t'y es emmuré ?

Dans l'absence, parfois, on se figure tout. Le moindre (non-)événement devient un cataclysme. La moindre incompréhension un mur à déconstruire pierre après pierre, privés de l'essentiel : l'expression, les gestes, le regard. Ta main qui se pose sur ma joue pour me réconforter, tes baisers qui effacent ma peur de la distance, de l'impuissance, de la perte.
Puis notre lien se tend à nouveau, chassant les malentendus. Les mots qui coulent de tes lèvres ferment celles de ma brûlure en cicatrice invisible.
Tes mots, mes mots. Prononcés, écrits, tus aussi. Nos blancs, nos ellipses en disent souvent plus longs que nos discours.

Pour moi, ton absence est duelle. À la fois pleine et vide, remplie de tes phrases mais retirée de ta peau. Et ce vide même est certains soirs une brûlure.
Je pourrais m'en défendre que cela n'y changerait rien. Je pourrais le nier que je mentirais : de toi, de si peu et de tant, je suis marquée. De fer rouge et de cuir. De grogs au rhum et de hot-dogs (cela, toi seul peux le comprendre, et je te vois déjà sourire).
Dans l'attente du tien, mon corps se creuse, mon sexe te réclame. Béant d'être comblé. Remplie de toi jusqu'à en jouir, enlaçant les oreillers qui miment si bien les courbes de ton dos.

La brûlure 3Le corps ici, l'esprit ailleurs, je vis désormais coupée en deux. Partagée entre l'espace que j'occupe et celui dont je rêve.
Un pied dans le quotidien, un dans l'imaginaire.
Une main dévouée au travail, l'autre au plaisir. De celle-là je me caresse et te dessine toi, chantier de mes rêves, en perpétuelle construction dans ma tête. Toujours recommencé et jamais achevé, tant tu te livres et tu m'échappes.
Ciment sous mes paumes et sable entre mes doigts, si solide et fragile à la fois.


Ce soir encore, j'irai me coucher seule. Mais ce soir encore, je visiterai t
a chambre. Ses carreaux de mosaïque détachés sur le carrelage blanc de l'absence, son rideau ouvert sur le théâtre de mes fantasmes... ou des nôtres, si privés et si partagés.
Lentement, comme une ombre, je m'approcherai du lit où tu es couché. Pousserai ton corps qui repose de biais ou me loverai dans la place que tu laisses pour ne pas te déranger. Te rejoindrai pour faire l'amour ou dormir. Pour me soumettre à toi ou te dominer.
À moins que ce ne soit l'un puis l'autre... ou aucun des deux.
Qu'importe l'ordre, qu'importent les actes, seul le moment compte.
Ce moment où les contraintes se taisent, où les barrières s'abattent. Ce moment où notre seule fantaisie nous mène.


L'absence a beau me blesser, elle est nécessaire. Oscillant entre poison et remède, entre douleur du manque et nécessité de la séparation. Car si elle ne nous était pas imposée, sûrement la demanderions-nous : pour qu'il y ait une suite, encore faut-il avoir tordu le cou au passé, aux histoires qui nous alourdissent. À leurs échecs qui lestent nos valises, à leurs spectres qui se logent dans nos placards.
Il est des deuils dont on ne peut faire l'économie.
Des impasses dont on ne peut se détourner qu'en s'y enfonçant, au risque de se faire égorger.
Se perdre soi, et du même coup perdre l'autre, tel est l'enjeu terrible et inévitable : se placer au pied du mur pour éviter de se faire
rattraper au tournant.
Le "déchoisir" est une douleur, mais aussi une condition de libération.

undefined Une fois passés par tous les cercles de l'enfer (et Dieu sait combien il compte de kilomètres...), nous pourrons enfin nous choisir. Pleinement et non par hasard, simplement parce tu as croisé ma route et toi la mienne, et que le désir s'en est mêlé.
Nous choisir en toute connaissance de cause, pour ce que nous sommes : imparfaits, fêlés, brûlés mais pas encore calcinés.
Ta brûlure n'est pas la mienne et je ne prétends pas chasser tes ombres.
Si je les apprivoise, c'est déjà beaucoup.


