Présentation

Paroles de lecteurs

Images Aléatoires

  • Devant-sa-feuille.png
  • Sourire.png
  • Amarapura-Soir.png
  • Vendeuse-de-cartes-3.png
  • Femme-en-orange2.png
  • Penseur

En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

Mars 2026
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Recherche

Profil

  • Chut !
  • Le blog de Chut !
  • Femme
  • 02/03/1903
  • plongeuse nomade
  • Expatriée en Asie, transhumante, blonde et sous-marine.

Flux et reflux

Syndication

  • Flux RSS des articles

Créer un Blog

Samedi 23 février 6 23 /02 /Fév 22:25

Experience subliminaleHier, dure soirée. Du travail à boucler, un appel à passer, des mails à écrire... Les minutes défilent à l'horloge et moi, je cours après le temps.
C'est déjà le milieu de la nuit. Je me décide enfin à aller me coucher, épuisée.
Une fois sous la couette, j'allume mon I-Pod. Besoin de musique pour me bercer et faire venir les rêves. En lecture aléatoire, Susheela Raman. Je n'ai pas dû dépasser la deuxième chanson, j'ai été happée avant.

Combien d'heures se sont écoulées ? Aucune idée.
Moi qui ai le sommeil si lourd soudain, je me réveille, l'esprit parfaitement clair. Les écouteurs sont encore rivés à mes oreilles, mais je n'entends rien. J'en déduis que j'ai dû éteindre l'I-Pod sans m'en apercevoir, parce qu'il me dérangeait pour dormir, ou que la batterie est à plat.
Je me trompe. Ce silence est le blanc de quelques secondes qui sépare deux chansons. Tout à coup me parvient une musique que je reconnais pas. Lente et douce, voletant sur les notes d'une guitare acoustique.
Puis, venant se poser sur la mélodie, la voix de Susheela :

Oh my love for the first time in my life,
My eyes are wide open,
Oh my lover for the first time in my life,
My eyes can see...


En dépit de toute logique, j'ai l'étrange certitude qu'elle me parle. Que ces mots qu'elle égrène ne sont destinés rien qu'à moi. Que c'est un message inattendu qui m'est adressé parce que j'en ai besoin, une réponse évidente aux questions qui m'agitent.

I see the wind,
Oh I see the trees,
Everything is clear in my heart,
I see the clouds,
Oh I see the sky,
Everything is clear in our world...


La chambre est noire. Il n'y a aucun autre murmure que cette voix que j'écoute, intensément. Ses paroles, mot après mot, se déposent.
J
e ferme les yeux et je souris.

Oh my love for the first time in my life,
My mind is wide open,
oh my lover for the first time in my life,
My mind can feel...


Je pense à deux absents
très près de mon cœur, si loin et si proches à la fois. L'une que je ne reverrai jamais, l'autre que j'attends de revoir.
J'ai l'impression, ou plutôt la certitude, qu'ils sont là, juste à côté. Immatériels mais pourtant réels, comme s'ils venaient m'adresser un signe.
Tout à coup, la sensation d'une caresse qui effleure ma joue.
Puis un grand calme qui descend sur moi comme si, un à un, mes nœuds s'étaient défaits.

I feel the sorrow,
Oh I feel dreams,
Everything is clear in my heart,
Everything is clear in our world,
I feel the life,
Oh I feel love.


La chanson se termine. J'éteins l'I-Pod, me retourne et replonge aussitôt dans le sommeil.
Apaisée. Heureuse.



PS / Toi mon amie, te souviens-tu de mercredi, de ce moment très spécial où tu m'as parlé de John Lennon, sans en être certaine ?
Cette chanson est de lui. Susheela Raman n'a fait que la reprendre sur son dernier album intitulé... 33 one-third.
Tu avais raison. Il n'y a pas de hasard.

