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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

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Dimanche 27 janvier 7 27 /01 /Jan 16:04

Putain du seigneurElle a les bas résille, la jupe courte en cuir, le soutien-gorge qui remonte les seins, les gants en mauvaise dentelle. Elle a le parfum bon marché, les bijoux clinquants. Elle a le rouge à lèvres très rouge et le mascara très noir. Elle a les hanches et les jambes aussi, et la flamme dans l'œil.
Elle a toute la panoplie, tout l'attirail.
Elle est la putain et ce soir la putain retrouve l'homme de sa vie. Beau de l'orteil aux maxillaires, élégant de la coupe impeccable du pantalon jusqu'aux poignets de la chemise infroissable.
Trois cents euros la chemise, elle s'en souvient.

Elle marche en roulant des fesses. Les hommes la dévisagent. La plupart se retournent. Certains la sifflent. Un lui lance :
- Tu me tailles une pipe, poupée ?
Un petit garçon la contemple, émerveillé :
- Maman, regarde la dame comme elle est belle !
Sa mère le tire brusquement :
- Tais-toi ! Dépêche-toi ! La dame, c'est une méchante femme.
- C'est quoi une méchante femme, maman ?
- C'est une prostituée.
- C'est quoi une prostituée, maman ?

Elle marche
à sa rencontre. Le voit enfin. Sur son passage les femmes murmurent :
- Quel bel homme ! Quelle classe !

Et la putain, avance, avance vers ce bel homme. Ils doivent se rejoindre là où les lumières scintillent comme des phares,
juste au milieu du boulevard, sous l'affiche Cabaret.
Comme il a ralenti l'allure, elle arrive avant lui. L'attend.
Un type s'approche :
- C'est combien ?
- Tire-toi.
- Allez, c'est combien ?
- Tire-toi, je te dis.
- Eh, mais t'es une pute !
- Tire-toi.
Le type serre les poings. Elle recule. Il s'en va.

Soudain, il apparaît à ses côtés. Il rit et demande à son tour :
- C'est combien ?
- Deux cents.
- D'accord.

Il prend la putain par le bras. Ils marchent enlacés, points de mire des regards hostiles des passants.
Elle chuchote :
- La putain du seigneur.
Il répond :
- Le seigneur de la putain.

Ils arrivent au pied de l'hôtel. Cinq étoiles au fronton.
Elle siffle entre ses dents :
- Tu fais bien les choses, dis-moi...
- Oui. J'avais envie de bien les faire, pour une fois.
- C'est réussi. Enfin... ce sera réussi si on me laisse entrer.
- T'inquiète pas.

Il pénètrent dans le hall. Le portier regarde l'homme puis
dévisage la femme avant de leur barrer la route.
- Monsieur ?
L'homme a un geste de supériorité indifférente. Déjà, l'employé courbe l'échine.
- La chambre 32, s'il vous plaît.
Le réceptionniste lui tend la clef avec une répugnance affichée. L'homme la prend, la fait sauter dans sa paume et glisse dans un sourire narquois :
- Merci. Trop aimable.

Ils montent dans la chambre. Elle se jette sur le lit. Il se jette sur elle.
- Baise-moi.
- Si je veux.
Il sort les billets de son portefeuille. Les pose en évidence sur la table de chevet.
- N'oublie pas qui tu es.
Alors elle ouvre sa braguette et prend son sexe dans sa bouche.
Elle le regarde. Il la regarde. Elle s'arrête.
- Continue.
- Non.

Elle ôte ses bas, sa jupe, ses gants, le maquillage qui dessine de grandes traînées rouges et noires.
- J'en ai assez de ce jeu stupide. Je ne suis pas une putain !
Il la serre contre lui et elle supplie :
- Fais-moi l'amour comme à ce que je suis. Ta femme.

Par Chut ! - Publié dans : Nouvelles et essais - Communauté : xFantasmesx
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Vendredi 25 janvier 5 25 /01 /Jan 05:19

undefined Un homme, un petit homme qui marche dans les rues. Il avance et dans sa tête fredonne une rengaine qui parle d'un amour déçu puis retrouvé.
L'homme pense :
- Mais alors, ce n'était plus le même amour.
Et il sourit, pour lui-même et aux passants.