Ton absence me brûle, certes. Mais pour rien au monde je ne troquerais ma place.
Si tu es en retard, je t'attendrai.
Parce que c'est toi. Parce que c'est moi et que sous le signe du lien je me suis placée.

L'image à elle seule est un symbole. Mais cela, tu l'avais déjà deviné... n'est-ce pas ?

 

 

Photo de Jan Saudek, Deep Devotion.

Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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Jeudi 28 février 4 28 /02 /Fév 18:56
La vie est tissée de rencontres.
La plupart ne nous marquent pas : ce sont des gens qu'on croise ou qu'on nous présente. On discute un moment, on boit éventuellement un verre. On accroche plus ou moins, puis on oublie.
Ce qui, quelques semaines plus tard, donne à peu près ça :
- Salut, Chut ! Tiens, hier, j'ai revu Truc.
- Truc ? Mais qui c'est, Truc ?
- Tu ne te souviens pas de lui, vraiment ?
- Minute (réflexion intense)... Ah, le gars au bonnet ridicule en peau de zébu, qui collectionnait les boîtes à camembert ?
- Non, non, son copain !
- Euh... Très vaguement. Et même de si loin que j'aurais juré qu'il n'était pas là.

D'autres rencontres nous donnent envie de creuser davantage. La personne en face nous intéresse, nous intrigue, nous attire. Un bon feeling qui nous pousse à
ne pas nous arrêter au superficiel, à en savoir plus, à désirer un début d'intimité.

On sent, on est même certains qu'on pourrait devenir ami(e)s... voire plus si affinités.
En dépit de notre envie, les circonstances ne s'y prêtent pas toujours. La faute à cette vie mal fichue, à son déroulement chaotique, à son timing désynchronisé  - cause de bien d'histoires d'amitié ou d'amour avortées, il paraît... :).
Sans compter que, de son côté, le temps fait parfois défaut. Chacun est absorbé par son travail, ses problèmes, ses loisirs, ses sorties, sa famille, son propre cercle de connaissances. Les quelques rendez-vous prévus sont reportés, puis plus d'actualité ;
les semaines défilent sans qu'on reprenne contact.
De fil en aiguille, le lien distendu finit par se rompre.
Souvent, on se le reproche. Si au lieu de traîner chez soi, on avait décroché le téléphone... demandé des nouvelles,
causé au répondeur... Mais l'autre aurait également pu en prendre l'initiative, non ?
Et même s'il la prend, encore faut-il attraper la balle au bond :
- Ça n'a pas l'air d'aller, on en parle ?
Rédigé quinze jours après,
ce message n'a aucun sens. Pire, il sonne comme une insulte ou une hypocrisie : tes soucis, je m'en cogne. La preuve : il m'a fallu deux semaines pour m'y intéresser.

La certitude d'être passé à côté de quelqu'un pour de mauvaises raisons est
désagréable, pénible ou très douloureuse. Allant de la nostalgie aux regrets, selon ce que l'on en espérait. De la résignation douce à la brûlure cuisante. De l'acceptation forcée à la révolte.
- Pourquoi, mais pourquoi ?

Puis le temps, encore lui, rogne les échardes, polit les angles aigus de la douleur. Petit à petit, les sentiments s'atténuent. Et une fois en bout de course, se déposent dans notre petite boîte noire, étiquetée "peut-être mais non", "dommage mais tant pis".

Enfin, il est des rencontres rares. De celles qu'on a longtemps espérées mais sur lesquelles on a tracé une croix. Parce qu'elles semblent hors de portée, illusoires... ou réservées aux autres. Ou que, cabossés par la vie, on en a rabattu sur nos prétentions.
Lassés de rêver les yeux ouverts. Lassés de rêver tout court.
Ces rencontres-là, on ne les attend tellement plus qu'on ne se les souhaite même pas. Trop dangereuses, trop dérangeantes, trop risquées.