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 22 février 5 22 /02 /Fév 01:06
"D'accord, mais ne le répète pas à ta mère."
"Ne le dis pas à ton père."
"Garde ça pour toi."
Mon enfance, comme toutes les enfances, a eu ses secrets.
Je ne devais pas répéter à mes parents les libertés que m'autorisait ma grand-mère (et implicitement mon grand-père), sous peine qu'elle se fasse gronder :
regarder le film de 20h35 - en ce temps-là ! - jusqu'à la fin, aller au lit sans me brosser les dents, ou pire : manger des chocolats et aller au lit sans me brosser les dents.
Le secret suprême étant, bien sûr, de
regarder le film en mangeant des chocolats puis d'aller au lit sans me brosser les dents.

Avec le recul, j'en souris. Ce sont là des "mensonges" de peu d'importance, de l'ordre du "pas vu, pas pris", de ceux que l'on range, à l'âge adulte, sous l'étiquette de l'omission. Mais à l'époque, je ne connaissais pas le mot et déjà, ces secrets me pesaient, car ils me contraignaient à me taire, à (dys)fonctionner sous l'ordre du double régime.

Avec l'intuition des enfants, j'avais compris qu'il existait deux univers parallèles : l'un hérissé de règles a priori impossibles à contourner ; l'autre qui souffrait l'entorse à ces mêmes règles.
Deux poids, deux mesures... Prise entre ces feux contraires, je résistais à l'envie de dévoiler le monde obscur, celui dans lequel on me permettait ce qu'on m'interdisait ailleurs.
Parfois, je bondissais d'indignation :
- Mais chez mamie, je peux ! Mamie, elle est d'accord pour que je regarde le film, et même pour que je me brosse pas les dents !
Mais à peine les mots commençaient-ils à jaillir de mes lèvres que je me les mordais au sang.
Mamie me faisait confiance, je l'aurais trahie en parlant. Je l'aurais confrontée à la déception et aux reproches de mes parents. Et de cela, il n'était pas question.
Alors je ravalais ma colère et mes larmes
de gamine, mon sentiment d'injustice et je filais au lit sans piper mot, la rage au ventre.

À l'adolescence, le secret s'est chargé d'un autre sens et d'un autre poids. Ma mère avait rencontré Joshua. Son amant, comme on dit. Elle m'avait confié, sous le sceau de la confidence, à quel point il était important pour elle. À quel point elle l'aimait et ne voulait pas le perdre.
Mon père savait qu'ils avaient eu une aventure. Celle-ci n'aurait été qu'une passade, il s'en serait fiché : mes parents fonctionnaient sur le mode d'un couple libre. G
énération 68 oblige, ils s'autorisaient du sexe tant qu'ils voulaient, séparément ou même ensemble. À la seule condition que le cul n'atteigne pas les sentiments.
Que l'un soit touché au cœur et non au corps, telle était leur limite.
En l'occurrence, la limite était plus que dépassée. Elle était pulvérisée.

Ma mère s'étant épanchée auprès de moi, nous devenions toutes deux un couple dans le couple : il y avait celui, officiel, qu'elle formait avec son mari, mon père ; celui, officieux, qu'elle formait avec moi, scellé par le non-dit du secret.
"Ce n'est plus ton père que j'aime, mais un autre homme que tu connais... Joshua."
D'une phrase, je pouvais faire voler notre foyer en éclats. Acculer ma mère, blesser mon père. Et même le tuer, symboliquement :
- Tu l'aimes, d'accord. Et toi, tu crois qu'elle t'aime ? Tu te trompes. Votre vie commune, c'est devenu une vaste foutaise, puisqu'elle est déjà ailleurs.

Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants. En l'occurrence, elle n'est jamais sortie de la mienne, parce que j'ai coulé le secret sous une chape de plomb.
J'aimais ma mère plus que mon père. C'était donc elle que je devais protéger, d'autant qu'elle s'était montrée vulnérable en me révélant tout.
Si le cas inverse s'était présenté (mon père rencontrant une autre femme), je me serais tue aussi. Probablement par volonté de couvrir celui qui me parle et en appelle à mon silence plus que par affection. J'aurais juste été écartelée entre une vérité à taire à quelqu'un que je chéris (malgré tout, pour mon père) et un désir de mettre fin à la mascarade.
Celui qui ignore ne peut décider. Pour lui, les dés sont pipés.