Il marche et regarde le visage des femmes, mais à la place de leurs yeux il voit leur sexe qui lui fait de l'œil. Leur sexe qui s'attarde, le fixe droit dans les pupilles, leur sexe doux et profond sous le coton de leurs cheveux, si proche lorsqu'il les croise et si lointain lorsqu'elles sont passées.
Autant de sexes différents que de femmes dans la rue, autant d'endroits où il souhaiterait poser une main qu'il ne posera jamais.
Femmes mûres, sexes mûrs, puis une jeune fille et un sexe tendre sur son visage, jumeau de celui qui tremble sous sa jupe qui se relève.

La jeune fille qui pleure passe tout contre le petit homme, l'évite d'un souple mouvement de hanches. Lui, il fixe sa jupe et sa main sur son sac en cuir.
Il se retourne : le sexe mouillé et caché, la jupe. Et sous la jupe les jambes qui lui adressent des signes jusqu'au coin de la rue.
La main était blanche sur le cuir du sac.
Le petit homme soupire. La jeune fille portait une alliance à l'annulaire.

Sexe promis, sexe captif, cette jeune fille c'est Marie et Marie pense à Arnaud qu'elle vient de quitter et que déjà elle a envie de rejoindre.
Elle regarde sa main : l'alliance forme un petit cercle brillant comme le cercle de son amour. Elle enlève la bague et l'enfouit dans sa poche.
Cette alliance enlevée, c'est une bague de pacotille semblable à celle que porte Arnaud.

Le petit homme continue sa route. Il a oublié les paroles de la rengaine et en invente une autre parlant de sexes qui pleurent et de jupe qui se dressent toutes seules.
Il pense à la jupe de la jeune fille, Marie pense à Arnaud et Arnaud pense qu'il est en retard.
Courir, il n'arrête pas de courir et il s'épuise à vouloir rattraper ce temps qu'il ne rejoindra jamais. Il remonte les heures jusqu'au début de la journée. Si mal commencée avec un filet de sang sur la joue.
Fichu rasoir...
Il faudrait acheter une lame neuve. Mais aujourd'hui pas plus demain il n'en aura le temps.

Fichu rasoir, fichue coupure, aujourd'hui est une journée entre parenthèses, pleine de contrariétés, de silences, de mots à éviter. Une journée qui ne compte pas, dont les moments ne comptent pas. Dans leur longue suite, quelques instants à sauver, peut-être : celui du visage de Marie appuyée contre la porte, les seins dans le noir ; celui de l'étreinte ; celui du plaisir.
Mais, déjà, ces moments s'évaporent dans la buée de la grande ville et reculent devant l'instant présent : celui de la course pour rien, si ce n'est pour arriver en retard.

Fichu temps, fichu retard, fichu rasoir, fichue journée... Et cet arrêt de bus qui s'éloigne à mesure qu'il se rapproche, comme un mirage vers lequel il tend ses jambes impuissantes.
"Distance, fichue distance, distance entre moi et cet arrêt, distance entre moi et elle, elle, elle c'est toi Marie, toi si douce et moi si dur, corps doux, corps dur, sexe dur en toi.
C'était si beau sous les draps, cette chaleur au milieu de ta poitrine, cette écorchure par ma faute, je l'ai baisée. J'ai demandé pardon, pardon pour la brûlure et pardon. Pardon pour quoi ? Pardon pour tout.
Fichue coupure, fichue brûlure, fichue absence... Et cet arrêt de bus que je n'en finis pas de rejoindre..."

Le petit homme lisse un épi dans ses cheveux, Marie s'arrête devant la glace d'une boutique pour se recoiffer, Arnaud effleure la petite cicatrice à son menton. Il grimace, le petit homme grimace de se voir si laid dans les reflets des vitres, Marie grimace en frottant la brûlure entre les deux seins.

