Le blog de Chut !

J'aime Brigitte Fontaine. Brigitte Fontaine m'horripile.

Mamie déjantée, grande bringue dégingandée vêtue de fringues improbables, le visage ravagé par les abus, Brigitte Fontaine est une gueule. Mais surtout, une grande gueule.

Je détesterais l'interviewer. Coriace, la bête ne se laisse passer à la question. Elle a le sens de la formule mais pas celui des convenances. La politesse de la patience, ça la gonfle. Elle se moque des journalistes et de leurs questions idiotes. Elle esquive les autres ou répond à côté... quand elle répond. Elle soupire, éclate de rire à contretemps, s'agite sur son siège, se lève.
En un mot, elle fait son show.

Je l'imagine bien se planter devant la caméra pour jeter :
"Mais je ne suis pas folle, vous savez !"
À la voir, on pourrait en douter. À mieux l'observer, on s'interroge : quelle est la part du vrai, la part du masque ? Si Brigitte souffre de folie, c'est de folie douce. Quand Brigitte délire, elle se parodie avec un clin d'œil en coulisses, qui laisse entendre : "Ah, mes cocos, je vous ai bien eus !"
Brigitte a la clownerie juste des bouffons des rois, qui s'autorisaient à tout dire sous couvert d'étourderies et de bons mots.

Sur scène, poupée mécanique aux ressorts grippés, elle bouge moins qu'elle ne tressaute. Elle ne chante guère, elle récite, elle éructe, elle braille. Elle occupe l'espace, elle vibre, elle donne le tournis.
Un concert de Brigitte, c'est une grosse poilade assortie d'une volée de claques en pleine figure.

Certaines de ses chansons (L'Île*, La Cour*, Belle abandonnée**, Il se mêle à tout ça**...) sont de magnifiques poèmes. "Amour" peut certes y rime avec "toujours", mais sans la facilité des phrases creuses :
L'ombre énorme et brûlante tournant toujours
Était une pesante dame d'amour.


D'autres chansons (La Femme à barbe**, Le Magnum**) sont des champs (chants) magnétiques hallucinés, dignes d'un Breton sous acide, proférés d'une voix martiale. Prodiges d'écriture automatique, tranchante comme un scalpel, aussi brûlante qu'une lame chauffée à blanc. Pliés à sa fantaisie, les mots s'y appellent, s'y enchaînent, métamorphosent la nuit en femme à barbe, venue d'Ispahan ou de Tarbes ; le matin en épée de dieu, lancée pour nous crever les yeux.

La cosmogonie de Brigitte ? Le soleil, fauve en rut qui ne manque jamais son but ; la terre, os disparu dont rêvent les chiens dans les rues ; les astres, bijoux d'or, oubliés par la Castafiore.

Brigitte ou la cacophonie du chaos. J'adore.

* Album Les Palaces.
** Album Genre Humain.

Dim 23 déc 2007 1 commentaire
Ou Anèmone chantant Barbara dans une mise en scène de Blier . Déconcertante et géniale, moi aussi j'adore .
Trekker - le 25/12/2007 à 02h32