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En lisant en écrivant

De la relativité de l'amour

 

/David a laissé/ un Post It où il y avait mes numéros de téléphone et une citation :

La littérature nous prouve tous les jours que la vie ne suffit pas.

Ou le contraire ?

J'ai bu un mauvais Nescafé dans son jardin de curé, les coudes sur une table en plastique blanc de camping ; c'est difficile de boire quand on ne peut cesser de soupirer.

Au sortir d'une nuit d'amour comme celle-là - et, malgré mon passé fastueux, des nuits comme celle qui venait de s'écouler je n'en avais pas tellement eu -, on a la sensation de ne plus être maître de soi, de ses lèvres, de ses mains, jusqu'à la respiration qui semble ne plus vous appartenir.

On s'est tellement mêlés, on a si prodigieusement été l'un l'outil du plaisir de l'autre, que reprendre son corps en main semble insensé.

 

Les premiers mots qui suivirent la nuit où on est non seulement tombés amoureux, mais littéralement tombés l'un dans l'autre, ont une singulière saveur de vérité. Plus qu'on ne le voudrait, on se découvre, à l'autre comme à soi.

Ils restent, ces mots-là, comme un écho qui rend tout le reste indécent.

/David/ me dit qu'il m'avait attendue ; il savait que je lui reviendrais, car j'étais faite pour lui de toute éternité ; moi seule pouvait le guérir de sa fracture profonde, de son mal de vivre ; il me dit que j'étais la femme qu'il avait le plus baisée dans sa vie, tout seul ou aux côtés d'autres.

Il me dit que son âme était à moi et qu'elle m'appartenait depuis toujours.


J'étais comme un enfant pauvre qui hérite de la fortune de Rockfeller.

En même temps, je ne pouvais pas, je ne voulais pas le croire. Ç'aurait voulu dire que je trahissais ce que j'étais, ce en quoi je croyais : que rien n'est éternel, qu'on est profondément et définitivement seuls ; et cela, au fond, me convenait parfaitement.

D'ailleurs, tout ce que j'avais vécu me le confirmait.

Mes meilleurs moments sont ceux que je passe en tête-à-tête avec moi-même, à me balader sur la berge d'un fleuve, à écouter le vent dans les feuilles des peupliers. Ou un livre à la main, étendue dans l'herbe. À écouter La Passion seon Saint Matthieu, à parler à un chat, à dormir dans un grand lit vide et un peu froid...

La présence d'un homme a toujours masqué, d'une certaine manière, mon bonheur. Je n'ai d'yeux que pour lui, alors que le reste du monde m'a toujours semblé plus intéressant que l'amour.

Il y a une vieille dame qui habite au fond de moi, une vieille dame agacée par tous ces frottements, toutes ces scènes, par les baisers et les larmes. Elle a les yeux clairs, la peau propre et sèche, et n'aspire qu'au calme pensif d'un matin d'hiver ; le reste, ça la laisse sceptique et un peu navrée.


Simonetta Greggio, Plus chaud que braise extrait du recueil de nouvelles L'Odeur du figuier.


 -----------------------------------------------    

Être d'eau

 

Je bénis l'inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d'épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d'y circuler quand même.

Il y a des créatures incapables de comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s'infiltrer, contourner. Quand on leur demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches pierreux voient en elles des traîtresses ou des menteuses, alors qu'elles sont sincères à la manière de l'eau.

Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de dire "oui, je vais t'épouser" ?

Là serait le mensonge. On ne retient pas l'eau. Oui, je t'irriguerai, je te prodiguerai ma tendresse, je te rafraîchirai, j'apaiserai ta soif, mais sais-je ce que sera le cours de mon fleuve ? Tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

 

Ces êtres fluides s'attirent le mépris des foules, quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d'éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d'éloges, sont à l'origine de toutes les guerres.

Certes, avec Rinri, il n'était pas question de politique internationale, mais il m'a fallu affronter un choix entre deux risques énormes.

L'un s'appelait "oui", qui a pour synonyme éternité, solidité, stabilité et d'autres mots qui gèlent l'eau d'effroi.