Le petit homme chantonne à mi-voix. Il entre dans un café et commande une bière. Plongent ses lèvres dans la mousse. Marie caresse ses lèvres en pensant aux baisers d'Arnaud, Arnaud se mord les lèvres. Le bus qu'il devait prendre vient de passer devant lui.
Il s'arrête de courir pour attendre le suivant. Il peste avant de rire de sa colère. Le petit homme rit. Il a déjà fini sa bière, il en voudrait une autre, puis une autre encore, il aimerait être ivre pour ne plus songer au sexe de la femme en face de lui.
Il ne veut plus y penser mais il pense qu'il y pose sa bouche. Il pense qu'il pourrait être amoureux, amoureux comme dans la rengaine, d'un amour déçu puis retrouvé. D'un amour différent de l'amour rapide entre les portes battantes des hôtels.
Pas cette fois, l'amour des hôtels.
Aujourd'hui, il veut l'amour chez lui, avec renversée
sous lui cette femme sur les draps propres, et dans sa bouche le goût d'un sexe qui ne s'ouvrirait que pour lui.
Pas cette fois, l'amour à la va-vite, pas aujourd'hui.

"
Pas cette fois, pas aujourd'hui", se dit Marie. Et pourtant, les larmes roulent sur ses joues.
Pas cette fois, pas aujourd'hui, et pourquoi pas aujourd'hui, finalement ? Aujourd'hui est un beau jour pour s'attendrir, le ciel est bleu, bleu comme l'intérieur de ses jambes ouvertes ce matin dans la lumière des rideaux ouverts, puis dans la pénombre des rideaux fermés.
Bleue comme une orange, bleue comme cette brûlure qui la cuit sous sa chemise.
Mais quelle brûlure ? Timidement, elle ose un mot. L'amour ?

"Interdites, ces deux syllabes, interdites !", "Interdit, aujourd'hui cet amour sur les draps propres...", susurre le petit homme en regardant les jambes croisées, "Interdit, monsieur, interdit !!", lance le contrôleur à Arnaud qui, renonçant à attendre le bus, enjambe le portillon automatique du métro en brandissant sa carte orange.

Marie marche et sèche ses larmes, le petit homme boit une sixième bière, la vision des jambes est trouble et sur ce flou se détache, très net, le renflement d'un triangle imaginaire, Arnaud dans le wagon égrène sa journée, le café tiède dans le bol bleu, le café brûlant dans la tasse de Marie, puis le café renversé entre ses seins.
Et le cri de Marie, sa main sur la marque rouge.
Et le cri dans l'amour, avec la crispation des hanches.
Et l'ascenseur, cette longue descente pour s'arracher à la chambre où il aurait aimé s'engourdir, pour courir.
Et Marie sous la douche avec l'eau ruisselant sur son visage fermé.
Et le petit homme qui remet son pantalon jeté sur la chaise, sous les yeux de cette femme qui a écarté ses jambes dans la lumière crue de midi, pile au moment du baiser d'Arnaud sur le pas de la porte.
Et puis la porte la porte de la chambre crasseuse qui claque, avec la femme qui suit le petit homme pour reprendre son poste dans la rue.
Et la porte de l'appartement que ferme Marie pour laisser Arnaud seul dans la cage d'ascenseur.

"Demain, peut-être", a dit Arnaud en partant, "Demain, peut-être", a répété Marie qui demain lui ouvrira et lui dira
en se déshabillant : "Ici, maintenant" ; "Demain, peut-être, dit le petit homme qui ira dans les bars à la recherche d'une femme qui se laissera aimer, ou aimera une autre femme qui ne se laissera pas aimer.
Mais pas d'ici ni de maintenant dans les bras d'Arnaud,
pas d'ici ni de maintenant pour ce rendez-vous manqué à l'autre bout de Paris, à cause du bus, du retard et de l'amour avec Marie, pas d'ici ni de maintenant pour le sexe de cette femme qui monte avec un client.

Ici, c'est la rue dans laquelle on marche seul, le quai désert de la périphérie parisienne, le café avec la bière renversée sur la table et le verre brisé.
Et maintenant, c'est l'attente, le vide du désir et le désespoir.

Demain, peut-être, qui sait ? Qui sait ?
Ni le petit homme, ni Marie, ni Arnaud.

Par Chut ! - Publié dans : Nouvelles et essais
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Jeudi 24 janvier 4 24 /01 /Jan 04:18
Les relations BDSM suivies ne diffèrent pas, dans le fond, des relations "vanille". Au fil du temps, les partenaires cernent leurs attentes respectives, parlent de leurs fantasmes, en réalisent quelques-uns, en laissent d'autres pour plus tard...
Avec pour ciment la confiance et le respect, le lien d'abord ténu se renforce.
Ce qui ouvre bientôt la porte à d'autres jeux.


