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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


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Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Dimanche 6 avril 7 06 /04 /Avr 20:16

J'ai chez moi ce que j'appelle mes "carnets intimes" : de grands cahiers à couverture cartonnée et aux pages blanches. Enfin, blanches, elles ne le restent pas longtemps. Pourtant, je n'y écris pas. À peine un petit mot une date de temps à autre, depuis que j'ai cessé d'écrire un journal intime.
Non, dans ces carnets, je colle.


D'abord des images et des dessins que je repère en feuilletant des magazines. J'aime à les découper en peaufinant les angles, en serrant de près les traits et les courbes. Souvent je les recadre d'un coup de ciseaux, fais
disparaître les personnages qui me gênent...
À la fin, les images ont le sens et la forme
que j'ai envie d'y imprimer, moi.

Ensuite, je colle tout ce qui me tombe sous la main et a une importance à mes yeux : des tickets d'expos, de cinéma et même de métro ; des billets de théâtre, de concert de train, d'avion, de monnaie étrangère ; les messages écrits à la hâte par mes amis, mon adresse griffonnée de leur main sur une lettre ; de jolis timbres, à condition qu'ils aient été oblitérés ; des invitations à des vernissages, des salons ; des cartes de visite de personnes croisées, de guesthouses, de bars et de boutiques à l'autre bout du monde ; des pétales de fleurs, des nœuds et des rubans de papier cadeau...

Je les colle en général en me moquant des dates. Mon critère de choix est la place disponible et parfois, l'image qui s'y trouve déjà.
Je m'amuse à créer des entrechoquements imprévus,
des distorsions, des liens cachés. À assembler ce qui est dissemblable ou séparer ce qui va ensemble : deux places pour la même pièce de théâtre sur des pages, voire dans des cahiers différents.

Pourquoi je garde tout ça ?
Pourquoi suis-je capable de passer (perdre, diront certains...) des heures à découper, à coller ?
Sûrement parce que de chaque événement, de chaque rencontre, de chaque voyage, j'aime garder une trace. Et que chacun de ces petits riens sans valeur en est une.
Pris séparément, ils sont des parcelles de vie fixées côte à côte, juxtaposées par le hasard.
Pris ensemble, ils forment l'a
ssemblage hétéroclite et coloré de mon existence qui se déroule. Une sorte de puzzle que je suis la seule à pouvoir lire.
Sans doute est-ce pour cette raison que je ne les montre à (presque) personne : aux yeux des autres, ils n'ont pas grand intérêt. Voire aucun.

Une fois un carnet intime terminé, je le range au fond d'un placard. L'y laisse reposer, et même moisir, sans le réouvrir. Qu'importe s'il reste là des mois ou des années : un jour, j'aurai envie de m'y replonger. Pour me rappeler comment c'était, cette époque-là. Ou pour m'apercevoir que finalement, elle m'a peu marquée.

Mes cahiers intimes, c'est comme une boîte contenant de vieilles lettres oubliées, qu'on redécouvre un jour en faisant du rangement.
La seule différence ? J'en suis à la fois l'expéditrice et la destinataire.

Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
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Mercredi 2 avril 3 02 /04 /Avr 02:44

Il est néJe ne sais pas par où commencer cet article. J'ai essayé plusieurs amorces, mais aucune ne convient. Je sais le centre, je le ressens encore dans mes tripes, mais pour qu'il soit compréhensible, il faudrait dire la périphérie. Expliquer les chemins à la fois simples et tortueux qui y mènent. Dépiauter l'oignon de ses peaux protectrices pour arriver au cœur et le mettre à nu.

Retracer, expliquer est long travail qui me fatigue d'avance. Et je ne suis pas sûre d'être au clair avec moi-même, ou tout simplement claire, tant ces trois jours dans mon là-bas ont déjà été denses et épuisants.
La fatigue physique n'est rien. C'est émotionnellement que je suis vidée. Et encore, entre cette journée et maintenant, il y a eu une soirée avec l'amie d'enfance qui m'accueille.
Une bonne soirée, mais une soirée dure aussi, à parler sans détours ni faux-semblants. Pas le genre de soirée qu'on oublie de sitôt.

N'empêche que je ne sais toujours pas par où commencer.
Je pourrais dire que j'ai été confrontée, que j'ai vu
, sans transition autre qu'un bref trajet en voiture, les deux extrêmes de la vie, mais en inversé : la maison de retraite où des "vieux" finissent leur existence, puis l'aile de la maternité où la fille de ma belle-mère, une sœur de cœur, vient d'accoucher.