L'autre s'appelait "non", qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m'aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles qui font bouillir l'eau d'indignation, car elles sont injustes et barbares.

 

Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles ! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard.

Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie.

 

Amélie Nothomb, Ni d'Ève ni d'Adam.


 -----------------------------------------------    

Bonheur

Un seul bonheur, tout d'une pièce, terrestre et céleste à la fois, temporel et éternel d'un tenant : le bonheur d'être au monde, en ce monde-ci, de l'habiter pleinement et de l'aimer tout en le reconnaissant inachevé, traversé d'obscures turbulences, troué de manque, d'attente, meurtri, raviné par d'incessantes coulées de larmes, de sueur et de sang, mais aussi irrigué par une inépuisable énergie, travaillé de l'intérieur par un souffle à la fraîcheur et à la clarté d'autore - caressé par un chant, un sourire.

Le bonheur imparti à Bernadette, comme à tous les hommes et femmes de sa trempe, consistait à avoir reçu un don de claire-voyance, de claire-audience qui lui permettait de percevoir l'invisible diffus dans le visible, la lumière respirant même au plus épais des ténèbres, un sourire radieux se profilant à l'horizon du vide, affleurant jusque dans les eaux glacées du néant.

Le don d'une autre sensibilité, d'une intelligence insolite, et d'une patience sans garde ni mesure.

Le don d'une humilité lumineuse - clef de verre, de vent ouvrant sur l'inconnu, sur l'insoupçonné, sur un émerveillement infini.

 
 

Sylvie Germain, La chanson des Mal-Aimants.

 

-----------------------------------------

Femmes, femmes, femmes...


Je me demande ce qu'aurait été ma vie plus tard si, enfant, je n'avais pas bénéficié de ces petites réceptions chez ma mère. C'est peut-être ce qui a fait que je n'ai jamais considéré les femmes comme mes ennemies, comme des territoires à conquérir, mais toujours comme des alliées et des amies - raison pour laquelle, je crois, elles m'ont toujours, elles aussi, montré de l'affection.

Je n'ai jamais rencontré ces furies dont on entend parler : elles ont sans doute trop à faire avec des hommes qui considèrent les femmes comme des forteresses qu'il leur faut prendre d'assaut, mettre à sac et laisser en ruines.

 

Toujours à propos de mes tendres penchants - pour les femmes en particulier -, force est de conclure que mon bonheur parfait lors des thés hebdomadaires de ma mère dénotait chez moi un goût précoce et très marqué pour le sexe opposé. Un goût qui, manifestement, n'est pas étranger à ma bonne fortune auprès des femmes par la suite.

Mes souvenirs, je l'espère, seront une lecture instructive, mais ce n'est pas pour autant que les femmes auront plus d'attirance que vous n'en avez pour elles. Si au fond de vous-mêmes, vous les haïssez, si vous ne rêvez que de les humilier, si vous vous plaisez à leur imposer votre loi, vous aurez toute chance de recevoir la monnaie de votre pièce.

Elles ne vous désireront et ne vous aimeront que dans l'exacte mesure où vous les désirez et aimez vous-mêmes - et louée soit leur générosité.

 

Stephan Vizinczey, Eloge des femmes mûres.

Tic tac

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Vendredi 5 septembre 5 05 /09 /Sep 05:50
La première fois que j'ai vu Feu mon amour, je ne l'ai pas trouvé beau.
A
u premier regard je fus frappée par la proéminence de son front dominant son nez court, par l'avancée volontaire de son menton démentant la finesse de sa bouche.
Il avait un visage en déséquilibre. Moi, l’esprit en bascule.
J'aime, j’aime pas...
Mon regard rebondissait en ping-pong de son front à ses lèvres, de ses pommettes peu marquées à sa barbe naissante.
J'aime pas, j’aime...