Au début d'une relation BDSM, le soumis fait - entre autres - part de ses limites au Dominant. Il n'a en aucun cas à en rougir, elles ne sont pas des tares. D'ailleurs, le malaise serait pour moi d'entendre :
- Mais je n'ai aucune limite, Maîtresse, je suis tout à vous !
Aucune limite ? Cela est sûrement possible, mais sûrement pas souhaitable.

À mesure des séances, les limites annoncées au préalable se déplacent. Le soumis
peut accepter ce qu'il refusait jadis, le désirer et même le demander.
Cette évolution signe peut-être, d'ailleurs, le savoir-faire du Maître : amener celui qui se donne à se donner davantage
encore ; le guider sans le brusquer pour qu'il dépasse ses propres barrières.
Non par volonté de triompher de lui,
mais par désir de le faire progresser sur la voie qu'il a choisie. 
Non par envie de briser ses résistances au prix d'une lutte, mais par souci de le voir s'épanouir.

Ce qu'on oublie parfois, c'est que les limites se situent des deux côtés. Flexibles ou élastiques, le Dominant a aussi les siennes. Par exemple, je refuserais des pratiques :
-
pédophiles, zoophiles, scatologiques. Et le vomi me dégoûte autant que les excréments. Quant à la nécrophilie, je n'en parle même pas !
- dangereuses comme la privation d'oxygène, la torsion des testicules... Pas du tout envie que la séance se termine à l'hôpital !
- médicales comme la pose de sonde(s) ou la mise en place d'aiguilles, qui requièrent un savoir-faire que je n'ai pas. Cela dit, il ne me déplairait pas de l'apprendre avec de bons formateurs.
- mutilantes, parce que je refuse absolument de marquer à vie le corps de l'autre. Les traces de coup s'effacent ; les coupures profondes et les brûlures de cigarettes laissent des cicatrices.

De même, je n'exigerais jamais un tatouage, humiliant ou non. Faire graver sur les fesses de sa soumise Salope à enculer (véridique !) est pour moi tout autant un abus qu'un préjudice social : allez donc chez le médecin ou à la plage avec ce charmant paraphe...
Étonnée, je m'interroge même : est-ce une marque de soumission absolue ou un manque total de discernement ?
Par Chut ! - Publié dans : Classé X
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Jeudi 24 janvier 4 24 /01 /Jan 02:46

Pour nombre de gens qui les envisagent de loin, les rapports SM sont simples : il y a un Dominant qui dicte sa loi au dominé. Le premier a tous les droits, le second surtout celui de se taire.
C'est à mon avis schématiser un lien complexe, réduire à un filin une corde richement tressée.

En premier lieu se pose, encore et toujours, la question des limites.
Normalement,
à tout instant, le soumis (le mien, par exemple...) a le pouvoir de dire "stop".
Si je passe outre, je ne suis plus une Maîtresse mais un tyran ; la séance plus un espace d'échanges mais un abus de pouvoir.
Je possède certes la clef du cadenas, mais mon soumis celle du jeu.

Bien sûr, ma liberté est grande : j'imprime à la séance mon rythme et - je l'espère - ma patte, impose ou interdit ceci ou cela. Mais ce ceci et ce cela n'existent que si la permission m'a été donnée.
En quelque sorte, le soumis alloue un "terrain d'exercices".
À l'intérieur, tout est possible ; à la lisière, le champ d'action se réduit ; au-delà, il est suspendu.


En second lieu se pose la question des attentes de chacun.
En tant que Maîtresse,
j'humilie verbalement, fesse, gifle, fouette, gode... mais refuse de me laisser réduire à un catalogue. Je ne suis pas un self-service délivrant telle pratique sur commande ; ni une carte de restaurant dans laquelle on pioche pour fixer au préalable le déroulé d'une séance.
Ma liberté d'action, ma fantaisie, mes impulsions, j'y tiens. Mieux, j'estime n'avoir ni à en discuter, ni à les justifier.
Pas envie de te gifler aujourd'hui, alors que tu n'attends que ça ? Tant pis.
Je te dis non à toi, alors que j'ai dit volontiers oui à un autre ? Tant pis également.