Mais ce serait présenter les événements d'une trop jolie façon. Les situer dans une perspective littéraire, romancée de la vie qui est un perpétuel recommencement.
On naît pour mourir un jour... Tout le monde est au courant, même si bien peu de gens vivent avec cette idée, sauf pour l'oublier.
Penser que l'on là est juste en visite, de passage, et qu'on finira par crever en laissant si peu derrière soi. Qu'on occupe juste une tranche de rien à l'échelle du temps, et que nous revient la tâche (la responsabilité ?) de la remplir au mieux, d'en profiter ne serait-ce qu'un peu, malgré le balbutiement des jours qui n'ont pas de sens, des épreuves qui nous tombent sur les épaules... et heureusement, du plaisir, des plaisirs, parfois minuscules, parfois si intenses qu'on voudrait bien une âme et un cœur de rechange pour les accueillir tellement ils sont forts, violents.

Mais moi, je n'ai pas vécu cette journée de façon jolie ni littéraire. Je m'en suis mangé la seconde partie en pleine face, parce que je ne m'y attendais pas.
La lente descente vers la mort de ma grand-mère, je l'accepte par la force des choses. Je sais que chaque visite sera une épreuve, alors j'y travaille avant. Ce qui ne la rend pas facile, loin de là...
Au moins, je m'y prépare, à défaut d'être prête.

En revanche, je n'étais pas préparée du tout à la vision de la maternité. Ou plutôt à ce qu'elle allait soulever en moi, à ce raz-de-marée de larmes complètement inapproprié à la situation.
Lorsque je suis arrivée dans la chambre avec ma belle-mère, tout allait bien. J., le papa était là, tout fier, adorable comme leur enfant qu'il tenait dans les bras.
On était contents de se voir, on a papoté, j'ai offert à la jeune maman quelques babioles pour elle et le petit.

Jusque-là, rien à signaler. C'est lorsque les parents de J. sont arrivés que j'ai commencé à me sentir bizarre.
Au début, je n'ai pas compris.
Au moment où la mère de J. s'est penchée sur l'enfant, quelque chose a chaviré en moi. Une dame blonde, aux yeux très bleus, avec un amour si éclatant, inconditionnel, sur le visage...
Soudain, comme en surimpression, j'ai vu ma mère. Et dans cet enfant, celui
auquel elle aurait souhaité donner tout cet amour, mais qu'elle ne prendrait jamais dans ses bras si j'en ai un jour, qu'elle ne verrait jamais grandir ; et de son côté à lui, l'enfant qui n'aurait jamais la chance de la connaître, de l'embrasser, de l'aimer, de la faire même tourner en bourrique, d'apprécier quelle femme elle était.
Cette joie que nous aurions pu partager ensemble si elle avait été là, simplement.

Il est né 2Mon cœur s'est déchiré en mille morceaux.
Je me suis levée brusquement pour me précipiter dans la salle de bains. Me suis baigné le visage à l'eau froide
en réprimant les sanglots qui m'étouffaient. Ai fait le plus de bruit possible avec le robinet, le séchoir pour que surtout, personne ne m'entende.
L'heure était à la réjouissance, pas à la peine. Cette souffrance est la mienne, la déverser sur une maman qui vient de mettre son enfant au monde aurait été indécent.
Qu'y pouvait-elle, elle ? Rien.

J'avais beau essayer de me reprendre, c'était de pire en pire. Alors je suis sortie pleurer dans le couloir, longtemps, recroquevillée sur moi-même, la tête contre les vitres de la verrière, les mains pressées contre la bouche.
Ma belle-mère, venue me rejoindre, a essayé de me consoler. Mais parfois, malgré toute la bienveillance du monde, la consolation est juste impossible à trouver, parce que ce qui se joue est tellement au-delà des mots qu'aucun mot ne peut l'atteindre.

Puis je me suis calmée.

Puis je suis rentrée, seule.
Puis j'ai envoyé un petit mot à l'homme que j'aime.
Puis j'ai repensé à ce bout de chou dans ses langes.
Et puis j'ai eu envie de lui dire ce dont j'avais été incapable dans cette chambre :
"Bienvenue dans ce monde-là, aussi formidable que cruel parfois, en espérant que tu y sois heureux. Tu as deux parents formidables pour veiller sur toi.
C'est déjà un bon départ dans la vie, non ?"