Il s'est incliné pour me saluer. Courtoise attention, vu que je lui arrivais à peine à l'épaule.
Mes yeux ont plongé dans les siens, étirés à l’aplomb de ses sourcils épais. Arc de cercle contre angle droit, iris foncés sur le blanc de ses globes de lait.
Des prunelles sombres de crooner ou de bandit. Venues d'ailleurs, en vérité.
Mais cela, je l'ignorais encore.
J'aime…
Noir contre bleu, il avait gagné.

Lorsqu'il sourit, ses lèvres découvrirent des dents parfaites. Des pattes d'oie plissèrent le coin de ses yeux, une rangée de stries son front.
Je découvris alors un autre visage. Pétillant, candide, (d)étonnant de malice et de timidité.
J'ai aimé... certainement une fois de trop.

Le soir même, le surlendemain, les quelques jours avant son départ, je l'ai trouvé beau.
La dissymétrie de ses traits n'était même pas charmante, elle s'était tout simplement effacée. Et alors qu'écartelée sur mon lit, il me pénétrait, que des rides transversales coupaient son front en autant de plis, je buvais son visage.
Je le buvais d'un trait, cul sec, comme on se grise. Saoule de le voir et de le sentir en moi, tellement ivre de son plaisir que j'aurais pu jouir comme ça, rien qu'en le regardant.
Il partit.

Un mois plus tard, il m'envoya une photo de sa "nouvelle sale gueule" (sic). Il craignait apparemment de ne plus me plaire ou d'avoir trop changé pour me séduire encore. Lui mal nourri, pressurisé dans son ailleurs, me supposait les joues roses et l'allure replète des gens d'ici.
Il ignorait que depuis plus d'un mois, cloîtrée dans mon ici, je vivais au rythme de son ailleurs. Que je ne mangeais plus guère et dormais encore moins.
Mais ce n'est pas moi qui allais le lui dire.
J'ai ma fierté, merde.
Sur la photo, il avait en effet les cheveux et la barbe mal taillés, le teint grisâtre et les traits creusés.
Je ne l'ai pas trouvé laid, je l'ai trouvé triste.
Triste et beau comme le fantôme de lui-même.


Un mois plus tard encore, il revint, épuisé, plus maigre qu'il n'était parti.
Je le trouvai plus que beau et sa beauté me faisait mal.
Cet homme était mon soleil, cet homme était ma mort. Et comme ni l'un ni l'autre ne peuvent se regarder en face (La Rochefoucauld dixit), je le regardais à la dérobée. Discrètement, quand il ne me voyait pas, comme un misérable paparazzo volant des images interdites.

Clic clac.

Chaque instantané de lui m'était un coup de canif au cœur, une intrusion de lame suraiguë
sur la pellicule ultrasensible de ma mémoire photographique.

Clic clac.
Je me souviens de ce jour où nous avions rendez-vous sur le quai d'un métro aérien. Je sortis en courant de chez mon amie Ether afin de le rejoindre plus vite. Puis, arrivée sur le quai, je ralentis le pas pour mieux savourer mon bonheur.

Un homme m'aborda. Je le repoussai d'un geste, tout entière aimantée par sa silhouette à lui, imprécise et courbée sur un banc, un livre sur les genoux.
Je m'approchai en m'efforçant de ne point faire claquer mes talons.
Je ne voulais pas qu'il lève la tête, du moins pas encore.
Je voulais regarder son profil fermé sur les lignes qu'il déchiffrait, son profil qui allait devenir face quand il se tournerait vers moi, quand cet instant en suspension serait rompu.
Même pantalon, même veste en jeans... Nous nous étions quittés à peine trois heures plus tôt et il m'attendait, habillé comme la veille et le jour d'avant.


Il m'attendait, moi...
Une vague me submergea.
J'eus envie de lui hurler que j'étais là, juste à ses côtés, que je l'aimais, lui, cet anonyme sur ce quai aux yeux des autres, mon astre beau à en crever aux miens.
J'eus envie de lui hurler tout ça, toutes ces conneries, mais je me tus.
Parce que j'ai ma fierté, merde.
Parce que crier sur un quai de métro, ça ne se fait pas, sauf dans les films.
Parce qu'entretemps, ses yeux d'ailleurs s'étaient posés sur moi.
Les mots rentrèrent dans ma gorge comme les sabres d'un avaleur de couleuvres.