Puis un jour, sans crier gare, une rencontre de ce type nous tombe sur le coin du nez.
Déverrouillant les émotions enfouies, pulvérisant la pellicule de glace qui nous protégeait, ouvrant la porte à la surprise, à la confusion, à la panique.
"Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Aïe aïe aïe, je vais m'en prendre plein la gueule..."
Peut-être, mais comment reculer ?

L'autre est là, en face. Et très vite, forcément trop vite, il emplit notre tête,
notre corps, notre esprit, notre peau. Saturés de ce trop, mais avides de le boire encore, et jusqu'à plus soif.
Prudent, notre instinct nous prévient :
"Cet autre-là est dangereux, tire-toi."
Et en parallèle, une petite voix têtue nous souffle :
"Toi et moi, on a beau se connaître à peine, on a beaucoup à partager."
Illogique, bien sûr. Mais aussi absurde qu'animal, intuitif. Une révélation de l'ordre de la reconnaissance, voilée
de la peur d'abattre le masque, de la conscience aiguë du ridicule et de la trouille de la non-réciprocité.

Qu'advient-il de ces rencontres si spéciales ? Je l'ignore et ne veux tirer aucun plan. Car là comme ailleurs, la loi du général ne s'applique pas au particulier. Impossible de prédire la suite pour se ranger dans une case... surtout lorsqu'elles ont toutes éclaté.
Je sais juste ce que je souhaite que cette rencontre devienne. Et qu'il le souhaite aussi.
Pour le moment, c'est assez.
Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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Mercredi 27 février 3 27 /02 /Fév 02:19

Il y a bien longtemps, et sur un ton plutôt mélodramatique (mes excuses aux amateurs de sa poésie), un certain Alphonse se demandait :

- Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?
Pour moi, la réponse est claire : non, à part celle que nous, nous y mettons. 
Cette petite partie de nous que nous déposons en eux - ou dont nous les chargeons - pour leur donner un sens.

Si les objets nous "parlent", c'est forcément par notre bouche.

Des objets, j'en ai en quantité chez moi.
Achetés parce qu'ils me plaisaient, comme cette statue chinoise pour laquelle j'ai eu un vrai coup de foudre : une silhouette épurée qui prie, les bras joints, assemblés en une seule vague.

À peine aperçue dans une vitrine que je la voulais, sans savoir où la mettre.
Mon appartement n'est pas si grand, il est même petit...

Tant pis, il me la fallait.

J'ai quitté le magasin heureuse, avec sous le bras la statue enveloppée d'une triple couche de papier bulle.
Après beaucoup d'hésitations, je lui ai assigné sa place : sur la cheminée, pour la contempler lorsque je travaille. Mais un jour de ménage trop énergique, je l'ai bousculée et cassée en deux. Puis j'ai hurlé très fort avant de la recoller avec soin.
Ouf, la fracture se voyait à peine.

Pour qui la regarde sans s'approcher, elle est même indiscernable. Mais moi, je sais qu'elle est là. Et cette brèche me rappelle ma colère de ce jour-là, mes doigts englués dans la super glu et le téléphone qui n'arrêtait pas de sonner sur mes "putain de bordel de merde !"

D'autres objets ont été glanés au cours de mes voyages. Boîtes, tampons sculptés dans le bois, affiches, figurines, lampes... En général petits et légers, parce que je dois les caser dans mon sac à dos sans trop l'alourdir.
Une fois dans mon appartement, en prendre un entre mes doigts, c'est me rappeler l'Inde, la Chine, le Mexique, la Thaïlande, le Myanmar... Tous ces pays où j'ai traîné mes semelles et qui me manquent tant en France.
Ma mémoire, précise, peut presque resituer pour chacun le "où" et le "quand" :
C'était à ..., un jour de pluie ou de soleil.
Souvent, je me rappelle la vendeuse et son étal, nos éclats de rire alors que nous marchandions.