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
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Dimanche 30 mars 7 30 /03 /Mars 04:43
Je pense qu'il est horriblement tard... Que les trois chiffres indiqués par l'horloge de mon ordinateur sont les mêmes (3h33, 4h44, 5H55 ? Je vous laisse deviner...), mais que leur harmonie sera brisée dans une minute.
Je pense que je ne dors pas, alors que je devrais, parce que demain, je dois me lever et prendre un train. Et plus je veille, plus mes heures de sommeil se réduisent.
Imparable logique.

Je pense que ce train, je n'ai pas envie de le prendre. Parce qu'il m'emmène vers mon
"là-bas", vers cette ville grise de mon enfance. Et à mesure que ce train s'éloigne de la capitale, il me fera avancer vers mon passé.
Avancer vers son passé... Formule paradoxale, non ?
Si j'écrivais en réfléchissant, j'aurais mis "reculer" à la place. Mais je veux croire que les mots ne sont pas anodins. Que souvent, ils parlent à travers nous au lieu de nous faire nous exprimer à travers eux.
C'est ce qu'on appelle un lapsus.
Alors, je m'interroge : aurais-je progressé depuis la dernière fois ?

Une fois "là-bas", je retrouverai l'alignement des maisons sans âme, les quartiers frileusement resserrés sur leurs rues sans charme. Le centre-ville et ses immeubles de pierres grises, si accordés à la couleur du ciel. Les mornes banlieues de cette ville de taille moyenne, les agglomérations qu'elle a englobées au fil du temps.
J'ai grandi dans l'une d'elles, ma grand-mère
est en train d'y finir sa vie.

En vérité, c'est surtout pour elle que je le fais,
ce voyage. Parce que ce sera peut-être le dernier avant qu'elle ne perde totalement la tête ou ne disparaisse.
"Moi, je suis née en 15", disait-elle souvent, une pointe de fierté dans la voix.
Née en 1915... 93 ans au compteur, déjà.

Je pense que je vais me forcer à ne pas pleurer lorsque je verrai sa petite silhouette, si tassée, si frêle, dans le couloir froid de sa maison de retraite. Lorsqu'elle tournera ses yeux qui ne voient plus dans ma direction. Lorsqu'elle chancèlera sur ses jambes trop faibles et me prendra le bras pour ne pas tomber, en s'étonnant qu'il soit aussi jeune, aussi ferme.
- Toi, tu es mon bâton de vieillesse, ma petite-fille préférée, me répétait-elle souvent.

Je pense que le dernier soir, je la coucherai dans son lit en rabattant les couvertures sur elle pour qu'elle n'ait pas froid. Que je l'embrasserai une fois pour de faux, vite. Puis plusieurs fois pour de vrai, longtemps, avec toute ma tendresse. Effrayée de sentir sa peau si fragile sous mes lèvres, de voir son corps si petit, si ratatiné, qu'il soulève à peine le drap.

Je pense qu'ensuite, je fermerai la porte de sa chambre puis l'ouvrirai discrètement, sans qu'elle s'en aperçoive, juste pour la regarder une fois encore. Pour imprimer son image dans mon cerveau, la garder un peu plus longtemps, intacte.
Je pense qu'elle ne s'en rendra pas compte et que c'est mieux ainsi.
Ce n'est pas parce que je suis triste qu'il faut qu'elle le soit, elle.
Elle a la résignation des personnes âgées, pas moi. Le fatalisme de ceux qui se sentent, se savent glisser sur les pentes douces de l'oubli et de la mort. Pas moi.
Moi, j'ai la douleur de ceux qui restent, qui voudraient lutter contre un combat perdu d'avance.
Voir partir ceux qu'on aime ? Un déchirement.
Ne plus les voir du tout ? Une mort en soi.

Je pense aussi que je verrai mon père. Qu'il me reste tant à régler avec lui que la dette ne sera jamais épongée. Ou alors, quand je serai devenue vieille à mon tour. Vieille et sage peut-être.
Ou alors, quand il sera mort... s'il meurt avant moi, car la vie se fout bien des préséances : elle fait parfois partir les enfants avant les parents.
Puis je sais que la mort ne règle rien.
Il y a si peu de choses définitives dans l'existence. Si peu qu'elles se résument peut-être à une seule : la mort.
Faire la paix avec les vivants, n'est-ce pas la condition pour les laisser partir et vivre en paix ?
Ou qu'ils nous laissent, eux, partir en paix, si notre tour vient avant le leur ?