Clic clac.
Je me souviens du jour où je portais à la fois la mort et le mariage. C'était celui de la robe noire et des bas blancs, celui où il fit couper ses cheveux en broussaille.
Dans la rue les regards des hommes caressaient mes jambes, ceux des femmes son visage au crâne tondu.
Il était si beau que je marchais pendue à son bras, l'âme fière et le cœur chaviré. 
Il était si beau que je me découvrais
louve et me désirais propriétaire, en me méprisant d'être aussi mesquine. Au temps pour moi, la fille aux idées censément larges, ouverte au partage des corps et des culs.

C'était un jour de belle dégringolade, un jour où j'aurais mordu celles qui s'approchaient de lui d'un tantinet trop près, où j'aurais imploré les plus jolies de disparaître pour me le laisser.
Rien que pour moi, rien qu'un peu.
S'il vous plaît... et a fortiori puisqu'il vous plaît.
Je n'étais pas en danger, je crois. Mais ainsi que la beauté est dans l'œil
de celui qui regarde, je me sentais assaillie de toutes parts, grignotée, friable, soudain vilaine, minuscule du haut de mon âge et du bas de mes cernes.
Quand il me fit l'amour ce soir-là, j'eus envie de pleurer, mais mes sanglots butèrent contre mes amygdales.
J'ai ma fierté, merde.

Clic clac.
Je me souviens du jour où, fin de break oblige, il s'envola à nouveau vers son ailleurs.
Ce fut une fin de partie à la Beckett, Samuel, à peu près aussi absurde.

Nous étions dans la voiture d'Ether. Nous nous efforcions, lui à l'arrière, moi à l'avant, de deviser sans y croire, alignant les phrases avec la légèreté plombée de ceux qui vont bientôt se séparer, sans encore savoir que c'est pour toujours.
Lorsqu'il me serra dans ses bras pour un dernier baiser, sa beauté me tétanisa.
J'étais horriblement mal, toute molle dans son étreinte, trop occupée à ne pas m'effondrer pour penser à quoi que ce soit d'autre.
J'ai ma fierté, merde.

Clic clac.
Ma mémoire de "paparazza" captura cette presque dernière image de lui penché sur moi, avec une tendresse si évidente, si palpable qu'elle ne pouvait être feinte.
Mais la tendresse au regard de l'amour n'a jamais suffi.

A
près l'indifférence, elle est même la pire des insultes.
- Prends soin de toi... Ça va aller, on se revoit bientôt, me dit-il.
- Bien sûr, répondis-je.
P
ersuadée du contraire, je m'arrachai un sourire.
Parce que j'
ai ma fierté, si petite et comprimée soit-elle.
Merde.

Par Chut ! - Publié dans : Feu mon amour
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Mercredi 3 septembre 3 03 /09 /Sep 03:27
Je corresponds depuis quelques minutes à peine avec Achille qu'il me propose sa photo.
J'acquiesce mollement :
pour discuter avec un homme, nul besoin de voir son visage. Au contraire, j'aime échanger portée par mon imagination, sans image pour faire écran.
Mais Achille insiste. Si, si, sa photo.

Tant d'empressement me paraît suspect. Si suspect que je n'y vois que deux raisons possibles.
Soit Achille, pas terrible ou même très laid, souhaite d'emblée évacuer l'embarrassante question de son physique. Peut-être craint-il, si nous nous rencontrons en vrai, que je ne m'étouffe avec ma boisson ou ne me sauve.
Soit Achille, très mignon ou même fort beau, cherche à m'en mettre plein la vue. Dans ce cas-là, pour moi dont la zone la plus érogène est le cerveau, c'est pas gagné.
Cette particularité-là, Achille l'ignore. Rien de plus normal d'ailleurs, puisqu'il ne me connaît pas.
En revanche, il semble décidé à me connaître davantage, et encore plus à m'envoyer sa photo.
Moi beaucoup moins, mais qu'importe.
Va pour la photo.