Je me souviens de ces vacances que ma mère a passées avec Joshua, en prétendant à mon père qu'elle était en Vendée, avec moi. J'avais 12-13 ans, et heureusement des adultes pour mentir à ma place : le couple censé nous accueillir toutes deux et chez qui je me trouvais moi, mais sans elle.
C'est eux qui, tour à tour, avançait qu'elle était en balade, au marché, à la plage. Ailleurs, en un mot.
Dans les années 85, il n'y avait pas encore de portable pour mieux mentir... ou fliquer l'autre.

Je me souviens aussi des premières années parisiennes avec ma mère. À peine un an après ces vacances-là, alors que le divorce de mes parents venait d'être prononcé.
Maman était tiraillée entre son grand amour qui habitait loin et moi. Elle quittait notre appartement un week-end sur deux pour le rejoindre, en me laissant seule, avec des consignes claires :
- Tu ne dis surtout pas à ton père que je suis partie. S'il appelle, tu inventes n'importe quoi et tu me contactes. Je me débrouillerai.
Elle me parlait du ton des choses cruciales. Car ça l'était, certainement : sur sa tête pesait l'opprobre de la mauvaise mère, celle qui "abandonne" sa fille pour vivre sa vie. Celle dont l'ex-mari, jaloux, forcément jaloux, lui disputerait la garde de sa fille s'il apprenait ses "frasques", sous prétexte qu'elle était incapable de s'en occuper.
Elle était déchirée entre sa vie de femme et de mère. Et moi, j'étais déchirée entre elle et mon père, obligée de lui servir des mensonges lorsqu'il demandait :
- Tu me passes ta mère ?
Je feignais de l'appeler dans l'appartement vide. De réaliser que mince, elle n'était pas là. Sortie faire des courses, dîner avec des amis... N'importe quelle excuse était bonne, du moment qu'il la croyait et raccrochait ce putain de téléphone.
Dans le même temps, sa voix triste me retournait les tripes :
- Tant pis, c'est pas grave... Je rappellerai. Embrasse-la de ma part.
Et je raccrochais en pensant :
"Maman, tu peux être fière de moi... J'ai été assez convaincante, ne t'inquiète pas."

Avec le recul, je réalise à quel point cette position était intenable. Se faire le complice de l'un au détriment de l'autre, prendre parti dans des histoires qui, finalement, ne me concernaient pas.
Peut-être est-ce à cause de cela, en grande partie, que je nourris une aversion pour le secret. Mais le secret avec un grand S : pas celui qui est secondaire, celui qui est important. Qui changerait la donne si l'autre le connaissait. Qui le rend prisonnier de nos mensonges, qui l'humilie... en secret, justement.

Pourtant, en amitié comme en couple, je ne crois pas à la transparence totale. Et même si je peux la désirer, je la sais néfaste, destructrice.
Chacun a en soi une part d'inavouable qu'il n'est pas tenu de partager. Le droit inaliénable à ses petits secrets, à son jardin privé. En clôturer l'accès est licite et même souhaitable, sous peine d'être dépossédé, voire souillé par l'autre qui viendrait y traîner ses bottes, en piétiner les fleurs fragiles, même avec les meilleures intentions du monde.

Et puis, les calculs du secret m'épuisent : à quel point puis-je jouer des mots, de leur ambiguïté, pour dire sans mentir, suggérer sans trahir ?
À quel point puis-je être vraie sans "tuer" l'autre, qui désire la vérité tout en la repoussant, parce qu'il sait qu'au fond, elle lui serait insupportable ?
À quel point puis-je tricher alors que j'ai envie de hurler, que je me force à réfréner cette envie ?

Le secret est un étau. I
l dresse ses barrières, il comprime, il enferme, il enserre, il salit.
Récemment, j'ai choisi de croire que personne n'en sort grandi. Qu'il rapetisse, qu'il rend mesquin, qu'il abaisse. Non seulement celui qui en fait usage, mais aussi celui qu'il est censé protéger.