Je pense que je n'ai pas envie de raviver ces blessures anciennes mais que je n'ai pas le choix.
Chaque retour "là-bas" est une épreuve.
Je ne suis pas encore partie que j'ai déjà hâte d'être rentrée.
Par Chut ! - Publié dans : Elles...
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Samedi 29 mars 6 29 /03 /Mars 04:06
L'heure de la reptation approche... Dans une poignée de minutes, j'éteins l'ordinateur, les lumières du salon et passe dans l'autre pièce te retrouver, même si tu n'y es pas.
J'entre dans la chambre à pas de louve. Écoute le silence de ton souffle tranquille, bercé de tes rêves par cette longue nuit commencée sans moi.
P
our que tu n'aies pas froid, je soulève à peine la couette, puis me coule contre ton corps absent. Mes épaules, ma poitrine, mes jambes épousent les formes des tiennes : une souple diagonale brisée en son milieu.
La soie de mon foulard est aussi douce que ta peau. Je la respire et te hume, les yeux clos.

Lovée contre les oreillers, j'y colle mes lèvres et te murmure tous les mots qui me viennent. Lents et pressés, doux et voluptueux, hachés de pauses et de soupirs.
Leurs syllabes roulent au creux de ton oreille de tissu et meurent sur ta bouche de plumes.

Lentement, mes mains deviennent les tiennes.
Une main se glisse sous mon cou, se referme en enserrant mes cheveux. Elle me les tirera, mais plus tard, lorsque notre désir nous fera oublier notre tendresse.
Lorsque notre envie nous laissera à même la chair la marque de nos baisers, puis celle de nos morsures.

Lorsque notre corps à corps sera devenu joute, combat que nous gagnerons à tour de rôle : toi savourant ta victoire peinte sur mon visage ; moi jouissant de la mienne, réfléchie par tes yeux.
Car dans notre jeu, il n'y a pas de perdant.

Ton autre main effleure mon menton, serpente sur ma gorge, mes seins, mon ventre. Un instant, elle se pose sur le haut de mes cuisses, puis se fraie un lent chemin en leur centre.
Tes doigts sur ma toison, tes doigts en elle plongeant.

Je dérive dans l'espace infini du lit comme sur un grand bateau, tanguant des hanches dans l'obscurité.
Emportés par la houle, les murs de la chambre s'écartent, contraints de nous laisser davantage de place pour nous aimer sous le ciel sombre
du plafond piqueté d'étoiles.
Peu à peu, la pièce agrandie de miroirs est devenue immense. Théâtre de l'intime où un corps enlace une ombre et tournoie liée à elle, bras refermés sur sa propre chair, lèvres ouvertes sur le noir.

Toi, moi, nous deux.
Accolés par nos rêves, unis dans le même espace.
Embrassés par l'absence de nos corps dérobés, étreints par la présence de nos corps recréés.


Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour - Communauté : xFantasmesx
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Jeudi 27 mars 4 27 /03 /Mars 02:36
Ma tête se hérisse de barbelés
Enclos en eux, un corps au sexe plus foncé,
La peau douce de la nuit drapée sur nos épaules
En châle de brume et de soupirs.
Baisers portés en colliers, en étoles,
Pour taire les mots qui taraudent
De la zone dangereuse du souvenir,
Ce no man’s land de la guerre qui rôde,
Qui se faufile, qui nous sépare.

Partout, ici, ailleurs, nulle part,
Une persistance de la mémoire,
Une défense d’approcher
Car il n’y a plus rien à voir.

Lentement, les fils des barbelés se tendent.
Que la douleur des pointes me fende
Une pour le manque, une pour la présence,
Une pour la sécheresse, une pour la source
Qui en serpentant m’éclabousse
Sur les cailloux d
e ton absence.

Le cœur fiché aux piquets,
Je suis ce qu’est l’estompe au dessin,
Une forme ténue, imprécise sous le fusain,
Une silhouette évanouie, piquée
De ronces et de fougères,
D’ombres et de frôlements,
D’humus, de sous-bois, de clairière,
De crépuscule et de bruissements.

Aux barbelés accrochés des moutons de poussière
Pelotes de plumes mêlées de terre
Dansent un immobile ballet,
Puis tombent sous nos semelles de vent
Nos pas pressés, perdus, enfuis,
Toujours passant et repassant
Dans l’odeur des plantes foulées,
Des souvenirs que l’on enfouit
Et des herbes couchées.

Roseaux sauvages contre le ciel dressés
Hallebardes de ton corps contre le mien pressé,
Je voudrais être rose,
Ne suis que chardon
Entre tes doigts tout petit,
Tu m’effleures, je me replie.
Tu te détournes et je me donne,
Si piquante sur tes paumes.

(Février 2008)
Par Chut ! - Publié dans : Nouvelles et essais
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