Une poignée de secondes plus tard, elle atterrit dans ma boîte. Enfin, elles atterrissent. Parce qu'Achille, sous ses allures de jouer la transparence, est un fieffé menteur : ce n'est pas une photo qu'il m'a envoyé, mais quatre.
Dans ma boîte de réception, elles s'affichent en taille gommettes. Pas de quoi se faire une idée du bonhomme, en somme.
Je choisis au hasard le timbre-poste du milieu. Qui s'agrandit format enveloppe mais que je ne regarde pas. Emportée par mon élan, je clique en tir groupé sur toutes les autres icônes.
Tchac-a-tchac-a-tchac.
La souris changée en mitraillette, je me prends à espérer qu'Achille ne me foudroie. Que son visage ne me transperce, ses pupilles ne me fichent une bonne volée de plomb ou de bois vert, ses maxillaires ne me donnent des envies de riposte et sa bouche des velléités de légitime défense.

J'entr'ouvre les cils.
La dernière photo d'Achille, écrasant les autres de toute son envergure, squatte plus qu'une bonne moitié de mon écran.
- Arf... Cet homme prend de la place ! me dis-je en reluquant les bords de l'image.
Et alors que je reluque au milieu, en plein dans le mille du visage d'Achille, je vois... un bonobo.
Autrement dit, un beau primate.

Achille a sans conteste les yeux un peu trop rapprochés mais très clairs, les sourcils un peu
trop broussailleux mais parfaitement dessinés, le nez un peu trop fort mais très bien proportionné, le menton un peu trop proéminent mais très volontaire.
Achille flirte en tout avec la ligne du
"trop" menaçant d'être un "pas assez" mais s'en déjouant.
Son "trop" à lui, c'est un "très", et sans conteste, il a une belle gueule.
Une de celles à vous coller des envies inavouables de redresser son col de chemise pour mieux en faire sauter les boutons, d'effleurer ses joues pour mieux les souffleter,
d'embrasser ses lèvres pour mieux les mordre, de caresser ses cheveux pour mieux les tirer à pleines mains.
Une gueule à l'enfourcher sur un tapis.
Une gueule à lui montrer vos fesses.

Autrement dit, Achille sent le sexe. Il l'empeste, même.
E
t ça, il le sait. Et le sachant, il s'étale, il déborde de tous ses pixels, alors qu'au fond, vous ne lui avez rien demandé.
Pas même encore son numéro de téléphone.

(À suivre... seulement si vous le voulez !)
Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Mardi 2 septembre 2 02 /09 /Sep 03:16
Sven fait partie de mon "armée des ombres". Un jour, je prendrai sûrement le temps de développer davantage ce que ce terme représente pour moi ; et puis j'aimerais aussi écrire un billet sur chacun d'eux. Mais pas cette nuit.
Cette nuit, j'ai envie de parler de Sven.

Sven a été un de mes premiers lecteurs. Il a atterri ici plus ou moins par hasard alors qu'on ne se connaissait pas. Un bref message par ci, un autre par là... L
a curiosité a été réciproque, je crois. Et, de fil en aiguille, de petits mots en longs échanges, on s'est découverts, appréciés.
Puis, un jour, j'ai mis
ce texte en ligne, sans me douter une seconde de ce qui suivrait le lendemain.
Ce fut un texte de Sven dans ma boîte. Dur, poignant, intense, à fleur de peau, le genre de texte qui vous colle l'eau aux paupières et un direct à l'estomac en même temps. D'ailleurs, en le lisant, j'avais les yeux embués et la respiration toute courte. Et après aussi.


Il est comme ça, Sven. Sous ses airs de ne pas y toucher, il a les mots qui touchent et les attentions qui vont avec : quelques phrases semées en bouées quand je ne vais pas bien, comme autant de rappels amicaux signifiant qu'il est là. Et si jamais je chavirais pour de bon, il me jetterait sûrement l'ancre du bateau (mais pas sur la tête, hein... ce garçon a trop de savoir-vivre !).