Je me suis peut-être trompée sur toute la ligne.
Toute chose a un prix, à commencer par l'honnêteté. Qui ne paie pas toujours, contrairement à ce que prétend le proverbe.
Le prix que je paierai s'avèrera peut-être exorbitant.
Tant pis, je ne pouvais pas agir autrement.
Et si vous ne me pardonnez pas, essayez juste de me comprendre.
Par Chut ! - Publié dans : Bribes perso
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 22 février 5 22 /02 /Fév 00:24

Voilà, j'avais promis le récit de cette soirée et j'ai tardé... Et une jeune femme la racontant très bien sur son blog, mon petit exposé risque de faire redite.
En vérité, j'ai surtout envie de parler de cette soirée sous l'angle de la comparaison : elle fut assez différente des autres que j'ai connues au même endroit. Énormément plus de monde, ambiance moins chaude-électrique.
J'ai vu beaucoup moins de gens pratiquer que d'habitude. L'atmosphère était plutôt, j'ai l'impression, à la discussion en petits groupes. Pas forcément un mal, pour une première fois (quoique ce ne soit pas à moi d'en juger !).

À cela, apparemment deux raisons :
* une soirée fétichiste concurrente qui n'existerait plus. De fait, tous ceux qui l'auraient fréquentée se seraient déplacés au même endroit que nous. Résultat : une queue assez folle pour entrer, avec vérification des tenues ad'hoc directement sur le trottoir.
Plutôt amusant de se voir sommer par une Domina avec cravache :
- Vous avez des vêtements pour répondre au dress code ?
- Vi m'dame !
- Montrez-les moi...
- Je vous ouvre mon pantalon, là, tout de suite, vous êtes sûre ?
- Moi, je veux bien vous montrer ma petite robe, mais c'est sa quantité de tissu étant inversement proportionnel au froid de canard, je vais m'enrhumer...

*la loi qui interdit de fumer dans les lieux publics. Ce qui, en vertu de l'adage "qui se ressemble s'assemble", génère des mouvements de foule vers la rue, contenus à grand mal par un videur hautement antipathique :
- Nan, vous pouvez pas sortir ! Zattendez votre tour !
- Mais enfin... Mes amis sont dehors !
-
Zattendez votre tour, j'ai dit !
- Pffff... heureusement que je suis polie, parce que côté moyens de rétorsion, j'en tiens justement un à la main !
D'un autre côté, je peux comprendre ce gars : jouer toute la nuit le garde-chiourme pour des gens encagoulés et latexés de la tête aux orteils ne doit pas tellement l'amuser. Et s'il est prude ou à cheval sur les convenances, sa fonction doit même le mettre au supplice !
Il doit compter le nombre de gens dehors, faire rentrer ceux qui voudraient s'en griller une deuxième pour assurer le turn-over des fumeurs, veiller à ce que les riverains ne soient pas trop dérangés...
- Germaine, j'ai dû forcer sur les pilules... Je vois des femmes avec des martinets dehors ! Et même des filles à demi nues !
- Gaston, quitte de suite cette fenêtre et viens prendre ta tisane (ton bromure, ta petite pilule bleue...) ! Décidément, depuis un mois, tu débloques !

Très drôle, aussi, d'observer la réaction des automobilistes. De ceux qui passent en faisant mine de ne rien voir ou détournent les yeux, gênés, à ceux qui jettent des regards interloqués ou baissent leur vitre pour beugler :
- Oh lala, c'est la fête, ici !
Il y a même un couple qui, alléché, a essayé de s'introduire en douce. Pas de chance pour eux, Miss Domina-à-cravache et videur-patibulaire veillaient au grain pour refouler les "égarés de la dernière heure"...

Si j'en crois les retours post-fête, ceux qui nous accompagnaient ont passé un bon moment. Les deux jeunes femmes venus "pour voir" ont même tâté du rôle de Dominas. Apparemment, pour l'une d'elles, cette expérience fut même proche de la révélation.
Je serais curieuse de connaître la suite, si elle veut bien... y donner suite (et, accessoirement me le faire savoir).
Un dépucelage, fût-il obtenu à la force du poignet, on s'en souvient pour longtemps.
Parole de Domina !
Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 9 février 6 09 /02 /Fév 04:06
Mon ami et moi approchons en voiture du quartier d'une soirée BDSM. Il est au volant (bien qu'ayant décroché mon permis, je me refuse absolument à conduire... sécurité oblige), je joue les passagères - et copilotes - irascibles :
- On arrive bientôt, j'espère ? J'ai mal au cœur !
- Tu es sûr que ton GPS est bien réglé ? Il dit n'importe quoi, là...
- Ras-le-bol... On n'est pas prêts de se garer, tous les parkings sont pleins !