Et le moment où, au retour, j'ai sorti avec nostalgie l'objet de mon sac.
- Ah, tu es là, toi ! C'est vrai... avec tous ces kilomètres, je t'avais oublié...
Ces objets me rattachent à des trajets, à des terres lointaines. Même tassés au fond d'un placard, ils sont ma part d'ailleurs.
Ici mais aussi là-bas, en simultané.



Symbolique des objets2D'autres, encore, m'ont été transmis par ma mère, en héritage. Qu'elle les ait elle-même achetés ou en ait été la dépositaire, ils sont ma part de souvenir.
Je les ai vus pendant des années chez elle, il sont à présent chez moi,
semés pour la plupart au petit bonheur la chance en fonction de leur taille.

Continuité entre nous, fil blanc qui nous relie.
Pour marquer ce lien, je porte toujours sur moi quelque chose qui lui appartenait. Un vêtement, une ceinture, un bijou.


Ainsi, depuis plus de deux semaines, un bracelet en argent n'a-t-il pas quitté mon poignet.

Lui, je lui voue une tendresse particulière : j'aime sa forme spéciale, très rétro aujourd'hui, parce que les modes ont changé.
Adolescente, je le piquais ma mère
dans le tiroir de sa table de chevet. Puis le remettais vite, avant qu'elle ne s'en aperçoive.
Parfois, c'était moins une :
- Je ne comprends pas, ce bracelet devrait être là... Tu ne l'as pas vu ?
- Non !

Tous ces objets ajoutés à ceux, utilitaires, du quotidien, aux cadeaux de mes ami(e)s, à mes collections plus ou moins entamées, aux CD, aux livres qui encombrent mon couloir, cela fait beaucoup, forcément.
Il y a peu, Feu mon amour s'est même moqué (non, non, si tu me lis, je ne t'en veux pas... J'en ris même toujours !) :
- J'y crois pas... Des cassettes VHS pour vieux magnéto ! Et des cassettes audio des années 90 !
- Oh, l'autre... Ça va, hein !
Au passage, toi : si tu veux avoir un échantillon complet de ce qui existe encore, reviens. :)

Du coup, en entrant chez moi, certaines personnes se sentent écrasées. Ce trop qui déborde, ça les agresse.

Leur regard, habitué aux espaces vides ("zens", diront-ils) s'accroche partout. Sur mes chouettes, mes fleurs séchées, mes lanternes vietnamiennes, mes magazines, mes classeurs, mes pots à encens... parce qu'en plus, je suis bordélique.
D'autres, à l'opposé, se sentiront chez eux dans cette caverne d'Ali Baba. À l'aise dans son joyeux fouillis, assis sur les coussins, couchés sur le tapis... parce que ma table basse (peu de meubles hauts dans mon antre, je vis à ras de terre), encombrée par l'ordinateur, les stylos, les feuilles, les cahiers, ne peut accueillir une assiette. Et encore moins un plat, surgelé, pour le coup... parce qu'en plus de mes nombreux défauts, je ne sais pas cuisiner.

Ou je ne me suis jamais donné la peine d'apprendre, ça se discute.



Symbolique des objets 3Dit autrement, je serais incapable de faire la somme de tous ces objets. Peut-être parce que, d'une certaine façon, je suis incapable de faire la somme de moi.

Et pourtant... Dans cette profusion, il y en a un que je distingue, parce qu'il me lie à Feu mon amour.


Cet objet est purement symbolique, ce qui le rend d'autant plus important.
Je l'ai d'abord choisi avec soin : il devait comprendre deux parties, être signifiant pour moi mais anodin aux yeux de l'observateur le plus perspicace ; ne pas attirer l'attention mais se fondre au décor.

Le lien qu'il crée entre nous n'étant pas à partager avec les autres, ceux-ci ne doivent pas le soupçonner.


Ensuite, je lui ai assigné une place très précise, dictée par mes exigences : qu'il soit dans la pièce où je me trouve le plus souvent ; sous mes yeux sans que j'aie à le chercher.
Et je l'ai fixé là.

En le fermant, j'ai posé un scellé sur mon cœur. Comme un gage de fidélité que Feu mon amour n'est pas obligé d'accepter et peut même juger idiot.