Il est aussi pudique, Sven. Pas du genre à faire étalage de ses sentiments et pensées intimes, alors que je soupçonne que parfois ben... ça vibre, ça remue, ça bout même là-dedans. Mais ce qu'il a à exprimer, il le dit à sa manière.
Par ses écrits, parce qu'il a du talent - et certainement autant de réticences que de talent, mais aux dernières nouvelles, les premières ont décidé de lâcher la bride qui retenait le second.
Puis par ses yeux à travers un objectif, ou par ses yeux tout court.
C'est d'ailleurs
l'intensité de son regard qui m'avait marquée en découvrant son visage.
Ce regard-là, c'est une vraie fournaise de charbon pur jais.
Et ce soir-là, je fixais Sven qui me fixait, immobile. Et plus je le fixais, plus je racornissais à vue d'œil, en me disant que si je le rencontrais un jour, je me liquéfierai sur place s'il me fixait de cette façon.

Heureusement pour moi, ce ridicule m'a été épargné. Je n'ai pas fondu comme un sucre dans ma tasse, ne me suis point changée en petite flaque sur mon siège.
Non que Sven eût de moins beaux yeux que sur la photo. Mais il n'était pas intimidant, ce qui est une qualité.

Depuis ce jour de sauvegarde de ma cohésion moléculaire, nous dînons ensemble de temps à autre. Pour ces plaisirs futiles mais qui comptent tant de plaisanter, partager un bon repas, nous raconter nos histoires.
Enfin, à dire vrai, Sven écoute beaucoup les miennes, d'histoires, car j'ai beau avoir pris Chut ! pour pseudo, dans la vraie vie, je suis drôlement bavarde.
Et Sven drôlement adorable. Et bel homme, aussi.
Là, je pense qu'il a rougi.


Note : Sven, j'aurais bien mis en illustration un groupe entier, mais impossible. Les photos étaient vraiment trop vilaines. :)
Pour te venger, tu as le droit de m'envoyer tes potes murer nuitamment la porte de mon appart', mais pas (je te l'interdis !) de jouer de la musique sous mes fenêtres. Inutile... il pleut déjà.


Précision : conformément à ma bonne (?) habitude, Sven n'est ni son prénom, ni son pseudo. Je n'aurais pas pris la liberté de citer l'un ou l'autre sans son autorisation. Puis Sven, ça lui va bien, parce que c'est follement nordique.
Là, je pense qu'il me déteste.

Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Dimanche 31 août 7 31 /08 /Août 22:44
Nous venions de passer une excellente soirée. De grignoter des Apéricubes mélangés à du champagne, puis du champagne arrosé de jambon de Parme (ou était-ce l'inverse ?). De parler de films complètement inconnus mais que, surprise, nous avions vu tous les deux.
- Incroyable ! Mais comment tu le connais, ce film ??
- Ben, je l'ai vu au cinéma...
- Moi aussi, et nous étions deux dans la salle.
- Tu vois... Quand je te dis qu'on s'est déjà rencontrés quelque part !
Paulien et moi nous étions déjà rencontrés quelque part, en effet. Au lycée, précisément, alors que j'achevais - laborieusement - la terminale et qu'il était en classe prépa.
Pour les term', les classes prép', c'est déjà presque des vieux.
Pour moi à l'époque, les
classes prép', c'était un autre monde.
Un monde d'intellos
de l'autre côté de la barrière du bac. Un monde auquel je n'appartenais pas pour un diplôme que j'ai failli ne pas passer.

- Eh, minute ! T'étais pas brune à l'époque ?
- Si, si, mais ça m'arrangerait que tu ne te souviennes pas de moi. J'étais vraiment trop moche.
- Pfff... Allez, je n'en crois pas un mot !
- Parfois, tu devrais. Puis il agaçant, ton présupposé. Je ne raconte pas que des conneries !