Soudain, dans une rue à sens unique, j'avise une place. Je hurle derechef :
- Là !! Elle est magnifique, elle nous attend !
Mon ami rechigne. C'est une place de livraisons, sûrement trop étroite pour son gros véhicule. Moi, je trépigne :
- Mais pourquoi tu ne la prends pas ? Fais demi-tour, nom de nom !
Il hausse les épaules.
- Bah... Le temps qu'on revienne, elle sera déjà prise...

Je crie, je m'énerve :
- Marche arrière, je te dis ! D'ailleurs, je ne te le dis pas, je te l'ordonne ! Voilà, je te l'ordonne ! Elle est splendide, cette place... Elle est pour nous, j'en ai assez de tourner !
De guerre lasse, il exécute en vitesse le tour du pâté d'immeubles. Par miracle, la place est encore libre... Mais le sens unique nous est devenu sens interdit.
- M'en fous ! Marche arrière, toute !
Sûrement aussi lassé que moi du "jeu" de la place introuvable un samedi soir dans un quartier fréquenté de la capitale, il obéit... En matière de code de la route, tout bon soumis - et amoureux - qu'il soit, il a raison de ne pas m'écouter, mais nécessité fait loi.
Crissement des pneus sur l'asphalte. Je gratifie le panneau d'un bras d'honneur tandis qu'il se gare dans un créneau impeccable.

Ouf, nous voici enfin à bon port.
J'ouvre la portière sans ménagement, jaillis hors de la voiture. Lui dépose notre gros ballot de vêtements fetish et d'accessoires sur l'épaule. Prend la rue en pointe, d'un claquement de bottes aussi décidé que martial. Fouille mon micro sac en vinyle à la recherche d'une babiole et pile net en m'indignant :
- Aaaaaargh, la bride s'est cassée !
Mon brusque arrêt fait que mon ami, attaché à mes pas, me rentre dedans. Derrière lui, le talonnant d'aussi près, un autre homme manque de le percuter. Il oblique sur la rue en pestant entre ses dents.
Je lui jette un regard courroucé et peste à mon tour :
"Quoi, comment ? On n'a même plus le droit de marquer un stop sur un trottoir, maintenant ? Pfff... Et le droit de libre circulation, vous y avez pensé... Non, hein ?"
Mon regard outré le toise de haut en bas. Il s'en fiche, il me tourne le dos. Mais moi, je remarque un détail fort intéressant : sous son manteau de demi-saison, une jupe en vinyle bat ses mollets.
Aussitôt, je comprends que nous nous dirigeons vers le même lieu.

Nous nous y retrouverons plus tard.
Lui en tenue de travesti, avec un corset sanglé au-dessus de la jupe ; moi en Domina, munie d'un paddle pour châtier les insolents.
Il est venu me parler. De sa délectation à se soumettre et des rues en sens interdit de Paris. Je n'ai pas feint de ne point le reconnaître. J'ai même pris un malin plaisir à lui signifier que je l'avais reconnu.
Il m'a confié qu'il adorait qu'une Maîtresse lui maltraite les tétons. Je m'en doutais au vu de l'allongement anormal des siens. Les lui ai pincés et tordus avec joie, de plus en plus fort, en scrutant ses yeux qui se révulsaient de plaisir, en écoutant sa bouche qui m'encourageait à poursuivre, encore et encore, plus que je ne l'aurais osé.

Il s'est mis à genoux pour que je le frappe. Je lui ai administré de bon cœur des coups vigoureux. Peu à peu, ses fesses se mirent à rougir sous mes assauts.

À la fin de la séance, nous avons discuté. Il n'avait pas joui mais m'a remerciée, m'a évoqué sa vie de couple avec une Domina de son âge.
Nous avons commandé un verre, trinqué en poursuivant cet échange respectueux, cordial, détendu.
Vraiment, cet homme mûr était charmant. Mais alors qu'il me parlait, je le revoyais dans la rue, maugréant contre moi, expectorant son mécontentement, et pensais qu'une telle inversion des rôles est très rare... soirées SM exceptées.