Mais le connaissant, j'en doute.

Bientôt, j'espère, il entrera en possession de sa partie à lui. Alors, il comprendra.

Et quand il reviendra ici, il pourra placer cet objet ailleurs. Me délivrer pour mieux m'enchaîner autre part, si tel est son désir.
Il pourra même choisir de repartir avec sa partie ou me la laisser.
Il agira comme il l'entendra, je ne veux forcer rien ni personne... et surtout pas lui.

Cet objet, c'est notre signe du lien, même s'il l'ignore encore.
Enfin... Beaucoup moins depuis cet article.

 

 

2e photo : Martin Parr.

Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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Mardi 26 février 2 26 /02 /Fév 23:52

Il paraît que les paroles s'envolent et que seuls les écrits restent. C'est faux : les odeurs aussi.
Les souvenirs qu'elles évoquent nous prennent souvent par surprise, faisant surgir une scène, une vision... ou une personne.
Cette odeur-là, c'est son empreinte à elle, si inimitable et personnelle.
Cette trace gravée au fond de notre cerveau peut être récente ou ancienne. Encore vivace ou déjà recouverte par la poussière du temps.

Parfois, on croit l'avoir oubliée ou même perdue : on se concentre pour revoir le visage de cette personne, entendre à nouveau les inflexions de sa voix, sa façon particulière de rire ou de bouger.
En vain. Malgré nos efforts, elle reste une ombre parmi les ombres. Ses traits sont flous, se défont ou ne s'assemblent pas.
On la voudrait complète mais elle n'est qu'un puzzle dont les pièces principales nous manquent... aux deux sens du terme.
En réalité, la marque que cette personne a imprimée en nous est toujours là. Mais le chemin que nous empruntons pour la retrouver ne nous permet pas de la croiser.
Pour déverrouiller la mémoire, encore faut-il user de la bonne clé.

Hier, je me suis engouffrée sans réfléchir dans une parfumerie. Ai demandé à sentir un parfum très spécial : le sien.
Il a beau être porté par des milliers de gens, je m'en fiche.
Pour moi, c'est le sien.
La vendeuse a vaporisé des pschitt énergiques sur une languette cartonnée :
- Pas trop, pas trop !, l'ai-je coupée.
Surprise, elle s'est arrêtée et m'a tendu le papier. Je l'ai humé à petites bouffées.
J'ai grimacé, déçue.
- Non, non, ce n'est pas ça...
À peine sortie du flacon, l'odeur était trop alcoolisée. La note dite de tête, trop forte, écrasait tout.
Ce parfum n'était pas celui de Feu mon amour. Néanmoins, lentement, il commençait à se dessiner.

J'ai quitté la parfumerie en fourrant la languette dans ma poche. Puis j'ai pensé à autre chose.
Sur le chemin du retour, j'ai glissé une main dans cette même poche. L'ai portée ensuite à mon visage pour écarter une mèche de cheveux qui me gênait.
Et là, l'odeur m'a frappée de plein fouet.
C'était la sienne, absolument.
Cette note de cœur a emballé le mien. J'ai stupidement tourné la tête, m'attendant à trouver Feu mon amour. À voir ses yeux se poser sur moi, à sentir son bras entourer mes épaules.
Sa silhouette, son visage, son sourire ont jailli de ma mémoire en une grande claque.
Suffoquée, j'ai remonté la rue en humant mes doigts et me moquant bien des regards des passants.

Memoire olfactive 2Quelques heures plus tard vint la note "de fond" : celle qui reste, tenace, alors que toutes les autres se sont évaporées.

Cette note-là me plaisait moins car, incapable de restituer l'alchimie si particulière entre son parfum et son épiderme, elle souffrait trop de la soustraction de sa peau.

Mon cœur a repris ses battements.
J'ai raccroché le manteau dans la penderie.

Si j'avais un bémol à apporter, il ne concernerait pas la fragrance mais le nom dudit parfum.

Il ne lui convient pas, mais alors pas du tout.

Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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