Lorsque j'ai commencé à fréquenter les soirées, l'attitude consumériste de certains soumis m'a frappée : ils veulent par exemple lécher vos semelles, mais surtout pas tâter de votre fouet. Là est peut-être leur limite, certes...
J'accède souvent à leur souhait avec plaisir, certes...
Néanmoins, je m'interroge : à leurs yeux, ne suis-je qu'une pourvoyeuse d'un service très particulier ? Parfois, le sentiment d'être utilisée pointe le bout de son nez.

Qui tientÀ ce sujet, une anecdote presque caricaturale me revient : j'ai tapé dans l'œil d'un jeune homme se présentant comme "soumis fétichiste".

Je suis assise sur une chaise, il s'agenouille pour m'honorer les chaussures. Une seule en vérité, l'autre étant déjà occupée à écraser un sexe en érection.
Bref. Ses mains, sa langue caressent le vinyle de mon escarpin surélevé. Mais cela ne lui suffit pas, c'est mon pied tout entier qu'il veut. 
Il entreprend donc, sans me le demander, d'enlever la bride de ma chaussure pour m'attraper le talon.

Le geste me déplaît. Je remets fermement la bride en place.
Se le tenant pour dit, il continue à me lécher le pied.


Mon attention se détourne de lui. Puis y revient, car soudain, je ne sens plus rien. Normal, sa place est vide. Je regarde alors mon collant et y découvre avec surprise... une flaque de sperme.
Il a pris son plaisir, puis est parti. Sans un mot, sans un merci.
Je suis furieuse.
Mon impression ? Au bout du compte, la soumise,
c'était moi. Il m'a instrumentalisée pour satisfaire une pulsion. De fait, une quelconque marque de gratitude (ou de simple politesse...) serait superflue.

Preuve aussi qu'on peut être soumis sans être respectueux.
Sacré paradoxe, non ?

 

 

Pin-up de Gil Evgren.

Par Chut ! - Publié dans : Classé X - Communauté : xFantasmesx
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Mercredi 23 janvier 3 23 /01 /Jan 04:20

SodomiserLongtemps, j'ai caressé le fantasme de sodomiser un homme. De le voir s'agenouiller devant moi puis se mettre à quatre pattes. Dos cambré etcroupe tendue. Cette croupe, je la tapoterais de plus en plus fort pour qu'elle rougisse. Sa peau frissonnerait bientôt d'excitation sous mes paumes.
M'accroupissant, je l'envelopperais de mes cuisses. Courberais mon corps pour frotter mon ventre contre ses reins en lui griffant les épaules.

À cet instant, sans même le vérifier, je serais sûre qu'il bande.
Ma main descendrait le long de sa poitrine pour enlacer son sexe, le serrer, le comprimer. Mon pouce glissé autour de son gland s'amuserait à le tordre tandis que l'autre main, venue en renfort, lui pincerait les testicules. De sa respiration pressée, mon soumis me demanderait de continuer à le maltraiter encore.
Parce que là est son plaisir, et que là est le mien.

Il serait temps de lentement le préparer à me recevoir. D
'abord avec mes doigts s'attardant sur la zone si sensible du périnée ; ensuite avec un jouet, titillant la petite ouverture qui désire s'ouvrir pour que je la prenne.
J'entrerais en lui avec douceur, attentive à ses crispations, à son souffle.
Femelle dressée en position de mâle, mâle penché s'offrant à la femelle.
Passage consenti de relais, grisante
 inversion des rôles.
Plaisir physique, plaisir cérébral... Une fois la première douleur passée, les deux s'accordent au rythme que j'imprime à notre danse. Délicatement, plus vite, plus doucement, plus fort.
Les mains posées sur ses hanches, courant sur ses flancs ou lui fouettant les fesses.
À la fin, il ne jouirait pas forcément. Mais repu de nouvelles sensations, il n'aurait qu'un souhait : s'abandonner de nouveau à moi pour recommencer.

C'est à peu près ainsi que ma première fois s'est passée.
Je crois que nous en gardons tous deux un excellent souvenir.

 

 

Photo : Trevor Watson. 

Par Chut ! - Publié dans : Classé X - Communauté : xFantasmesx
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