E
nlacés sur son minuscule balcon, nous avions ri à gorge déployée.
En cette toute fin de juillet, Paris était désert. Mais avec l'effet d'écho sur
les façades d'en face, nos rires rebondissaient sur les briques pour nous revenir, amplifiés.
- Des conneries, ah ah ah !
On aurait juré que c'était la grosse poilade du quartier. Que tous les voisins assemblés, bien planqués derrière volets, nous faisaient chorus pour se désopiler eux aussi la rate.
- Trop moche, ah ah ah !
Ben si, trop moche.
Et puis vos gueules. On veut dormir, maintenant.

Derrière la girouette du toit le plus proche, l'aube commençait à poindre. Rassasiés d'Apéricubes, de champagne, de jambon et de fous rires, Paulien et moi rentrâmes dans l'appartement.
Les baies vitrées se fermèrent sur le silence des immeubles, les stores sur le petit jour.
Le clic-clac
déplié du salon nous attendait. Nous nous fourrâmes en vrac sous les couvertures, roulâmes l'un sur l'autre, ma main sous son tee-shirt, la sienne sous ma jupe.
Nos lèvres se cherchaient,
s'épousaient, s'éloignaient, se bécotaient, reprenaient du champ, se retrouvaient, se mordillaient en excitantes prémisses d'un vrai baiser de cinéma.
Mais pas un cinéma classé B ou Z, comme les films que nous étions les seuls à avoir vus. Notre lettre à nous, c'était le X. Le X avec la langue, la salive, la gaule, la mouille, le désir de prendre et d'être prise.
C'est à la faveur d'une brève séparation que la scène se gâta.
Paulien haleta sur ma nuque une phrase que je ne compris pas.
En vérité et toute honnêteté, je la compris parfaitement, sa phrase. Mais elle me frappa si fort, si loin, d'une façon et avec une violence si inattendues que j'en restai abasourdie.

Brusquement, ma main s'immobilisa sur son torse. Brusquement je me redressai d'un bloc, dégrisée, échevelée, avec l'indignation et la colère d'une fille en butte à un terrible malentendu.
- Pardon ? Tu peux répéter ?
Décontenancé, Paulien s'exécuta néanmoins en toute innocence :
- J'aime beaucoup t'embrasser, ma chérie.

Ma main décolla de sa poitrine pour se rassembler en un poing compact. Un poing duquel émergeait un index menaçant, vengeur, pointé vers sa bouche.
Je m'entendis vociférer d'une voix blanche, d'une voix mauvaise, d'une voix qui n'était pas la mienne :
- Ce mot-là... ma chérie... Hors de question, tu m'entends ? Tu n'en as pas le droit ! Pas le droit, c'est compris ?
Paulien me fixait, étonné, conciliant, alors que je me renfrognai dans un mutisme de glace.
- D'accord, je ne te le dirai plus.
- Dormons, il est tard
, conclus-je.

Nous nous allongeâmes épaule contre épaule, cuisse contre cuisse, front contre front.
Mais les paupières grandes ouvertes sur le noir, je ne pouvais trouver le sommeil. Les pointes et aiguillons de la tendresse et du remords venaient tour à tour me piquer, me transpercer, me pourfendre.

Alors, comme si ma vie en dépendait, comme si j'allais crever pétrifiée sur place, je murmurai à son visage si tranquille et si beau :
- Je t'aime... beaucoup, tu sais.
- Moi aussi,
répondit-il, un regard coulé
de biais entre ses cils.

Je me détournai en enserrant l'oreiller pour mieux le mordre. Brûlant d'agripper en naufragée son bras soudain glissé sur ma taille ou de le repousser pour le lui claquer à la figure.
Le cœur en bataille, je lui assenai du haut de ma tristesse :
- Sauf que bien t'aimer, voilà une excellente raison de me barrer. La meilleure, même.
- Sûr que sans culotte et à six heures du matin, ça aurait de la gueule
, m'objecta-t-il du tac au tac.

S'il était besoin de raisons pour rester avec Paulien, en voilà une excellente. Pas la meilleure, toutefois, juste une de celles qui ont compté : jamais Paulien n'a pris ma rudesse pour de la méchanceté. Il l'a d'emblée située à sa juste place. D'abord parce qu'il est d'une rare finesse, ensuite parce que je compte pour lui, je crois.
"Tu comptes pour moi..." ne sont pas, prononcés par lui à mon oreille, des mots interdits.
Au contraire, j'aime à les entendre, en confidence de sa bouche sur ma nuque.
Par Chut ! - Publié dans : Eux
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Vendredi 29 août 5 29 /08 /Août 00:55
Un extrait du texte mentionné dans Ivre d'hommes et d'écriture :

J’imagine cette femme guetter des nouvelles. C’est le soir, le moment habituel où elle en reçoit. Mais aujourd’hui, rien ne vient. Elle tente de l’appeler mais les sonneries s’égrènent, ricochant sur le vide d’un ailleurs dont elle ignore tout. Contrainte à patienter, elle relève mille fois ses mails, tourne autour du téléphone. N’ose pas s‘éloigner ni sortir de chez elle. Si son portable tintait au fond de son sac, elle risquerait de ne pas l’entendre.
Les heures interminables s’étirent dans le silence. Elle trépigne en regardant sa montre. Bientôt, il sera trop tard pour espérer encore.
Bientôt, il faudra attendre demain.

La nuit est tombée depuis longtemps. Elle finit par aller se coucher, déçue, agacée, le croyant lui aussi endormi, attribuant à la fatigue la cause de son silence : elle l’a cueillie en traître avant qu’il ne décroche le téléphone.
À moins qu’il ne l’ait perdu ou oublié quelque part.
À moins que le réseau n’ait été coupé sans préavis.
À moins que, à moins que…
Les raisons sont si nombreuses et banales qu’elle renonce à se les énumérer, à creuser davantage ce qui la blesse déjà : il est loin et elle n’a pas entendu sa voix aujourd’hui.
De toute façon, demain, elle saura.

Mais non. Loin d’apporter un soulagement, le lendemain est un supplice de silence. Aigu, étale, il enfle à mesure des minutes, remplit l’appartement, sature l’espace, lui broie le cœur, crève les murs, perfore ses tympans de sa déflagration muette.
Elle panique. Aurait-elle dit une chose qui lui ait déplu, prononcé une phrase malheureuse, ouvert la porte à un malentendu ? Elle cherche d
ans leurs derniers échanges les double sens, les allusions, les mises en garde. Elle dissèque ses propos, décortique ses questions, réinterprète ses réponses, fabrique du second degré là où il n’y en a pas. Elle s’acharne, s’épuise à tourner dans un cercle de mots avant de le soupçonner, de le mépriser, de le maudire.
Se défilerait-il au lieu d’avouer qu’il n’a plus rien à lui dire ou s’est lassé d’elle ?
Serait-il un lâche, un sadique s’amusant à la torturer ?
Alors qu’elle lui est attachée, ne se serait-il pas, lui, détaché ?
Si ça se trouve, il a rencontré une autre femme. Moins belle, moins disponible peut-être, mais plus près.
Loin des yeux, loin du cœur…
Le poncif des amoureux séparés la gifle de son évidente banalité. Voilà, elle a compris, il est avec une autre. L’idée la révulse, mais cette idée n’est encore rien. Juste de la rigolade comparée à celle qui suit et expliquerait tout :
S’il ne l’appelle pas, c’est qu’il en est incapable.
S’il en est incapable, c’est qu’il est blessé.
S’il est blessé, c’est qu’il est peut-être mort.

Elle prierait à genoux pour se tromper, pour qu’il l’ait dédaignée, quittée sans autre forme de procès. Prête à encaisser l’humiliation plutôt que la certitude de rester seule dans un monde où il n’est plus. Sans qu’elle connaisse les circonstances de sa mort, n’ait vu son corps une dernière fois ni ne sache où il repose.
Terrée dans ses cauchemars, la voici réduite à imaginer, encore et toujours, ce torse aimé criblé de balles, son ventre déchiqueté, ses bras sectionnés aux épaules démises, la tête éclatée par un obus en fleur écrasée sur l’ocre du sable, auréolée du rouge du sang pissant de ses veines.

(Photo : Willy Ronis)
Par Chut ! - Publié dans : Nouvelles et essais
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