Le blog de Chut !

Tendre-est-la-nuit.pngJe me coulai contre lui. Nos lèvres se trouvèrent comme si jamais elles ne s’étaient désunies. Souffles pressés, paupières closes, contre mon nez sa courte barbe rêche et entre nos peaux, malgré nos caresses, cette distance nécessaire aux lieux publics.


Reculant, j’eus alors ce geste si impudique pour moi : yeux rivés aux siens, je passai tendrement la main sur son front, suivit l’arc de son sourcil pour m’arrêter sur sa pommette, épousait sa joue et encerclait son menton. Lentement, à petits chemins, comme un sculpteur aveugle graverait un modèle aimé dans sa mémoire.

Geste apparemment de rien mais qui signifie tout. Le désir comme la peur de perdre, l’amour comme la nécessité de la perte.

 

Il nous restait si peu de temps. Si peu avant l’avion, demain. Si peu avant, le soir même, l’arrivée de Salomé chez moi. Aurais-je été libre que Dorian, attendu pour un dîner, ne l’était pas.

Je lui offris de me rejoindre au milieu de la nuit. Qu’importait la fatigue puisque nous aurions pu être ensemble, une dernière fois, pour quelques heures. Heures peut-être volées à elle, sa compagne, même si à aucun instant, au cours de nos quelques nuits, je ne m’en fis le reproche.

 

Pour moi, c’était des heures que nous nous accordions. C'était notre histoire commencée bien avant elle, un amour juxtaposé à leur relation compliquée, un lien très spécial qui ne la regardait pas et dont, à ce titre, elle semblait jalouse.

Pour le peu que je l'ai vue, elle ne m’appréciait pas, je crois. En retour, je ne l’appréciais pas davantage. Non pour la percevoir comme une rivale, mais parce qu’elle le rendait, lui, malheureux.

Jamais, malgré leurs qualités, je n’ai pu chérir ceux ou celles qui blessaient, ou pire, détruisaient mes proches à petit feu. Accordaient-ils leur permission, puisqu’il n’est pas de victimes sans bourreaux, que cela changeait peu à la donne : les heurter eux, c’était m’attaquer moi.

A ma proposition de me rejoindre, une lueur tremblota dans les yeux de Dorian puis s’éteignit. Il aurait fallu trouver des prétextes. Inventer des excuses. Expliquer ou plutôt mentir.

Certaines absences sont plus justifiables que d’autres. Celle-ci ne l’était évidemment pas. Tout à tour me blottissant dans ses bras et m’en arrachant, je soufflai contre son cou :

- Allons-nous-en.

 

Nous sortîmes de L’Imprévu. La nuit était déjà tombée. Mon dernier crépuscule parisien avait le goût de l’ombre et la chaleur de sa paume. Enlacés, pressés, nous enfilâmes la rue piétonne jusqu’au boulevard en quête d’un taxi.

Plusieurs passèrent sans s’arrêter. Regardant leurs phares disparaître dans la file des véhicules, je songeai aux minutes qu’ils nous dérobaient, si précieuses alors que nous avions déjà perdu tant de temps.

Une voiture stoppa enfin à notre hauteur. Nous nous y engouffrâmes. Je lançai mon adresse au chauffeur, tremblant qu’il ne refuse la course sous prétexte que nous n’allions pas assez loin.

De carrefours en feux rouges, la route jusqu’à chez moi sembla pourtant interminable.

 

Mon immeuble, enfin. Je composai fébrilement le code, écrasant chaque touche de peur d’en rater une. Il arrivait parfois que le mécanisme se grippât pour m’interdire l'accès.

Hall, baisers, deuxième porte, main sous ma robe, escaliers, cavalcade dans les marches, palier, troisième porte. La mienne qui, repoussée d’un violent coup de pied, claqua derrière nous.

A l’entrée du couloir nos manteaux tombèrent. Puis le long des livres nos autres peaux inutiles, traçant du salon à la chambre le chemin rectiligne de notre désir.

 

 

 Parce que ces mots s'accordent à merveille ici et que c'est beau, tout simplement.

La suite sur ce lien

Ven 4 jun 2010 2 commentaires

Hola! Back in Singapore, one year and a mounth after. Again in Sleepy Sam's. But you were not there sitting by the window. Do you still have that old watch you bought?

/Javier

Javier - le 06/06/2010 à 09h20

Hola Javier !!!! What a surprise, I hardly can believe it !! I haven't come back in Singapore for one year, except  for a stop-over at the airport... I still have the watch, but unfortunately, it doesn't work anymore : I forgot to remove it before diving and, despite its good USSR quality, it didn't like the depth nor the salty water. :)

So happy to hear from you after all this time !

Chut !

Quick answer!!! :D

Write me an email and tell me where are you now. I tried to follow up in the blog, but trying to understan french is not that easy :) I promise to respond.

I have been looking for a watch myself today at that same marché du peuce (... or whatever is writen). No success.

Facebook... I am more likely about to close it.

Javier - le 06/06/2010 à 10h17

Yes, I'm on line, working on my terrace... Life is so hard. :)

I send you an email, let's keep in touch. No worries, no matter for Facebook.

Btw, fleemarket is "marché aux puces" in french, but it's so nice to hear the other version from a spanish guy's mouth. You know I love your accent. :D

Chut !