Je l'avoue, j'en ai ri.
Est-ce un mal ? Je ne crois pas. Plutôt un juste retour de bâton.
Par Chut ! - Publié dans : Classé X - Communauté : xFantasmesx
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 9 février 6 09 /02 /Fév 03:04

Demain a lieu une soirée fetish. Nous nous y rendons avec mon ami, et cette fois pas qu'en couple : sauf annulation de dernière minute, nous serons en effet cinq.... Et suprématie féminine oblige, notre groupe comptera une femme de plus qu'un garçon.
Si nous décidons de nous allier par solidarité féminine, par goût du jeu ou pour tout autre raison qui plairait à notre fantaisie, il est certain que ces messieurs se rappelleront longtemps la date du 9 février.
Mais je précise de suite, de crainte de les effaroucher : à la condition expresse qu'ils nous donnent leur permission.

P
our ceux qui nous accompagnent, cette soirée semble être une première dans l'univers BDSM. J'ai hâte de les y faire entrer, tout en étant un peu anxieuse.... et oui, on ne se refait pas !
À tort sans aucun doute, je me sens un peu comme la maîtresse (cette fois sans majuscule) de cérémonie. J'ai vraiment envie que la fête leur plaise, qu'ils s'y amusent. Mieux, qu'ils en jouissent.
Vont-ils en apprécier l'ambiance ? Ne seront-ils pas déroutés, ou pire, rebutés par les scènes qu'ils verront ?
Lorsqu'on ne s'y attend pas, découvrir des soumises enchaînées, gémissant sous le fouet, peut indisposer. Idem pour les hommes à demi nus,
tenus en laisse, baisant en rampant les bottes de leur Maîtresse, recevant en récompense de la cire brûlante sur le dos.

Nous serons entre adultes avertis, certes. Mais le fossé est parfois grand entre ce que l'on imagine et ce qui s'impose à nos yeux. Et la réaction que l'on (se) prévoit n'est pas forcément celle que l'on aura.

Cela peut d'ailleurs marcher dans les deux sens...
Telle personne, venue en curieuse, sentira se réveiller en elle l'excitation de fantasmes inavoués. Car, honnêtement, participe-t-on à ce genre de soirée par pur hasard ou occasion ?
Telle autre, venue pour s'initier à ces jeux particuliers, rebroussera chemin. Question de rencontres, peut-être, ou de vision soudain incompatible avec l'image qu'elle s'est forgée d'elle-même :
"Non, hors de question... Je ne suis (ne veux me reconnaître dans) cet homme (ce macho) qui exulte de fesser cette femme offerte... ce soumis (cette lopette) à quatre pattes, s'humiliant pour lécher une semelle !"

Cette inquiétude, je l'avoue, ajoute cependant à mon excitation. Je souhaite bien sûr une totale réussite, mais la part de l'aléatoire, de l'incalculable, de la subjectivité de chacun m'émoustille.
L'intérêt de tout jeu, c'est la possibilité de le perdre. Et le risque, qui en est son essence, le rend d'autant plus délicieux.
Qu'est-ce qu'une partie qu'on est certain de remporter, à part une manche truquée ?

Demain une soireeMon plaisir est d'autant plus grand que demain, je dois choisir un vêtement pour une de mes "complices".

Le dress code de la soirée est strict, toute femme n'a pas forcément dans sa penderie de quoi s'y conformer.
Elle est déjà belle, je souhaite qu'elle le soit encore davantage. Sublimée par le vinyle, splendide Maîtresse aux cheveux d'ébène s'il lui prend le désir de se glisser dans ce rôle.
Et je brûle de découvrir enfin la tenue de notre autre "comparse", fort belle elle aussi.
Toutes trois, très différentes, réunies le temps d'une soirée.

Bientôt je vous raconterai... ce qui est racontable.

 

 

Pin-up de Gil Evgren.

Par Chut ! - Publié dans : Au jour le jour - Communauté : xFantasmesx
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
 
Créer un blog sexy sur Erog la plateforme des blogs sexe - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés